Le président burundais Evariste Ndayishimiye s'est adressé le 14 août 2026 à Ntare House, à Bujumbura, à de hauts responsables du ministère des Mines, de l'Énergie, de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme. Au cours de son allocution, il a fixé un objectif budgétaire ambitieux pour ce ministère, tout en déplorant le manque de contribution économique des secteurs clés. Le président Ndayishimiye a affirmé qu'« il n’y a aucun secteur qui apporte de la richesse au pays. Aucun », soulignant une faiblesse générale des activités génératrices de revenus. Cette déclaration a été faite devant un auditoire composé de hauts fonctionnaires, marquant ainsi l'importance que le chef de l'État accorde à la performance économique et à la mobilisation des recettes. Le budget général de l'État pour l'exercice fiscal 2026-2027 s'élève à plus de 7 020,6 milliards de Francs Burundais (BIF), un montant qui met en perspective l'ampleur des besoins financiers du pays.
L'ambition présidentielle pour 2026-2027
Le Président Ndayishimiye a exprimé des attentes significatives concernant la contribution du ministère des Mines, de l'Énergie, de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme au budget national. Il a indiqué qu'il espérait qu'au moins 50% du budget de l'exercice fiscal en cours provienne de ce ministère, l'objectif idéal étant d'atteindre 100%. Cette ambition s'inscrit dans le cadre du budget général de l'État pour l'exercice 2026-2027, lequel s'élève à 6 347 217 693 221 BIF, conformément à la loi du 30 juin 2026. La fixation d'un tel objectif note la volonté présidentielle de transformer l'économie burundaise et de la rendre moins dépendante des sources de revenus traditionnelles.
Les dépenses prévues pour le ministère des Mines, de l'Énergie, de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme se chiffrent à 188 865 854 181 BIF. Ce montant représente une part significative du budget général et reflète les investissements nécessaires pour stimuler ces secteurs. Parallèlement, le budget général de l'État pour cet exercice fiscal 2026-2027 projette une croissance économique de 5,5%. Cet objectif de croissance est ambitieux et vise à améliorer les conditions de vie des citoyens burundais. Malgré cet objectif de croissance et les attentes formulées par le chef de l'État, un déficit allant jusqu'à 572 milliards BIF est anticipé pour l'exercice fiscal 2026-2027. Ces chiffres mettent en perspective l'ampleur du défi économique auquel le Burundi doit faire face, et la pression exercée sur le ministère concerné pour générer des revenus substantiels. La réduction de ce déficit est une priorité majeure pour le gouvernement.
Des secteurs en difficulté
Le président Evariste Ndayishimiye a critiqué ouvertement la performance de secteurs économiques clés, affirmant : « Commerce yarapfuye. Mines yarapfuye… » (Le commerce est mort. Les mines sont mortes…). Cette déclaration met en lumière les défaillances perçues dans des domaines cruciaux pour le développement économique du Burundi. Cette évaluation sans concession du président reflète une frustration face à la stagnation de ces piliers économiques.
Dans ce contexte de sous-performance, la Regideso est confrontée à des accusations de corruption. Des responsables de l'entreprise sont notamment suspectés d'exiger des pots-de-vin de la part de clients cherchant à obtenir des services d'électricité ou des compteurs. Ces allégations contribuent à ternir l'image de l'entreprise et entravent l'accès des citoyens à des services essentiels. La corruption au sein d'une entreprise publique chargée de services vitaux représente un obstacle majeur au développement et à la confiance des citoyens.
Le président Ndayishimiye a adressé une mise en garde aux responsables de la Regideso. Il a déclaré : « Attendez-vous à une visite de l’Inspection générale ! », signalant ainsi son intention de lutter contre les pratiques de corruption et d'améliorer la gouvernance au sein de l'entreprise publique. Cette annonce note la détermination des autorités à prendre des mesures concrètes pour assainir le climat des affaires et garantir une prestation de services équitable. L'intervention présidentielle vise à restaurer l'intégrité de l'institution et à assurer une meilleure gestion des ressources.
Le secteur minier est également pointé du doigt pour des manquements. Le responsable de Sotrevo Mining Limited n'a pas exécuté une commande d'une valeur de 147 000 dollars, et ce, malgré des liquidités suffisantes. Cet incident soulève des questions sur la gestion et l'efficacité des opérations au sein de certaines entreprises minières, et met en évidence des problèmes de conformité et de responsabilité.
Sotrevo Mining Limited détient un permis d'exploitation minière industrielle pour la Cassitérite, la Colombo-Tantalite et les minéraux associés. Ce permis concerne le périmètre de Murehe, situé dans la commune de Busoni, province de Buhumuza. L'incapacité de l'entreprise à honorer ses engagements, malgré ses activités dans une zone riche en ressources, illustre les défis structurels auxquels le secteur minier burundais est confronté. La présence de ressources minières importantes ne se traduit pas toujours par des bénéfices tangibles pour l'État, notamment en raison de ces défaillances.
Analyse et perspectives économiques
La production artisanale d'or est estimée entre trois et quatre tonnes, alors qu'environ 1,2 tonne a été officiellement exportée en 2025, selon des estimations. Cette disparité entre la production réelle et les chiffres d'exportation officiels met en lumière les défis liés à la traçabilité et à la formalisation du secteur minier. Elle suggère également l'existence d'un marché informel important, qui prive l'État de revenus substantiels. Les revenus miniers ont été estimés à 4 256 619 353 BIF, ce qui représente 0,067% du budget national, soulignant ainsi la faible contribution actuelle de ce secteur aux recettes de l'État malgré son potentiel. Ce chiffre est bien en deçà des attentes et des capacités réelles du secteur.
L'économiste Jean Ndenzako a qualifié l'objectif présidentiel d'« politiquement pertinent mais difficile à atteindre à court terme ». Selon lui, « l’enjeu est donc d’augmenter simultanément la production, la traçabilité et la conformité ». M. Ndenzako a aussi détaillé la synergie potentielle entre les différents secteurs visés : « L’énergie permet de réduire les coûts de production. L’industrie stimule la demande en intrants locaux. Le commerce relie les producteurs aux marchés et le secteur minier peut fournir les devises nécessaires à l’importation des équipements. » Cette interdépendance des secteurs est clé pour une croissance économique durable. Il a toutefois nuancé l'ambition présidentielle, expliquant que « si elle concerne uniquement les recettes directement issues des secteurs minier, énergétique, industriel et touristique, elle paraît irréaliste à court terme. En revanche, si elle inclut l’ensemble des recettes fiscales générées indirectement par ces activités, une part importante du budget peut effectivement y être rattachée. » Cette distinction est fondamentale pour évaluer la faisabilité de l'objectif.
Jean Ndenzako a également mis en garde contre une vision simpliste de la richesse minière, affirmant que « l’existence de ressources minières importantes ne garantit pas automatiquement la croissance. Tout dépend de la qualité des institutions et de leur capacité à transformer ces ressources en investissements productifs plutôt qu’en rentes. L’opacité des contrats, des volumes produits et des bénéfices réels limite ainsi fortement l’impact budgétaire. » Cette analyse note l'importance de la gouvernance et de la transparence pour maximiser les retombées économiques des ressources naturelles. Il a souligné que « les faibles réserves de change alimentent également les pénuries, les exportations informelles et l’évasion fiscale. » Ces facteurs créent un cercle vicieux qui entrave le développement économique. L'économiste a conclu que « tant que le circuit officiel reste moins attractif que le marché informel, la contrebande persistera » et qu'« une convergence progressive permettrait d’améliorer le rapatriement des devises. » Pour atteindre les objectifs fixés par le président Ndayishimiye, des réformes structurelles profondes et une lutte efficace contre l'informel et la corruption seront indispensables.