La province de Buhumuza déploie actuellement une stratégie visant à concrétiser sa Vision 2040-2060, un plan de développement ambitieux pour cette région frontalière de la Tanzanie. Cette initiative est menée sous la direction de la gouverneure de Buhumuza, Denise Ndaruhekere. La Vision 2040-2060 représente une feuille de route détaillée pour le développement socio-économique et infrastructurel de la province, cherchant à transformer en profondeur les conditions de vie de ses habitants et à stimuler une croissance durable. Dans ce cadre, des actions conjointes avec l'Office Burundais des Recettes (OBR) ont été intensifiées afin de renforcer les capacités financières locales, essentielles à la mise en œuvre de ces projets de grande envergure. Ces efforts visent à optimiser la collecte des impôts et taxes, à lutter contre la fraude et à sensibiliser la population à l'importance de la contribution fiscale pour le bien-être collectif.
Ces efforts ont déjà produit des résultats tangibles, notamment l'augmentation des recettes fiscales dans plusieurs localités, illustrant l'efficacité des mesures mises en place. Un marché local situé dans la commune de Butaganzwa a ainsi vu ses recettes passer de 25 à 60 millions de francs burundais, une augmentation significative qui témoigne de la vitalité économique croissante de la région et de l'amélioration de la gestion des collectes. De même, le marché au bétail de la zone Mishiha génère désormais jusqu'à trois millions de francs burundais par jour, soulignant l'importance du secteur agro-pastoral pour l'économie provinciale. Ces chiffres sont le reflet direct des initiatives de renforcement des capacités et de la bonne gouvernance financière. Selon la gouverneure Denise Ndaruhekere, "l’agriculture de [Buhumuza] est le moteur central de l’économie locale", soulignant l'importance des ressources primaires dans le développement provincial et la nécessité de continuer à investir dans ce secteur clé pour soutenir la croissance. L'augmentation des recettes permet non seulement de financer les services publics essentiels mais aussi d'investir dans de nouvelles infrastructures et programmes sociaux, créant ainsi un cercle vertueux de développement.
Infrastructures et Gouvernance Renforcées
La commune de Cankuzo, qui est le chef-lieu de la province de Buhumuza, a pris l'engagement de relancer les travaux d'aménagement des abords routiers, de paver les voies urbaines et d'entreprendre le ravalement des façades des bâtiments. Ces actions visent à moderniser l'image de la capitale provinciale et à améliorer le cadre de vie de ses résidents, tout en facilitant la circulation et l'accès aux services. Parallèlement, un bureau provincial de cinq niveaux, conçu pour être extensible à sept étages, est actuellement en cours de construction. Ce nouvel édifice symbolise l'ambition de la province et sa volonté de disposer d'infrastructures administratives modernes et fonctionnelles pour soutenir sa croissance. Dans le cadre de ces efforts de renforcement des infrastructures, plusieurs résidences et bâtiments publics ont été récupérés auprès de particuliers et réhabilités dans les communes de Muyinga, Ruyigi et Butaganzwa afin d'y loger les services administratifs, a précisé Mme Ndaruhekere. Cette démarche permet d'optimiser l'utilisation des biens existants et d'offrir des espaces de travail adéquats aux fonctionnaires, améliorant ainsi l'efficacité de l'administration publique.
En matière de connectivité, les efforts routiers se concentrent sur la réhabilitation des axes RN21 et RN13, des voies essentielles pour la province. Ces routes sont vitales pour le transport des biens et des personnes, facilitant les échanges commerciaux et l'accès aux services. S'ajoute à cela le traçage communautaire de pistes intercommunales et intercollinaires, visant à améliorer l'accès aux zones reculées. Ces pistes sont cruciales pour désenclaver les communautés rurales et permettre aux agriculteurs d'acheminer leurs produits vers les marchés. La commune de Butaganzwa, en particulier, connaît une série d'annonces de projets d'envergure, reflétant une stratégie de développement territorial ciblée. Il est notamment prévu la construction d'un nouveau bureau communal, qui offrira un espace moderne et adapté aux services administratifs locaux. L'établissement d'un internat au Centre de formation professionnel (CFP) devrait ouvrir dès la rentrée 2026-2027, une initiative clé pour le développement des compétences et l'insertion professionnelle des jeunes. L'édification de bureaux collinaires est également au programme, rapprochant l'administration des citoyens et facilitant les démarches quotidiennes.
La modernisation des services judiciaires à Butaganzwa est également au programme, avec l'annonce d'un Parquet communal, d'un Tribunal de Grande Instance (TGI) et de Tribunaux de résidence dans chaque zone. Ces nouvelles infrastructures judiciaires visent à renforcer l'État de droit et à garantir un accès équitable à la justice pour tous les habitants de la commune. Pour l'économie locale, la commune verra la construction d'un abattoir et de marchés modernes à Muriza et Biyorwa, des projets qui contribueront à structurer les filières agricoles et à offrir des débouchés plus rémunérateurs aux producteurs locaux. Des initiatives significatives sont également prévues pour améliorer l'accès aux services de base et l'énergie, comme l'a détaillé M. Ngendandumwe. Il a affirmé la volonté d'« alimenter en eau potable les 45 collines de la commune, poser 10 bornes-fontaines, construire 450 latrines modernes, ériger une micro-centrale hydro-électrique, électrifier le territoire via des énergies renouvelables et semi-mécaniser l’exploitation minière. » Ces projets sont fondamentaux pour l'amélioration des conditions sanitaires, l'accès à l'énergie, et le développement économique durable de Butaganzwa, en réduisant la dépendance aux sources d'énergie traditionnelles et en valorisant les ressources minières locales de manière plus efficace.
Ces projets d'infrastructures pour Butaganzwa incluent également la réhabilitation de ponts, essentielle pour la fluidité du trafic et la sécurité des usagers. L'installation de plaques solaires routières est prévue, combinant éclairage public et production d'énergie renouvelable, une démarche innovante pour la commune. L'entretien régulier du réseau routier existant est également une priorité pour assurer la durabilité des infrastructures. Enfin, le déploiement de la fibre optique, ainsi que de la connectivité 4G/5G, est un axe majeur pour favoriser l'inclusion numérique, l'accès à l'information et le développement des services en ligne. Dans le secteur de la santé, la commune de Butaganzwa se prépare à la construction d'un hôpital communal et d'un hôpital de district. Ces nouvelles structures sanitaires permettront d'améliorer considérablement l'accès aux soins de santé de qualité pour la population, en offrant des services médicaux plus diversifiés et plus proches des habitants. La garantie d'au moins une école par colline, une alimentation scolaire endogène et une bibliothèque communale sont également des engagements forts pour l'éducation et l'accès à la culture. Ces initiatives visent à offrir un environnement propice à l'apprentissage et au développement intellectuel dès le plus jeune âge. La numérisation intégrale des services d'état civil, l'équipement des chefs de colline en tablettes et kits solaires, l'implantation de « maisons communautaires intelligentes » et le soutien continu aux coopératives complètent cette vision d'une gouvernance moderne et proche des citoyens, utilisant la technologie pour améliorer l'efficacité administrative et le bien-être communautaire.
Dynamiques Agro-Pastorales et Économiques
La zone de Mishiha se distingue par son excellence dans la culture du palmier à huile et du sorgho, a déclaré M. Nzirubusa. Ces cultures représentent des piliers économiques importants pour la région, offrant des revenus substantiels aux agriculteurs. Le sorgho produit dans cette zone est commercialisé auprès de la Brarudi, une brasserie nationale, assurant ainsi un débouché stable et rémunérateur pour les producteurs. M. Nzirubusa a également fait état du développement des potagers familiaux au sein de cette même zone, une pratique qui contribue à la sécurité alimentaire des ménages et à la diversification des cultures.
En matière d'arboriculture, chaque ménage est encouragé à planter un nombre déterminé d'avocatiers, dans le cadre d'une politique agricole visant à développer les cultures de rente. Mme Ndaruhekere a précisé que "chaque ménage est incité à planter au moins 10 pieds par homme, 5 par femme et 2 à 3 par enfant." Cette répartition genrée et par âge vise à impliquer l'ensemble de la famille dans l'effort de production, tout en reconnaissant les rôles traditionnels. L'objectif est de maximiser la production d'avocats, une culture à forte valeur ajoutée, et de contribuer à l'amélioration des revenus familiaux.
Dans la commune de Butaganzwa, des projets de création de trois usines de transformation sont prévus. Ces infrastructures industrielles se spécialiseront dans la production de farine de maïs, la transformation de fruits et la transformation laitière. Ces usines permettront de valoriser la production agricole locale, de créer des emplois et de réduire les pertes post-récolte, ajoutant ainsi de la valeur aux produits bruts et stimulant l'économie locale.
La commune de Gisagara bénéficie de marais fertiles qui sont particulièrement propices à la riziculture. Cette culture est une source essentielle de revenus pour de nombreux agriculteurs et contribue de manière significative à la sécurité alimentaire de la province. Le potentiel de ces marais est pleinement exploité pour optimiser la production de riz.
La population de la commune de Gisuru s'est fortement mobilisée et investie dans la culture du palmier à huile, reconnaissant le potentiel économique de cette filière. Cet engagement communautaire est un facteur clé de succès pour le développement agricole de la région.
Sur les collines du Kumoso, également situées dans la commune de Gisuru, la culture de l'ananas a connu un développement notable. Cette diversification agricole permet d'explorer de nouvelles opportunités de marché et d'offrir des alternatives aux cultures traditionnelles. Chaque zone de la commune de Gisuru exploite plus de deux hectares d'ananas, les plantations étant établies le long des courbes de niveau pour optimiser l'utilisation des terres et prévenir l'érosion, une pratique agricole durable et efficace.
Les femmes de Cankuzo, quant à elles, adoptent une approche combinée, cultivant à la fois des cultures vivrières et des cultures de rente. Cette stratégie permet d'assurer la subsistance alimentaire des familles tout en générant des revenus supplémentaires. Parmi ces dernières figurent le café et l'avocat, des cultures qui bénéficient d'une demande soutenue sur les marchés locaux et parfois internationaux, renforçant ainsi l'autonomie économique des femmes.
Développement du Tourisme et Environnement
L'exécution des travaux de la Route Nationale 21 contribue au désenclavement de la province et au dynamisme touristique local. En améliorant l'accessibilité, cette route ouvre de nouvelles perspectives pour le développement du tourisme. Des projets majeurs sont engagés pour structurer le secteur touristique, comme l'a précisé Mme Ndaruhekere. Elle a mis en relief "la modernisation des infrastructures d’accueil au Parc National de la Ruvubu, l’aménagement des berges du Lac Bweru, la mise en valeur des sources d’eaux thermales et la promotion du pèlerinage sur la colline de Muyaga située en commune de Cankuzo." Ces initiatives visent à attirer un plus grand nombre de visiteurs, tant nationaux qu'internationaux, en valorisant le patrimoine naturel et culturel unique de Buhumuza. Le Parc National de la Ruvubu, avec sa faune et sa flore diversifiées, représente un atout majeur pour l'écotourisme. L'aménagement du Lac Bweru offre des opportunités pour les activités nautiques et de loisirs, tandis que les sources d'eaux thermales peuvent attirer un tourisme de bien-être. La colline de Muyaga, site de pèlerinage, est un lieu de grande importance culturelle et religieuse, dont la promotion contribuera au tourisme spirituel.
Dans la commune de Gisagara, le jeudi a été décrété journée dédiée au traçage des courbes de niveau, a déclaré l’administrateur de Gisagara, ajoutant que "l’usage des fosses compostières (nyabarega) est rigoureusement contrôlé." Cette mesure vise à lutter contre l'érosion des sols et à promouvoir des pratiques agricoles durables, tout en sensibilisant la population à l'importance de la gestion des déchets organiques. L'administration locale incite les ménages à multiplier les plantations d'avocatiers, de caféiers et de théiers, des cultures de rente qui contribuent à l'amélioration des revenus et à la diversification agricole.
Dans la vallée de Kabigiga, sur la colline Mugozi, la mutualisation des terres dans les marais durant la saison sèche permet de semer, d'arroser et de récolter simultanément. Cette approche collective et organisée maximise ainsi "les rendements sous l’encadrement technique des moniteurs agricoles", comme l'a souligné Anatolia Ndikumana. Cette pratique illustre une gestion innovante et efficace des ressources foncières et hydriques, favorisant une productivité accrue. La fabrication de compost organique via les fosses fumières est également pratiquée pour pallier le manque d'engrais chimiques, une solution écologique et économique qui améliore la fertilité des sols et réduit la dépendance aux intrants extérieurs.
Mobilisation Communautaire et Financière
La jeunesse de Buhumuza s'organise en coopératives, s'appuyant sur le Programme d’autonomisation économique et d’emploi des jeunes (Paeej). Ce programme offre un cadre structurant et un soutien financier aux jeunes entrepreneurs, leur permettant de développer des projets collectifs et de créer des opportunités d'emploi. Parallèlement, Mme Ndaruhekere a indiqué que « les femmes se regroupent en associations d’épargne et de crédit, bien qu’elles se heurtent à l’éloignement des agences de la Banque d’investissement et du développement des femmes (BIDF) situées à Gitega et Bujumbura. » Malgré cette contrainte géographique, ces associations jouent un rôle clé dans l'autonomisation économique des femmes, en leur permettant d'accéder à des microcrédits et de financer leurs activités génératrices de revenus. L'éloignement des agences de la BIDF note un défi logistique qui pourrait être adressé par des solutions de proximité ou des services bancaires mobiles.
La commune de Butaganzwa prévoit un plan d’investissement de 210 milliards de francs burundais pour la modernisation de ses services publics. Ce montant colossal témoigne de l'ambition et de la détermination de la commune à transformer radicalement son offre de services. Elle garantit au moins une école par colline, assurant ainsi un accès universel à l'éducation de base. Une alimentation scolaire endogène est également prévue, ce qui signifie que les produits alimentaires pour les cantines scolaires seront achetés localement, stimulant l'économie agricole et garantissant des repas frais et nutritifs aux élèves. Une bibliothèque communale sera également établie, offrant un accès à la lecture et à la culture pour tous les habitants. M. Ngendandumwe a affirmé la mise en place de « la numérisation intégrale des services d’état civil, l’équipement des chefs de colline en tablettes et kits solaires, l’implantation de « maisons communautaires intelligentes » et le soutien continu aux coopératives. » Ces mesures visent à moderniser l'administration, à renforcer la transparence et à améliorer la communication entre les autorités locales et les citoyens. Les maisons communautaires intelligentes sont conçues pour être des espaces polyvalents, offrant des services numériques, de formation et de réunion pour les communautés.
Un financement du Paeej d'environ 400 millions de francs burundais, complété par des capitaux locaux, a permis à la jeunesse de Gisuru de s'impliquer dans la culture de l'ananas. Ce soutien financier illustre l'engagement du programme à soutenir des projets concrets et à forte valeur ajoutée, offrant aux jeunes des opportunités économiques dans le secteur agricole. Les jeunes de Cankuzo, quant à eux, soumettent des projets numériques, démontrant une diversification des intérêts et des compétences au sein de la jeunesse provinciale. Ces initiatives numériques pourraient inclure le développement d'applications, de plateformes en ligne ou de services informatiques, contribuant ainsi à l'économie numérique naissante de la province. L'ensemble de ces efforts de mobilisation communautaire et financière, combinés à une vision stratégique claire, positionne la province de Buhumuza sur une trajectoire de développement prometteuse pour atteindre les objectifs de sa Vision 2040-2060.