Deux militaires burundais, l'Adjudant-chef Désiré Ndikumasabo et le Caporal-chef Jean-Marie Manirambona, ont été présentés à la presse le 1er septembre au siège du Service national de renseignement (SNR) à Bujumbura. Cette présentation publique a été orchestrée par Pierre Nkurikiye, porte-parole du Ministère de la Sécurité publique et de la protection civile, qui a détaillé les accusations portées contre les deux hommes. Le Caporal-chef Jean-Marie Manirambona, l'un des deux militaires au centre de cette affaire, avait pris sa retraite militaire moins d'un an avant cette comparution publique, ce qui ajoute une dimension particulière à son implication présumée.
Arrestations et détention
L'Adjudant-chef Désiré Ndikumasabo et le Caporal-chef Jean-Marie Manirambona ont été arrêtés le 25 août dernier. Ils n'étaient pas seuls au moment de leur interpellation, puisque quatre autres personnes ont également été appréhendées en même temps qu'eux. Parmi ces quatre individus figuraient trois autres militaires et un policier, ce qui suggère une opération d'envergure impliquant plusieurs corps des forces de l'ordre. Ces arrestations ont eu lieu près d'un endroit connu localement sous le nom de "chez Rukara" dans la zone de Buterere, située au nord de la capitale, Bujumbura. Selon les informations rapportées par les autorités, les six hommes étaient soupçonnés d'avoir tenu une réunion clandestine, un élément clé dans les allégations de complot.
Suite à leur arrestation, les enquêteurs ont mené des interrogatoires approfondis. Ils ont interrogé les personnes arrêtées sur leurs communications avec le journaliste Bob Rugurika, bien connu dans le paysage médiatique burundais, et Pacifique Nininahazwe, une figure publique. Les enquêteurs ont également cherché à établir leurs liens potentiels avec des mouvements armés, ce qui est une accusation grave dans le contexte sécuritaire de la région. Bob Rugurika, mis en cause dans cette affaire, a réagi publiquement en qualifiant ces allégations de "montage grotesque" et de "machination destinés, selon lui, à le discréditer" et à entacher sa réputation.
Après cette première phase d'interrogatoires, les trois militaires et le policier qui avaient été arrêtés aux côtés de Ndikumasabo et Manirambona ont été relâchés. Cette libération suggère que les autorités n'ont pas trouvé suffisamment d'éléments pour les maintenir en détention ou les impliquer directement dans les accusations principales. En revanche, Désiré Ndikumasabo et Jean-Marie Manirambona ont quant à eux été transférés de la cellule de police de Ntahangwa vers les locaux du Service national de renseignement (SNR) le 27 août, où ils sont restés en détention jusqu'à leur présentation publique. Leur transfert vers le SNR, le principal service de renseignement du pays, note la gravité des accusations portées contre eux et l'importance que les autorités accordent à cette affaire.
Accusations et aveux
Les deux hommes, l'Adjudant-chef Désiré Ndikumasabo et le Caporal-chef Jean-Marie Manirambona, sont accusés d'avoir collaboré avec le journaliste Bob Rugurika dans un projet visant à recruter des militaires pour rejoindre une rébellion. L'objectif déclaré de cette collaboration présumée était de renverser les institutions du pays, une accusation qui relève de la sédition et du complot contre la sûreté de l'État.
Lors de sa présentation à la presse, Désiré Ndikumasabo a fait des déclarations détaillées. Il a déclaré avoir eu des contacts téléphoniques avec Bob Rugurika et a affirmé avoir reçu à deux reprises des sommes d'argent de la part du journaliste. La première transaction s'élevait à 500 000 francs burundais, suivie d'un second versement de 300 000 francs burundais. Ces aveux, présentés publiquement, sont au cœur des preuves avancées par les autorités. Cependant, Bob Rugurika a fermement nié ces allégations, les qualifiant de « montage grotesque » et de « machination destinés, selon lui, à le discréditer ».
Les autorités affirment également que les deux hommes ont transmis de fausses informations concernant un nombre significatif de militaires, estimé entre 25 et 30, ainsi que plusieurs axes stratégiques dans le sud du Burundi. Ces informations, si elles étaient avérées, auraient pu servir à des groupes rebelles. Un détail supplémentaire révélé par les autorités est que Désiré Ndikumasabo avait précédemment suivi une formation à l'utilisation de drones en République démocratique du Congo. Cette compétence technique est potentiellement pertinente dans le cadre d'activités de renseignement ou de surveillance, ajoutant une couche de complexité aux accusations.
Contexte et réactions
La collaboration présumée entre les militaires et le journaliste avait pour objectif déclaré de recruter des effectifs pour une rébellion afin de renverser les institutions du pays, selon les autorités. Cette accusation est particulièrement grave dans un pays qui a connu des périodes d'instabilité politique.
Il est important de noter qu'aucune décision judiciaire définitive n'a cependant établi la culpabilité des deux militaires, Désiré Ndikumasabo et Jean-Marie Manirambona, ni celle de Bob Rugurika, dans cette affaire à ce jour. Les déclarations faites par les accusés lors de leur présentation à la presse sont considérées comme des aveux par les autorités, mais leur valeur juridique et leur caractère volontaire pourraient être remis en question dans un processus judiciaire formel. Bob Rugurika a maintenu sa position, qualifiant ces allégations de « montage grotesque » et de « machination destinés, selon lui, à le discréditer », insistant sur le fait qu'il est la cible d'une campagne de diffamation.
Des sources policières ont affirmé que des documents, incluant des cahiers faisant référence à une collaboration avec des groupes rebelles, auraient été trouvés dans le sac de Jean-Marie Manirambona. Ces éléments, s'ils existaient, constitueraient des preuves matérielles importantes. Cependant, ces documents n'ont pas été présentés publiquement par les autorités, ce qui soulève des questions quant à leur existence et à leur contenu exact. Bob Rugurika, au centre de ces accusations, vit en exil depuis mai 2015, une situation qui perdure depuis plusieurs années. Son éloignement physique du Burundi rend sa défense plus complexe et ajoute une dimension politique à cette affaire. La situation actuelle met en lumière les tensions persistantes entre certains acteurs médiatiques et les autorités burundaises.