Épidémie de paludisme à la prison de Muramvya : trois morts et des conditions alarmantes

Un homme regarde le drapeau hissé dans la cour intérieure de la prison centrale de Muramvya, dans la province de Gitega, au centre du Burundi
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Une épidémie de paludisme sévit depuis début août à la prison centrale de Muramvya, située dans la province de Gitega, entraînant des fièvres élevées et des diarrhées persistantes parmi les détenus. Cette situation sanitaire alarmante a rapidement pris de l'ampleur au sein de l'établissement pénitentiaire. Selon les informations disponibles, cette maladie a déjà causé la mort de trois prisonniers, et plus d'une trentaine d'autres seraient affectés, présentant des symptômes sévères. La propagation de l'affection a débuté au sein de la population carcérale dès le début du mois d'août, suscitant une vive inquiétude. Face à l'aggravation des cas, des analyses menées par l'équipe du ministère de la Santé se sont avérées cruciales. Ces investigations ont permis d'identifier formellement la maladie comme étant le paludisme, avec des complications observées chez certains détenus, rendant leur état particulièrement préoccupant.

Conditions sanitaires déplorables

Le centre de santé de la prison de Muramvya est confronté à des difficultés majeures. Il ne dispose pas de laboratoire permettant d'établir rapidement l'origine des symptômes observés chez les détenus malades. Cette lacune fondamentale complique considérablement le diagnostic précis des affections et retarde la mise en place de traitements adaptés, ce qui est critique dans une situation d'épidémie. Un manque criant de médicaments essentiels est également signalé au sein de l'établissement pénitentiaire, aggravant davantage la situation sanitaire déjà précaire des prisonniers. Des témoignages concordants indiquent que certains détenus hospitalisés, dont l'état nécessitait des soins urgents, ont été contraints d'acheter eux-mêmes leurs traitements prescrits dans des pharmacies extérieures à la prison. Cette pratique soulève de sérieuses questions sur l'accès aux soins pour les personnes incarcérées et sur la capacité de l'administration pénitentiaire à garantir les droits fondamentaux des détenus en matière de santé. La surpopulation carcérale, les difficultés persistantes d'accès aux soins et des problèmes récurrents d'approvisionnement alimentaire continuent de susciter de profondes inquiétudes quant aux conditions de vie générales au sein de la prison de Muramvya, créant un environnement propice à la propagation des maladies.

Surpopulation carcérale critique

La prison centrale de Muramvya, dont la construction remonte à 1948, a été conçue à l'origine pour accueillir une centaine de détenus, selon les registres de l'établissement. Cette capacité initiale, établie il y a plus de soixante-quinze ans, est aujourd'hui largement dépassée, contribuant de manière significative à des conditions de vie dégradées pour l'ensemble de la population carcérale. Les infrastructures n'ont pas évolué pour accompagner l'augmentation exponentielle du nombre de prisonniers au fil des décennies, ce qui accentue la pression sur les services essentiels et réduit drastiquement l'espace disponible par individu, rendant toute mesure d'hygiène ou de distanciation sociale illusoire.

Actuellement, l'établissement pénitentiaire de Muramvya héberge 836 détenus, ce qui représente plus de huit fois sa capacité initiale prévue. Cette surpopulation extrême est un facteur aggravant majeur des problèmes sanitaires et logistiques au sein de la prison. Le surnombre de prisonniers entraîne une promiscuité accrue et insalubre, favorisant la propagation rapide des maladies infectieuses, comme l'épidémie de paludisme qui sévit actuellement avec une virulence inquiétante. Cette situation met également à rude épreuve les ressources en eau potable, les systèmes d'assainissement et les capacités de prise en charge médicale, déjà limitées, créant un cercle vicieux de dégradation des conditions de vie et de santé.

Crise alimentaire et soins

La situation est d'autant plus critique que plusieurs détenus, dont l'état de santé s'est considérablement détérioré en raison de l'épidémie et des carences générales, ont dû être transférés à l'hôpital de Muramvya pour y recevoir des soins d'urgence. Ces transferts soulignent l'incapacité de l'infirmerie de la prison à gérer l'ampleur de la crise. En parallèle, la question de l'alimentation des détenus est également au cœur des préoccupations. La ration journalière prévue pour les détenus est fixée à 350 grammes de farine par personne, un apport déjà jugé minimal. Cependant, depuis le début de la semaine, les 836 détenus n'ont pas reçu leur ration quotidienne de haricots, un élément essentiel de leur régime alimentaire, en raison d'une rupture de stock chez les fournisseurs de la prison. Cette carence alimentaire prolongée affaiblit davantage les organismes déjà fragilisés par la maladie et la promiscuité, rendant les détenus plus vulnérables aux infections. À ce jour, trois prisonniers demeurent hospitalisés à l'hôpital de Muramvya, où ils sont toujours pris en charge pour leurs affections liées au paludisme et à ses complications. Ces difficultés logistiques et sanitaires persistantes au sein de l'établissement pénitentiaire mettent en lumière l'urgence d'une intervention globale pour améliorer les conditions de détention et garantir la dignité humaine.

Enquête et identification du mal

Les trois détenus décédés des suites de l'épidémie de paludisme ont été identifiés comme étant Frank Mananzigama, Viateur Hatungimana et Égide Icishatse. Leurs décès tragiques surviennent dans un contexte sanitaire extrêmement préoccupant au sein de l'établissement pénitentiaire de Muramvya, et ont alerté les autorités sanitaires. Pour déterminer la cause exacte des symptômes observés chez les prisonniers malades et confirmer la nature de l'épidémie, une équipe spécialisée dépêchée par le ministère de la Santé s'est rendue sur place. Des échantillons biologiques ont été prélevés par cette équipe afin d'analyser les pathologies en cours et d'établir un diagnostic précis, essentiel pour orienter les mesures de riposte sanitaire. Les résultats de ces analyses ont confirmé la présence du paludisme, ce qui a permis d'orienter les efforts vers des traitements spécifiques, bien que les défis liés au manque de médicaments et à la surpopulation demeurent.