Burundi : Appel à un débat politique respectueux à l'approche des élections

Vue des collines qui surplombent la ville de Bujumbura
Photo via Iwacu-burundi

À l'approche des élections présidentielles de 2027 au Burundi, des appels à la modération et au respect dans le débat politique se multiplient. Ces appels interviennent dans un contexte où le pays se prépare à un cycle électoral clé, et où la nécessité d'un dialogue apaisé est plus que jamais notée par de nombreux observateurs. Diverses sources, incluant des acteurs politiques et des membres de la société civile, diffusent des messages contre les discours de haine. Ces initiatives visent à promouvoir la paix et la réconciliation dans le paysage politique burundais, afin d'éviter les tensions et les divisions qui ont pu marquer les périodes électorales passées. L'article note que le discours de haine est considéré comme générateur de mal et caractéristique de ceux qui manquent de projet de société, une lacune qui, selon les analystes, nuit à la construction d'un avenir commun.

Appels à la paix des partis

Révérien Ndikuriyo, secrétaire général du parti CNDD-FDD, a exhorté les militants de sa formation politique à bannir le discours de haine lors d'une conférence de presse. Cette directive, émanant d'une figure clé du parti au pouvoir, résonne comme un engagement fort en faveur d'un climat politique plus serein. Ndikuriyo a affirmé que le choix d'un discours fondé sur le respect d'autrui avait contribué aux résultats obtenus par son parti lors des élections législatives de 2025. Il a précisé que « lorsque les membres du parti cessent de qualifier ou de stigmatiser ceux qui ne partagent pas leurs opinions, cela renforce l’amour que les citoyens portent à notre parti ». Cette approche, selon lui, favorise l'adhésion populaire et construit une base électorale solide et durable, fondée sur la confiance et l'inclusion plutôt que sur la polarisation.

De son côté, Thérence Manirambona, porte-parole du CNL, a souligné qu'un parti politique est créé pour gouverner tous les citoyens sans distinction. Cette déclaration met en lumière une vision inclusive de la politique, où l'intérêt général prime sur les clivages partisans. Manirambona a déclaré que « l’appel à la haine ou à la discrimination discrédite un parti politique », insistant sur l'importance de maintenir une image d'unité et de responsabilité civique. Il a également mis en garde contre les messages de haine, les qualifiant de « mauvais virus » susceptibles de pousser les militants à des actes de violence. Selon lui, « Les messages de haine sont un mauvais virus. Les diffuser peut pousser certains militants à poser des actes de violence contre les membres d’autres partis politiques. Les leaders doivent mesurer le poids de leurs paroles ». Cette mise en garde note la gravité des conséquences potentielles des discours enflammés sur le terrain. Il a ajouté que « celui qui utilise un langage de haine dans sa propagande n’a généralement pas de véritable projet de société à présenter à la population », suggérant que l'absence de propositions concrètes est souvent masquée par des attaques personnelles. Faustin Ndikumana a cité la violence entre les militants du Frodebu et de l'Uprona en 1993, ainsi que les tensions récentes entre les partisans du CNDD-FDD et du CNL, comme exemples du lourd tribut de la culture de confrontation au Burundi, rappelant les douloureuses leçons du passé.

Culture politique en crise

Faustin Ndikumana, directeur national de l'ONG Parcem, a affirmé que la violence verbale observée pendant les campagnes électorales au Burundi reflète une crise de la culture politique. Cette analyse met en évidence un problème systémique qui dépasse les simples incidents isolés. Selon M. Ndikumana, « Le problème de la violence verbale pendant les campagnes électorales tient au fait qu’au sein de la classe politique, il n’y a pas réellement de défense de projets de société ». Cette carence en propositions substantielles conduit souvent à une focalisation sur les attaques personnelles et la dévalorisation de l'adversaire. Il a expliqué que cette situation découle souvent d'une perception erronée de la politique, qui est détournée de sa vocation première. « La politique est souvent considérée comme un moyen d’assurer sa survie économique ou d’accéder à des privilèges », a-t-il déclaré, ajoutant que « Dans ces conditions, l’adversaire politique n’est plus perçu comme un concurrent démocratique, mais comme un ennemi qu’il faut combattre ». Cette vision déformée transforme la compétition électorale en une lutte existentielle, où tous les coups sont permis.

Le directeur de Parcem a également souligné que ce mode de pensée se propage aux militants, créant un cercle vicieux de méfiance et d'hostilité. « Lorsque les responsables politiques présentent leurs adversaires comme des ennemis, leurs militants finissent eux aussi par se considérer comme des ennemis jurés », a-t-il analysé. Cette dynamique, selon lui, est particulièrement dangereuse dans un pays comme le Burundi, où les sensibilités communautaires peuvent être facilement exploitées. Pour contrer cette tendance, M. Ndikumana a exhorté les citoyens à adopter une approche plus critique et factuelle face aux discours politiques. « les citoyens ne doivent pas rester prisonniers de la mentalité de certains acteurs politiques », a-t-il insisté, les appelant à ne pas se laisser entraîner par les passions et les préjugés. Il a conclu en appelant les électeurs à « évaluer les responsables politiques à l’aune de leur capacité à proposer des solutions concrètes aux problèmes du pays, et non sur la base d’affinités ethniques, claniques ou partisanes ». Cette approche pragmatique et axée sur les programmes est, selon lui, la clé d'un débat politique sain et productif.

Le poids des mots

Jean Bigirimana, analyste politique basé à Bujumbura, a mis en garde contre les dangers des discours enflammés, particulièrement dans le contexte politique burundais. Ses observations rejoignent celles des autres acteurs, soulignant l'urgence de changer les pratiques discursives. Selon lui, les mots des leaders politiques ont un poids considérable et peuvent avoir des conséquences graves sur la stabilité sociale, bien au-delà de l'arène politique. Il a souligné que les discours de haine et les incitations à la violence risquent de raviver les traumatismes passés et de créer de nouvelles divisions au sein de la population, des blessures qui mettent du temps à cicatriser.

M. Bigirimana a insisté sur la responsabilité des acteurs politiques de promouvoir un langage constructif et fédérateur. Cette responsabilité est d'autant plus grande que leur influence sur l'opinion publique est significative. Il a rappelé que l'histoire du Burundi est marquée par des périodes de fortes tensions, souvent exacerbées par des rhétoriques polarisantes, et que la prudence est de mise. Un débat politique sain, a-t-il affirmé, doit se concentrer sur les programmes et les solutions aux défis du pays, plutôt que sur des attaques personnelles ou des stigmatisations qui ne font qu'envenimer les relations. L'analyste a également appelé les citoyens à rester vigilants face aux messages extrémistes et à privilégier l'information factuelle, afin de ne pas être manipulés par des discours incendiaires. Il a souligné l'importance de l'éducation civique et de l'esprit critique pour que les électeurs puissent faire des choix éclairés, basés sur la raison plutôt que sur l'émotion.