Hommage au Père Guillaume Ndayishimiye Bonja, SJ : un éducateur, un érudit, un homme de foi

Père Guillaume Ndayishimiye Bonja, SJ. est décédé à l’âge de 74 ans
Photo via Iwacu-burundi

Une communauté de jésuites, de proches, d'anciens étudiants, de collaborateurs et de fidèles s'est réunie lundi 7 septembre 2026 à Kiriri pour rendre un dernier hommage au Père Guillaume Ndayishimiye Bonja, SJ. La cérémonie a rassemblé une foule nombreuse, venue saluer la mémoire d'une figure marquante dont l'influence a transcendé les sphères religieuse, éducative et sociale. Le Père Guillaume Ndayishimiye Bonja, SJ, est décédé à l'âge de 74 ans, laissant derrière lui un héritage riche et inspirant. La messe de requiem a été célébrée en la Chapelle du Saint-Esprit à Kiriri, un lieu symbolique pour de nombreux fidèles, marquant ainsi les adieux à cette figure respectée qui a dédié sa vie au service des autres.

Témoignages et souvenirs

Lors de la messe de requiem, l'émotion était palpable. Le Père Fabien Gasigwa, SJ, Provincial de la nouvelle Province Rwanda-Burundi de la Société de Jésus, a pris la parole pour un hommage poignant. Dans son allocution, il a exprimé un sentiment de perte profonde, interrogeant avec douleur les projets inachevés du défunt : « Pourquoi es-tu parti sans publier les 40 livres que tu m’avais promis ? Pourquoi es-tu parti sans achever les procès fonciers ? Pourquoi es-tu parti sans voir les enfants dont tu avais payé les frais scolaires ? » Ces questions rhétoriques ont mis en lumière l'ampleur de l'engagement du Père Bonja et les nombreuses initiatives qu'il portait. Le Père Gasigwa a également qualifié le défunt d'« ambassadeur dans les cieux », soulignant ainsi sa dimension spirituelle et son rôle intercesseur.

Yves Sahinguvu, ancien premier vice-président de la République et ami d'enfance du Père Bonja, a témoigné au nom de ses amis originaires de Bukeye. Son intervention a offert un aperçu plus intime de la personnalité du Père Bonja, ancrée dans sa communauté d'origine. Il a souligné l'impact profond du Père Bonja dans leur communauté, affirmant avec conviction : « Dans notre paroisse de Bukeye, nous le connaissions comme une personne caractérisée par l’amour et soucieuse du développement des autres. » M. Sahinguvu a conclu son hommage en souhaitant au défunt le repos éternel et en lui confiant une mission spirituelle : « Que Dieu le récompense pour ses œuvres de charité. Priez pour nous là où vous êtes. » Ce témoignage a mis en évidence la générosité et l'altruisme qui ont guidé la vie du Père Bonja.

Le Père Bonja était en effet reconnu dans sa paroisse de Bukeye comme une figure empreinte d'amour et préoccupée par le développement d'autrui, toujours prêt à tendre la main et à soutenir ceux qui en avaient besoin. Son histoire familiale était également liée à la vocation religieuse, un chemin qu'il a embrassé avec dévotion. Son frère aîné avait également souhaité devenir prêtre, une aspiration malheureusement interrompue par son décès prématuré alors qu'il était au petit séminaire de Kanyosha. Cette tragédie familiale a pu, d'une certaine manière, renforcer la détermination du Père Bonja dans sa propre voie spirituelle. Le Père Bonja lui-même se décrivait avec ces mots empreints de fierté et d'un profond enracinement culturel : « un Munyagisaka, nous étions les gardiens du tambour royal, le Karyenda. » Cette auto-définition révèle non seulement son origine géographique mais aussi son attachement à l'histoire et aux traditions de son peuple, des valeurs qu'il a su intégrer à son ministère et à son œuvre.

Antoine Kaburahe, fondateur d'Iwacu, a offert un témoignage émouvant qui a mis en lumière la dimension intellectuelle et culturelle de l'engagement du Père Bonja. Il a décrit le Père Bonja comme « un gardien des âmes, un gardien pour ses étudiants, pour les jeunes, pour les adultes. Un gardien de ce qu’un pays a de plus précieux : sa langue. » Cette formule puissante résume l'essence de son travail d'éducateur et de linguiste. M. Kaburahe a également lancé un appel au souvenir et à la vigilance, déclarant avec solennité : « Terama. Veillez ! De là où vous êtes désormais, Père Bonja, continuez de veiller sur nous. Sur nos âmes. Sur notre langue. » Ces paroles ont résonné comme un engagement à perpétuer les valeurs défendues par le jésuite.

L'héritage intellectuel et spirituel

Le Père Guillaume Ndayishimiye Bonja, SJ, a marqué le paysage intellectuel et éducatif burundais par son enseignement et ses recherches. Il a notamment enseigné la linguistique bantoue à l'Université du Burundi, une institution clé pour la formation des élites du pays, ainsi qu'au Grand Séminaire de Burasira, où il a formé de futurs prêtres. Par son enseignement, il a transmis son savoir et sa passion pour les langues à de nombreuses générations d'étudiants, influençant durablement leur parcours. Son engagement pour la langue et la culture s'est manifesté à travers un travail de longue haleine dans le domaine de la lexicographie, un domaine essentiel pour la préservation et la promotion des langues nationales.

Le défunt jésuite a consacré une décennie entière à l'élaboration d'un dictionnaire monumental intitulé Kaziinduuzi. Ce projet ambitieux témoigne de son dévouement inébranlable à la préservation et à l'enrichissement des langues locales, un aspect central de son œuvre intellectuelle et de son patriotisme culturel. L'aboutissement de ce dictionnaire représente une contribution significative à la linguistique et à la culture burundaise, fournissant un outil précieux pour les chercheurs, les étudiants et le grand public. Il incarne sa conviction profonde que la langue est le pilier de l'identité d'un peuple.

Au-delà de ses activités académiques, le Père Bonja a également fondé la Fondation IGA. Cette organisation s'est engagée activement dans l'alphabétisation des populations rurales, démontrant ainsi son souci constant du développement communautaire et de l'accès à l'éducation pour tous, en particulier pour les plus défavorisés. La Fondation IGA incarne la dimension pratique et sociale de son engagement, cherchant à améliorer concrètement les conditions de vie des habitants des zones rurales par l'instruction et l'autonomisation. Cette initiative reflète sa vision holistique du développement, où l'éducation est un levier fondamental pour le progrès social.

Le Père Guillaume Ndayishimiye Bonja laisse derrière lui de nombreux projets inachevés, selon les témoignages poignants de ses proches et collaborateurs. Parmi ceux-ci figuraient quarante livres qu'il avait promis de publier, un volume impressionnant qui témoigne de sa prolificité intellectuelle et de sa volonté de partager son savoir. Il était également impliqué dans la résolution de litiges fonciers, une tâche complexe et souvent délicate qui révèle son rôle de médiateur et son souci de la justice sociale. Enfin, il prenait en charge les frais de scolarité de plusieurs enfants, un geste de charité qui illustre sa compassion et son engagement en faveur de l'éducation des jeunes. Ces initiatives, qui n'ont pu être menées à terme, illustrent l'étendue de son engagement intellectuel, social et pastoral, et le vide qu'il laisse derrière lui.

Un homme de foi et d'action

Le Père Guillaume Ndayishimiye Bonja est né en juillet 1952 à Gikonge, dans la commune de Bukeye, alors située dans l'ancienne province de Muramvya. Dès son plus jeune âge, il a montré des signes d'une profonde spiritualité et d'un désir de servir. Son parcours l'a mené à une vie dédiée à la foi, à l'éducation et à l'action sociale, dont les échos ont marqué de nombreuses personnes à travers le Burundi et au-delà. Sa vie a été un témoignage vivant de son engagement envers les principes jésuites de justice sociale et de service.

Antoine Kaburahe, fondateur d'Iwacu, a eu le privilège de rencontrer le Père Bonja à Kigali quelques jours seulement avant son décès. Cette rencontre, empreinte d'une signification particulière, a laissé une forte impression sur M. Kaburahe. De cette discussion, M. Kaburahe a retenu un échange significatif, qualifiant le contenu de leur discussion de « son dernier cadeau pour le Burundi ». Ce cadeau, sans doute des réflexions profondes ou des conseils avisés, restera une source d'inspiration pour ceux qui œuvrent pour l'avenir du pays. M. Kaburahe a également lancé un appel au souvenir et à la vigilance lors de son témoignage, déclarant avec ferveur : « Terama. Veillez ! De là où vous êtes désormais, Père Bonja, continuez de veiller sur nous. Sur nos âmes. Sur notre langue. » Ces propos soulignent la dimension spirituelle et culturelle de l'héritage laissé par le jésuite, invitant chacun à préserver les valeurs qu'il a incarnées tout au long de sa vie. La disparition du Père Guillaume Ndayishimiye Bonja, SJ, laisse un grand vide, mais son œuvre et son esprit continueront d'inspirer les générations futures.