Des agriculteurs de Gitega, au Burundi, signalent une distribution insuffisante d'engrais pour la saison agricole A 2026. Cette pénurie entrave les travaux des champs dans cette province. L'usine FOMI subit simultanément un manque important de devises étrangères nécessaires à l'importation des matières premières destinées à la production d'engrais. Le blocage des approvisionnements en intrants chimiques empêche la société FOMI de répondre à la demande locale. La situation actuelle compromet les rendements des cultures pour l'ensemble de la saison agricole en cours.
Des pénuries persistantes et chroniques
Joseph Hatungimana, agriculteur âgé de 49 ans à Kibiri, témoigne de la récurrence de ces difficultés d'approvisionnement. « Depuis 2020, nous ne recevons pas suffisamment d’engrais. Certains agriculteurs en obtiennent, tandis que d’autres n’en reçoivent aucun », déplore-t-il. Cette instabilité dans la distribution des intrants chimiques affecte durablement les exploitations locales. Joseph Hatungimana note également une modification dans le mode de gestion des aides agricoles. « Au lieu de nous fournir les engrais dont nous avons besoin, on nous remet des tickets pour récupérer l’argent versé auprès des institutions de microfinance et des banques commerciales », explique-t-il. Ce mécanisme de remboursement remplace désormais l'acheminement effectif des produits fertilisants nécessaires aux travaux des champs pour les paysans de la région.
Des quantités distribuées jugées insuffisantes
Joselyne Manirambona, agricultrice âgée de 30 ans à Jimbi, fait état de dotations limitées en fertilisants. Elle a reçu 16 kg d’engrais, une quantité qu’elle juge inadéquate pour ses activités agricoles. « Les 16 kg d’engrais que nous recevons sont dérisoires par rapport à nos besoins », déclare-t-elle. L’intéressée s’inquiète par ailleurs des répercussions de cette pénurie sur la sécurité alimentaire de son foyer : « Si nous ne produisons pas suffisamment, nos familles risquent d’en subir les conséquences, notamment le manque de nourriture ».
Dans la commune de Bugendana, les exploitants signalent un écart entre les volumes payés et les quantités réellement perçues. Ces agriculteurs rapportent n'avoir reçu que 12 à 14 kg d’engrais, alors qu'ils avaient effectué des paiements pour une quantité de 16 kg.
Les autorités agricoles remplacent progressivement la livraison physique des produits par l'émission de tickets. Ce dispositif permet en principe aux paysans de récupérer les sommes versées auprès des institutions financières. Evariste Gahungu, agriculteur âgé de 72 ans à Rweza, est confronté à des retards dans ce processus de remboursement. « Pour la saison culturale A 2025, j’attends encore cinq tickets qui doivent me permettre de récupérer mon argent », explique-t-il. L'absence d'intrants affecte la viabilité économique de son exploitation. « Avec si peu d’engrais, comment puis-je espérer récolter suffisamment pour subvenir aux besoins de ma famille, payer les frais de scolarité de mes enfants et couvrir les dépenses de santé ? », ajoute Evariste Gahungu.