Burundi : La régulation des taxis, un écran de fumée face à la crise du carburant

Le président burundais Évariste Ndayishimiye a rencontré le 14 août 2026 des cadres du ministère des Mines, de l'Énergie, du Commerce et du Tourisme au palais Ntare Rushatsi. Lors de cette réunion, qui s'est tenue dans l'enceinte prestigieuse du palais Ntare Rushatsi, le président a affirmé que la surcharge était une tâche pour les grands bus comme les Hiace et les Qoaster. Il a également souligné que l'organisation des transports, l'application des lois de la circulation et l'adaptation du nombre de passagers à la capacité des véhicules relevaient des responsabilités inaliénables de l'État. Cette déclaration met en lumière une volonté affichée des autorités de reprendre en main la gestion d'un secteur vital, mais confronté à de multiples défis.

Le chaos du transport quotidien

Selon la Radio Télévision Nationale du Burundi (RTNB), le président Évariste Ndayishimiye a abordé la « multiplication des taxis » et la nécessité d'une « meilleure régulation » des transports. Le chef de l'État a également demandé au secteur des transports d'« organiser » la distribution des passagers, une directive qui vise à optimiser l'efficacité du réseau de transport public. Cette directive intervient dans un contexte où les habitants de Bujumbura sont confrontés à des défis quotidiens pour se déplacer, naviguant entre pénurie de véhicules et coûts élevés.

Dans la capitale, les passagers sont souvent contraints de partager les coûts des taxis pour pouvoir atteindre leur destination. Il arrive que chacun doive débourser 5 000 francs pour un trajet, une pratique devenue courante en raison de la pénurie persistante de bus disponibles. Cette situation met en lumière les difficultés persistantes dans le système de transport public, où l'offre ne parvient pas à satisfaire la demande croissante. Les comptes rendus de presse en ligne ont rapporté que le chef de l'État a critiqué la surcharge des taxis, affirmant que certains passagers cherchaient à payer le même prix que dans les bus. Il a déclaré que « celui qui choisit un taxi choisit la rapidité, et la rapidité coûte cher », soulignant ainsi une distinction claire entre les attentes des usagers et la réalité économique des services de transport individualisé. Cette intervention présidentielle, relayée par divers médias, vise à recadrer le débat sur la tarification et l'utilisation des taxis, alors que de nombreux citoyens à Bujumbura peinent à faire face aux prix fluctuants du carburant et aux contraintes de déplacement.

La pénurie de carburant, cause profonde

La situation est d'autant plus complexe que le Burundi connaît une pénurie chronique de carburant depuis plus de cinq ans, une crise exacerbée par des difficultés d'accès aux devises étrangères nécessaires pour les importations. Début août, les stations-service de Bujumbura étaient fréquemment vides, une image devenue tristement familière pour les résidents. Sur le marché noir, le carburant se vendait alors jusqu'à 25 000 francs pour un litre et demi, un prix exorbitant comparé au prix officiel de 4 000 francs. Cette disparité de prix et la rareté du carburant ont des répercussions directes sur le secteur des transports et sur la vie quotidienne des Burundais.

Face à cette carence, des solutions de fortune émergent, témoignant de l'ingéniosité et du désespoir des citoyens. Certains véhicules de service public, notamment des véhicules civils, de police et de l'armée, seraient utilisés comme taxis le soir afin de couvrir les frais de carburant et d'aider les citoyens à se déplacer. Cette pratique, bien que non officielle, est devenue une adaptation à la crise. Selon un utilisateur, certains auraient même transformé cette pratique en une « affaire régulière », réalisant 25 000 francs par rotation avec cinq passagers payant chacun 5 000 francs. Ce système parallèle, bien qu'illégal, illustre la gravité de la pénurie et l'impact direct sur les moyens de subsistance et de déplacement de la population.

Gestion chaotique des ressources énergétiques

La gestion des importations de carburant a connu plusieurs réorganisations au fil des ans, reflétant les tentatives des autorités pour stabiliser l'approvisionnement. En février 2022, l'importation de carburant a été officiellement confiée à la Régie de distribution d'eau et d'électricité (REGIDESO), un acteur public censé garantir une meilleure régulation. Cependant, cette mesure n'a pas suffi à résoudre la crise. Une nouvelle structure pour l'importation de carburant a été décidée par le Conseil des ministres le 3 janvier 2024, marquant une nouvelle étape dans la quête d'une solution durable. La création de la Société pétrolière du Burundi (SOPEBU) a ensuite été officialisée par décret le 20 février 2024, avec l'ambition de centraliser et d'optimiser les opérations d'importation.

Malgré ces initiatives, des problèmes de gouvernance et de transparence persistent. Le chef de l'État a révélé la disparition de 19 millions de litres de diesel et 12 millions de litres d'essence, un volume considérable de carburant qui s'est évaporé des stocks nationaux. Il a attribué cet écart alarmant à des détournements de la part de cadres d'entreprises qu'il avait lui-même nommés, soulignant ainsi les défis internes en matière de corruption et de mauvaise gestion. Cette situation a non seulement aggravé la pénurie, mais a également sapé la confiance du public dans la capacité de l'État à gérer efficacement ses ressources. Comble de l'ironie, le 24 juin 2026, le Conseil des ministres a autorisé la SOPEBU à investir dans l'or et les minerais rares, une décision qui soulève des questions sur les priorités de cette nouvelle entité et sa capacité à se concentrer sur sa mission principale d'approvisionnement en carburant.

Priorités gouvernementales contestées

Les déclarations présidentielles sur la régulation des taxis et la surcharge, relayées par les comptes rendus de presse en ligne, semblent parfois déconnectées de la réalité quotidienne des Burundais. Le chef de l'État a critiqué la surcharge des taxis, affirmant que certains passagers cherchaient à payer le même prix que dans les bus. Sa déclaration selon laquelle « celui qui choisit un taxi choisit la rapidité, et la rapidité coûte cher » met en lumière une perception gouvernementale des services de taxi qui contraste avec la réalité des usagers. Pour de nombreux habitants de Bujumbura, le choix du taxi n'est pas toujours une question de rapidité ou de confort, mais souvent une nécessité dictée par l'absence d'alternatives viables et la pénurie de bus.

Cette focalisation sur la régulation des taxis, alors que le pays est confronté à une crise énergétique profonde et à des allégations de détournement de carburant, soulève des interrogations sur les véritables priorités gouvernementales. La gestion de la pénurie de carburant, l'accès aux devises étrangères et la lutte contre la corruption dans le secteur énergétique semblent être des enjeux plus fondamentaux qui impactent directement la capacité des citoyens à se déplacer et l'économie nationale. La régulation des taxis, bien que nécessaire, apparaît alors comme une mesure de surface, un écran de fumée qui masque les problèmes structurels et les défaillances profondes du système de transport et d'approvisionnement en énergie au Burundi. Sans une résolution durable de la crise du carburant et une gouvernance transparente des ressources, les efforts de régulation des transports risquent de rester vains, laissant les citoyens de Bujumbura et d'ailleurs face à des défis persistants dans leurs déplacements quotidiens.