Gitega : La prolifération inquiétante des pharmacies non réglementées

L’entrée d’une pharmacie non non loin du centre-ville de Gitega.
Photo via Iwacu-burundi

La ville de Gitega, située dans la Région Centre, est confrontée à une prolifération notable de pharmacies, y compris dans ses zones périphériques isolées et au cœur du centre-ville. Cette multiplication rapide d'établissements, dont le nombre croissant soulève des interrogations sérieuses, est d'autant plus préoccupante que ces pharmacies opèrent souvent sans la présence visible d'un professionnel en blouse blanche ni la fourniture de conseils d'experts. Cette situation préoccupe grandement les autorités et les habitants quant à la qualité, à la fiabilité et à la sécurité des services pharmaceutiques offerts à la population.

Conditions d'exercice précaires et risques pour la santé

Certaines de ces pharmacies se signalent par une simple pancarte peinte à la main, logées dans des pièces étroites où s'entassent des boîtes de remèdes. Cette configuration sommaire contraste fortement avec les standards attendus pour des établissements de santé dignes de ce nom, qui exigent des espaces adaptés et des conditions de stockage rigoureuses. Dans plusieurs de ces officines, des jeunes filles, sans formation médicale apparente et sans aucune qualification requise pour la délivrance de médicaments, distribuent des comprimés « à la volée ». Cette pratique soulève des questions fondamentales sur la conformité des prescriptions, l'adéquation des traitements et, par conséquent, la sécurité des patients.

Les propriétaires de ces pharmacies privilégient manifestement l'embauche de personnel non qualifié, une pratique principalement motivée par des considérations économiques. Ce type de main-d'œuvre est perçu comme moins coûteux et moins exigeant en matière de respect des normes de conservation des médicaments, selon des observations sur place. Cette situation contribue directement à l’instabilité des conditions d'exercice et à un risque accru pour la santé publique à Gitega, car elle compromet l'intégrité des produits pharmaceutiques et la pertinence des conseils donnés.

Prix fluctuants et qualité douteuse des médicaments

Le prix d'un médicament à Gitega semble varier de manière significative en fonction du quartier ou du client, selon des constatations locales. Cette fluctuation des tarifs est illustrée de manière frappante par l'expérience de Marie, une mère de famille. Elle a acheté un sirop contre la toux pour 12 000 BIF un soir et a découvert le même produit vendu à 8 000 BIF le lendemain matin dans une pharmacie située de l'autre côté de la rue. Ces différences de prix interrogent sérieusement sur la régulation des coûts dans ces établissements et, plus fondamentalement, sur la qualité et l'authenticité des produits proposés. L'absence de normes tarifaires claires et l'impression de prix arbitraires contribuent à une méfiance croissante des consommateurs, qui se sentent souvent démunis face à ces pratiques.

Manque de contrôle et danger public imminent

L'absence de personnel qualifié constitue un danger public, d'après les observations locales et les préoccupations exprimées par les habitants. Cette situation expose directement les patients à des risques sanitaires importants, notamment par la mauvaise délivrance de médicaments ou l'absence de conseils appropriés concernant leur utilisation. La distribution de produits pharmaceutiques sans l'expertise requise peut entraîner des erreurs de posologie, des interactions médicamenteuses dangereuses ou l'utilisation de produits inadaptés, compromettant ainsi gravement la santé des populations et pouvant avoir des conséquences irréversibles.

Face à cette situation alarmante, l'administration communale intensifie ses efforts pour restaurer l'ordre. Elle multiplie les visites de terrain afin d'identifier les structures clandestines ou celles qui ne respectent pas les spécifications établies par la réglementation en vigueur. Cette démarche vise à contrôler la conformité des pharmacies et à garantir que les normes minimales de sécurité et de professionnalisme soient respectées pour la protection de la santé publique.

Appels à la régulation et à la formation professionnelle

L'Ordre des pharmaciens est rarement consulté lors de l'octroi des autorisations d'ouverture de ces établissements ou à l'occasion des rares inspections de routine, selon les informations recueillies. Cette absence de consultation limite considérablement la capacité de l'Ordre à encadrer la prolifération des pharmacies et à garantir le respect des normes professionnelles et éthiques essentielles à la profession. L'administration communale, pour sa part, procède régulièrement à des fermetures d'établissements non-conformes, tentant ainsi de freiner cette expansion anarchique. Ces actions visent à lutter contre les pratiques illégales et à assurer une certaine régulation dans le secteur pharmaceutique de Gitega, mais la tâche reste immense face à l'ampleur du phénomène. La nécessité d'une meilleure coordination entre les différentes instances de régulation et d'une application plus stricte des lois est plus que jamais d'actualité pour garantir l'accès à des soins pharmaceutiques sûrs et de qualité.