La Commission Vérité et Réconciliation (CVR) a organisé un atelier à Gitega du 16 octobre au 17 octobre 2026. Cette rencontre a réuni des victimes, des anciens responsables ainsi que des jeunes leaders issus de neuf communes de Gitega. Les travaux visaient à traiter les enjeux liés à la mémoire et aux discriminations systémiques identifiés par l'institution sur le territoire burundais.
L'école comme outil de stratification
La Commission Vérité et Réconciliation (CVR) a identifié le Groupe scolaire d'Astrida comme un instrument de stratification sociale durant la période coloniale. Les travaux d'enquête ont ciblé les pratiques discriminatoires et les exclusions survenues avant et après 1972. Laurent Kavakure, commissaire, a précisé : « Parmi ces pratiques, le fichage ethnique à l’école primaire, comme à Kirundo ou Rumonge, ont révélé que les copies des élèves étaient secrètement marquées de lettres i et u ». Ces mécanismes visaient à institutionnaliser les divisions au sein du système éducatif. Pierre-Claver Ndayicariye, président de la CVR, a affirmé à cette occasion : « Le peuple burundais souhaite faire passer le passé pour le plus jamais ça ». Les recherches se poursuivent pour documenter l'ampleur de ces politiques passées.
Institutionnalisation des pratiques discriminatoires
Les pratiques discriminatoires ont perduré après l'indépendance du Burundi et l'avènement de la République en 1966. Laurent Kavakure, commissaire, a déclaré : « Elles se sont institutionnalisées au fil des mandats successifs, gangrénant durablement les secteurs vitaux de la nation que sont l’enseignement, la magistrature, l’administration publique ainsi que les forces de défense et de sécurité ». Ces mécanismes ont structuré les interactions sociales et professionnelles au sein des institutions étatiques durant plusieurs décennies.
Le régime de Micombero a marqué un tournant avec l'émergence d'une discrimination régionale dès 1971. Stella Budiriganya, commissaire, a précisé : « En 1971 est apparue la fièvre anti Banyaruguru, une source du conflit qui allait bientôt opposer les gens de Bururi (Tutsi, Hima et Basafu) aux Banyaruguru originaires des autres provinces ». Cette fracture régionale a redéfini les rapports de force politiques et sociaux, isolant spécifiquement les Banyaruguru au sein de l'appareil d'État.
Monseigneur Aimé-Joseph Kimararungu a mis en garde contre les généralisations liées à ces périodes de tension. Il a affirmé : « Ceux qui ont commis ces crimes n’avaient pas été mandatés par leurs régions ou par ceux qui partagent la même ethnie. Considérer que les natifs de telle région ou ceux de telle ethnie sont responsables de notre passé douloureux relève de la discrimination ». Son intervention visait à distinguer la responsabilité individuelle des acteurs des appartenances régionales ou ethniques.
L'Accord d'Arusha, signé en 2000, a instauré des quotas ethniques pour réguler la représentation au sein des institutions. De nombreux participants aux travaux de la Commission Vérité et Réconciliation considèrent ces mesures comme essentielles pour la cohésion nationale. Ces quotas visent à garantir une représentativité équilibrée dans les secteurs publics et sécuritaires, cherchant à pallier les exclusions observées depuis l'indépendance. La réflexion sur ces dispositifs demeure centrale pour les travaux de la CVR, qui continue d'analyser l'impact de ces politiques sur la stabilité actuelle du pays.