Burundi : La gratuité des soins pour enfants et femmes enceintes mise à mal par la pénurie de médicaments

la gratuité des soins n’est pas respectée dans certaines structure sanitaires
Photo via Lerenouveau

Au Burundi, la politique de gratuité des soins de santé pour les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes, établie en 2006, est confrontée à des défis majeurs. Cette mesure, visant à faciliter l'accès aux services médicaux pour les populations les plus vulnérables du pays, est désormais mise à mal par une pénurie persistante de médicaments essentiels. La situation actuelle compromet l'efficacité de cette initiative gouvernementale et suscite des inquiétudes quant à l'impact sur la santé publique dans diverses localités, y compris la zone de Gihosha. Les hôpitaux et centres de santé, tels que l'hôpital de Rumonge, le centre de santé de Ngagara et l'hôpital militaire de Kamenge, peinent à fournir les traitements nécessaires en raison de cette insuffisance.

Détails sur la pénurie

Certaines structures sanitaires se limitent désormais à la prise en charge des consultations et de certains examens de laboratoire, orientant les patients vers d'autres sources pour l'achat de médicaments. Mosse Bamtama, directeur de l'hôpital de Rumonge, a détaillé les défis rencontrés par son établissement. "Cet hôpital accueille beaucoup de patients qui viennent se faire soigner. Parmi eux, nous accueillons les bénéficiaires de la gratuité des soins", a-t-il déclaré, ajoutant que ces patients viennent parfois "des coins les plus reculés". D'après M. Bamtama, ces afflux de patients, qui "ne respectent pas le système de référence", entraînent un épuisement rapide des stocks de médicaments. Il a souligné que ces arrivées directes conduisent à une prise en charge "prévue pour une autre catégorie de patients qui habitent tout près de l’hôpital".

Le système de référencement en cause

Le fonctionnement du système de référencement est pointé du doigt, comme l'explique l'expérience de Donatienne Bukuru. Son enfant de 10 mois, orienté du centre de santé de Ngagara vers l'hôpital militaire de Kamenge, s'est vu refuser la gratuité des soins. Sur place, une note de référencement lui a été demandée, et il lui a été précisé que les soins gratuits étaient réservés aux résidents de la zone de Gihosha. Donatienne Bukuru a dû payer l'hospitalisation et acheter tous les médicaments nécessaires à l'extérieur de l'établissement. Il est rappelé que les bénéficiaires de la gratuité des soins doivent respecter le système de référencement pour une prise en charge médicale appropriée.

Réponse du ministère

Le Dr. Fidèle Nkezabahizi, ministre de la Santé publique, a affirmé le 11 juin 2026 que la politique de gratuité des soins exige un système de référence pour une gestion efficace des cas et une distribution équitable des médicaments. Le ministre a précisé : « Depuis sa mise en œuvre, nous recommandons aux prestataires de soins d’informer tous les patients, surtout les bénéficiaires de la gratuité des soins, les conditions exigées pour être éligible à ladite gratuité. Pour une bonne gestion de cette politique, il doit y avoir une référence des patients. » Il a ajouté que cela permettrait aux hôpitaux de référence de ne gérer que les cas graves. Le ministère a également indiqué que des conteneurs de médicaments sont en route pour approvisionner les établissements de santé, après avoir passé commande et que ces derniers sont actuellement en transit vers le Burundi.

Témoignages des usagers

Emmanuella Nibigira, mère d'un enfant d'un an, a relaté son expérience concernant la gratuité des soins. Elle a pu bénéficier d'une consultation et de tests de laboratoire gratuits à l'hôpital de Rumonge. Cependant, les médicaments prescrits pour son enfant ont dû être achetés en dehors de l'établissement. Cette situation illustre les difficultés rencontrées par les usagers, contraints de supporter des coûts malgré la politique de gratuité. La divergence entre la prise en charge des consultations et la disponibilité des traitements remet en question l'effectivité de ce dispositif pour les familles burundaises.