Célébration de la Journée Africaine de la Médecine Traditionnelle au Burundi : Progrès et Défis

Dr Aimé Fabrice Niyonkuru indique que la médecine traditionnelle est très utilisée au Burundi
Photo via Lerenouveau

La 24ème Journée Africaine de la Médecine Traditionnelle a été célébrée à Bujumbura le 31 août 2026. L'événement a mis en lumière les efforts d'intégration de la médecine traditionnelle dans le système de santé burundais, une pratique profondément enracinée dans la culture et les traditions du pays. Dans ce contexte, environ un millier (1000) de praticiens traditionnels ont été enregistrés au sein du Réseau National des Associations des Tradipraticiens du Burundi (RNATB), témoignant d'une volonté croissante de structurer et de reconnaître cette branche de la médecine.

Cadre Institutionnel et Réglementaire

La structuration de la médecine traditionnelle au Burundi s'appuie sur un cadre institutionnel évolutif, marquant une étape importante vers sa reconnaissance officielle. Le Dr Aimé Fabrice Niyonkuru, directeur du service de promotion de la médecine traditionnelle au sein du Ministère de la Santé Publique, a rappelé la définition de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour cette pratique, soulignant son importance et sa portée. « L’organisation mondiale de la santé, définit la médecine traditionnelle comme l’ensemble des connaissances et des pratiques, exprimables ou non, utilisées pour diagnostiquer, prévenir ou traiter des maladies physiques ou mentales fondées sur les expériences, les observations transmises des générations en générations », a-t-il déclaré, mettant en évidence la richesse historique et culturelle de cette approche thérapeutique.

Le gouvernement burundais a renforcé cet encadrement avec la création, par décret présidentiel le 20 novembre 2020, de la Direction de la Promotion de la Médecine Traditionnelle, de l’Alimentation Équilibrée et de la Diététique Naturelle à des Fins Thérapeutiques. Cette initiative institutionnelle vise à offrir un cadre légal et organisationnel solide pour le développement et l'intégration de la médecine traditionnelle. Elle est complétée par la mise en place du Réseau National des Associations des Tradipraticiens du Burundi (RNATB), qui dispose de branches dans toutes les provinces du pays, visant à organiser et représenter les praticiens traditionnels, facilitant ainsi leur recensement et leur professionnalisation.

Rôle et Utilisation de la Médecine Traditionnelle

Environ 90 % de la population burundaise a recours à la médecine traditionnelle, selon des statistiques, ce qui en fait un pilier essentiel de l'accès aux soins pour une large majorité. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit cette pratique comme l'ensemble des connaissances et des pratiques, explicables ou non, utilisées pour diagnostiquer, prévenir ou traiter des maladies physiques ou mentales, fondées sur les expériences et les observations transmises de génération en génération. Cette forte prévalence note la nécessité d'une meilleure intégration et d'un encadrement rigoureux pour garantir la sécurité et l'efficacité des traitements.

Les praticiens traditionnels du Burundi se sont fixé plusieurs missions ambitieuses pour moderniser et valoriser leur savoir-faire. Elles incluent la promotion de la production locale de « médicaments traditionnels » améliorés, une démarche visant à standardiser et à contrôler la qualité des produits. Leur rôle s'étend également à l'évaluation de la sécurité, de l'efficacité et de la qualité des médicaments à base de plantes, un aspect clé pour la confiance des patients et la reconnaissance scientifique. Ils œuvrent à la création de jardins botaniques et de jardins de plantes médicinales dans chaque province, contribuant ainsi à la conservation de la biodiversité et à la disponibilité des matières premières. Enfin, le renforcement des capacités des praticiens traditionnels est une priorité, afin d'améliorer leurs compétences et leurs pratiques.

Défis et Recommandations

La recherche structurée en médecine traditionnelle au Burundi ne s'exerce que depuis quelques années, ce qui pose des défis importants pour son développement et sa reconnaissance scientifique. Des obstacles majeurs subsistent dans ce domaine, incluant l'absence d'une équipe multidisciplinaire permanente dédiée à la recherche, essentielle pour mener des études approfondies et rigoureuses. S'y ajoute un manque d'équipements adéquats pour la préparation et l'analyse des produits à base de plantes, entravant la standardisation et le contrôle qualité. L'absence d'une faculté de pharmacie à l'Université du Burundi représente également un frein majeur, limitant la formation de professionnels spécialisés et la conduite de recherches académiques.

Face à ces contraintes, les participants à la célébration ont formulé des recommandations concrètes pour faire avancer le secteur. Ils ont notamment suggéré aux administrations provinciales et communales de soutenir activement le recensement et la cartographie des tradipraticiens locaux, une étape fondamentale pour mieux les identifier et les organiser. Ils ont également recommandé au Ministère de la Santé Publique d'accélérer la publication des textes d'application nécessaires à l'ouverture des dispensaires de médecine traditionnelle agréés, afin de mieux encadrer la pratique et d'offrir des services de santé réglementés et sécurisés à la population.

Perspectives Futures et Recherche

Le thème de la 24ème Journée Africaine de la Médecine Traditionnelle mettait l'accent sur la réflexion. Il s'agissait spécifiquement des efforts de recherche et de développement dans le domaine de la médecine traditionnelle pour la mise en œuvre de la couverture sanitaire universelle dans la région africaine. Cette orientation stratégique note l'importance d'approfondir les connaissances scientifiques et les applications pratiques de ces thérapies, afin de mieux les intégrer dans les systèmes de santé nationaux et d'améliorer l'accès aux soins pour tous les citoyens. La recherche est perçue comme un levier essentiel pour valider scientifiquement l'efficacité et la sécurité des remèdes traditionnels, ouvrant la voie à une reconnaissance accrue et à une utilisation plus large dans le cadre de la santé publique.