Des coupures d'électricité répétitives affectent actuellement Bujumbura, la capitale économique du Burundi, suscitant de vives interrogations parmi les habitants et les associations de consommateurs. La population de la ville consomme habituellement 116 mégawatts d'électricité pour ses besoins quotidiens. Ces perturbations, qui surviennent alors que le pays fait face à des besoins énergétiques constants et croissants, ont des répercussions significatives sur la vie quotidienne des ménages et les activités économiques des entreprises. Cet article, publié le 12 octobre 2026, explore les raisons profondes derrière ces délestages inattendus et les solutions concrètes envisagées pour y remédier, dans un contexte où la fiabilité de l'approvisionnement électrique est essentielle au développement.
Impacts économiques et vie quotidienne
Les interruptions de courant peuvent durer plusieurs heures dans une même journée, l'électricité ne revenant parfois que pour des périodes très courtes, de 10 à 20 minutes, avant de disparaître à nouveau. Cette situation imprévisible et prolongée a des conséquences directes et souvent coûteuses sur les activités économiques locales. Un vendeur de lait a rapporté une perte substantielle de plus de 300 000 FBu. Cette somme représente la valeur de 60 litres de lait qui ont tourné et sont devenus invendables en raison d'une journée complète sans électricité, empêchant toute réfrigération. Ces délestages affectent gravement la capacité des commerçants à conserver leurs produits périssables, entraînant des pertes financières directes et une diminution de leurs revenus. Au-delà des commerçants, les ménages sont également touchés, confrontés à la détérioration de leurs denrées alimentaires, à l'impossibilité d'utiliser les appareils électroménagers et à des difficultés pour les écoliers à étudier le soir.
Contexte des infrastructures et production
Pour renforcer la production électrique du Burundi et répondre à la demande croissante, de nouvelles infrastructures ont été construites ces dernières années. Parmi celles-ci figurent des barrages majeurs comme Rusumo Falls et Jiji-Murembwe. Ces installations modernes viennent s'ajouter à des infrastructures plus anciennes et déjà établies, telles que les barrages de Rwegura et de Nyemanga, qui constituent depuis longtemps des piliers de l'approvisionnement énergétique du pays. L'ensemble de ces développements vise à augmenter la capacité énergétique nationale afin de garantir un approvisionnement stable.
La capacité installée de production d'électricité au Burundi s'élève actuellement à environ 180 mégawatts. Cette capacité théorique est censée couvrir largement les besoins de consommation du pays, notamment ceux de Bujumbura qui sont d'ordinaire de 116 mégawatts. Cependant, la disponibilité réelle de l'énergie est souvent bien inférieure à cette capacité installée, créant un décalage inquiétant entre le potentiel théorique et la production effective.
Des centrales hydroélectriques importantes, parmi lesquelles Kabu 16, Jiji-Murembwe et Ruzibazi, ne parviennent pas à fournir une quantité suffisante d'énergie au réseau national. Cette sous-performance est principalement due à un niveau d'eau insuffisant dans les retenues des barrages, ce qui limite leur fonctionnement optimal. Le manque d'eau affecte directement le fonctionnement de ces installations, réduisant ainsi la production électrique disponible pour le réseau national et contribuant aux délestages.
Réactions et demandes de solutions
La situation des coupures d'électricité répétitives est jugée anormale par Noel Nkurunziza, Secrétaire Général de l'Association burundaise des consommateurs (Abuco). Il a exprimé de sérieux doutes quant aux explications actuelles concernant ces perturbations, soulignant l'incohérence entre les nouvelles infrastructures et la persistance des coupures. « Au niveau de l’Abuco, nous pensons qu’il existe d’autres causes car avec ces barrages nouvellement construits, la situation ne serait pas la même avec les anciens barrages de Rwegura et Nyemanga », a déclaré Noel Nkurunziza, remettant en question la seule explication liée aux infrastructures existantes. Il a ajouté que la situation était difficile à comprendre pour la population, qui s'attendait à une amélioration avec les investissements réalisés. « Il s’agit d’une question difficile à comprendre, c’est ainsi que la Regideso devrait nous fournir plus d’explications pour lever toute équivoque chez la population citadine », a-t-il insisté, appelant à plus de transparence et de clarté de la part de la Regideso, l'entreprise publique en charge de l'eau et de l'électricité.
La production d'électricité actuelle s'élève à moins de 70 mégawatts, une baisse significative et préoccupante attribuée en grande partie aux effets du changement climatique. Cette diminution drastique de la capacité de production, bien en deçà des besoins habituels de Bujumbura qui sont de 116 mégawatts, contribue directement et de manière majeure aux délestages observés. Les faibles niveaux d'eau dans les barrages hydroélectriques, impactés par les variations climatiques telles que les sécheresses prolongées ou les régimes de précipitations irréguliers, limitent considérablement la capacité des centrales à fonctionner à plein régime, exacerbant ainsi la crise énergétique. Cette situation note l'urgence d'adapter les stratégies énergétiques nationales aux défis posés par le changement climatique.