Des tensions sociales et des conflits fonciers émergent au sein de Nyabigina, un « village de paix » établi sur la colline éponyme dans la commune de Nyanza, province de Burunga. Ces troubles sont rapportés par des habitants, qui affirment avoir perdu des champs cultivables, entraînant une diminution significative de leurs revenus agricoles. Cette situation, selon leurs déclarations, contribue à une augmentation de la pauvreté au sein de la communauté. Le village de Nyabigina, désigné comme un « village de paix », est situé sur la colline du même nom, un lieu censé incarner la réconciliation et la stabilité. Cependant, les réalités du terrain révèlent des défis persistants en matière de coexistence et de gestion des ressources foncières.
Origines des tensions foncières
L'arrivée de rapatriés burundais, revenus d'exil, a marqué le village de Nyabigina à partir de 2010. Depuis cette année, le village de Nyabigina accueille une population croissante de ces rapatriés. Cette période coïncide avec une évolution législative majeure. En 2011, une loi a été promulguée, reconnaissant les droits de propriété pour les occupants des "paysannats". Ces structures, héritées de l'époque coloniale, avaient attribué des terres à des fins agricoles, souvent sans titres fonciers clairs pour les occupants. L'application de cette loi a eu des répercussions significatives, notamment dans des zones comme Nyabigina où la pression foncière s'est accrue avec l'intégration des populations rapatriées. La convergence de ces deux éléments – l'afflux de rapatriés et la nouvelle législation sur les droits fonciers – est identifiée comme un facteur clé dans l'émergence des différends actuels concernant la propriété et l'utilisation des terres dans la localité. L'afflux de nouvelles populations dans un contexte de droits fonciers redéfinis a créé une dynamique complexe, où les revendications anciennes et nouvelles se sont superposées.
Réactions des habitants expropriés
Les propriétaires fonciers d'origine affirment que les autorités locales et des agents d'ONG ont délimité et divisé leurs terres afin d'y installer des familles de rapatriés. Ces actions auraient été menées sans leur consentement préalable, sans aucune compensation financière, ni même une sensibilisation sur les décisions prises. Selon leurs déclarations, la mise en place de ces nouvelles délimitations a directement impacté leurs propriétés, modifiant l'usage traditionnel et la possession de leurs parcelles. Les habitants concernés soulignent l'absence de dialogue et de procédures équitables dans ce processus, entraînant un sentiment d'injustice et d'expropriation. De nombreux résidents ont ainsi vu leurs champs cultivables réduits ou entièrement perdus, ce qui a eu un impact direct sur leur capacité à subvenir à leurs besoins et à maintenir leurs revenus agricoles traditionnels. Cette situation a contribué à l'escalade des tensions au sein du village de Nyabigina, exacerbant les conflits fonciers et sociaux locaux. La perte de ces terres agricoles est une cause directe de l'augmentation de la pauvreté dénoncée par les habitants.
Tentatives de résolution et blocage
La question foncière demeure un sujet sensible à Nyabigina, seize ans après la création du « village de paix ». Oscar Siyawezi, conseiller juridique de la commune de Nyanza, a détaillé les efforts entrepris pour apaiser les tensions. La persistance de ces problèmes, plus d'une décennie et demie après l'établissement du village, témoigne de la complexité et de la profondeur des désaccords.
En 2023, les autorités ont envisagé de relocaliser les rapatriés sans titres fonciers sur d'anciennes terres domaniales de la commune de Vugizo. Cette proposition visait à désengorger Nyabigina et à offrir une solution aux rapatriés dépourvus de documents légaux attestant de leur propriété. « Une commission du ministère de l’Intérieur s’est rendue sur place pour présenter cette option aux habitants », a déclaré Oscar Siyawezi. Le conseiller juridique a cependant précisé que « le projet n’a pas encore dépassé le stade embryonnaire et aucune nouvelle information n’a été communiquée depuis cette visite », signalant un blocage dans sa mise en œuvre. Cette absence de progrès concret a laissé les parties prenantes dans l'incertitude, contribuant à maintenir un climat de méfiance.
Perspectives et enjeux futurs
Pour éviter l'escalade des conflits et préserver les relations déjà fragiles, l'administration a gelé toutes les opérations foncières à Nyabigina. Cette décision vise à stabiliser la situation en attendant une solution durable aux différends concernant la propriété et l'usage des terres, qui persistent depuis plusieurs années dans le « village de paix ». Le gel des transactions foncières, bien que nécessaire pour prévenir de nouvelles tensions, ne résout pas les problèmes sous-jacents et laisse en suspens les revendications des uns et des autres. La recherche d'une solution équitable et pérenne est clé pour le bien-être des communautés de Nyabigina et pour restaurer la vocation de « village de paix » que cet endroit est censé incarner. La nécessité d'un dialogue constructif et de mécanismes de résolution des conflits transparents est plus pressante que jamais pour garantir un avenir stable aux habitants.