La RTNB accusée de devenir le porte-voix du parti au pouvoir au Burundi

RTNB : du service public au porte-voix du CNDD-FDD
Photo: DR/SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Voici l'article étendu, intégrant les faits fournis et respectant les consignes de longueur et de fidélité.

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La Radio Télévision nationale du Burundi (RTNB), institution publique financée par des fonds publics et censée servir l'ensemble des citoyens burundais dans leur diversité, est de plus en plus accusée de se transformer en un porte-voix exclusif du pouvoir en place et du parti au pouvoir, le Conseil National pour la Défense de la Démocratie – Forces de Défense de la Démocratie (CNDD-FDD). Cette dérive, dénoncée par de nombreux journalistes burundais, opère une transformation progressive du média public, l'éloignant de sa mission originelle de service public. Selon plusieurs journalistes et la rédaction elle-même, la RTNB est devenue un média de plus en plus aligné sur les intérêts du pouvoir. Reporters sans frontières (RSF), une organisation internationale de défense de la liberté de la presse, décrit la RTNB comme un média à l'audience significative, jouissant d'une portée considérable à travers le pays, mais déplore qu'il soit désormais "totalement aligné" sur la défense et la promotion du régime en place. Cette situation soulève des questions fondamentales sur l'indépendance éditoriale et la neutralité de l'information diffusée par ce pilier médiatique national.

Exemples concrets de dérive et d'alignement

Plusieurs incidents et pratiques sont cités comme des preuves tangibles de cet alignement croissant de la RTNB avec le parti au pouvoir. La diffusion en direct et en intégralité, le samedi 29 août 2026, de la dixième édition de la Journée des Imbonerakure, dédiée à la ligue des jeunes du CNDD-FDD, est citée comme un exemple particulièrement révélateur et emblématique de cette orientation partisane. Cet événement, qui mettait en lumière une composante essentielle du parti présidentiel, a bénéficié d'une couverture médiatique exhaustive, habituellement réservée aux événements d'État majeurs.

Au-delà de cet exemple précis, plusieurs autres réunions, conférences et activités organisées par le CNDD-FDD sont également régulièrement diffusées par la RTNB, souvent en direct, offrant ainsi une plateforme de communication privilégiée au parti. Selon des sources internes et externes, le parti présidentiel n'a pas eu à débourser de frais pour la diffusion de l'événement de la Journée des Imbonerakure, ce qui contrevient aux pratiques commerciales habituelles et soulève des interrogations sur l'utilisation des ressources publiques. Cette gratuité de la diffusion pour le parti au pouvoir, alors que d'autres entités devraient s'acquitter de tarifs publicitaires, renforce l'idée d'un traitement préférentiel et d'un alignement structurel.

Des pratiques spécifiques sont également observées concernant la gestion des frais de mission des journalistes, illustrant une influence directe du parti sur les opérations quotidiennes de la rédaction. Lorsqu'un journaliste de la RTNB est envoyé en reportage en dehors de la capitale, Bujumbura, il perçoit normalement des frais de mission évalués à 100 000 francs burundais, destinés à couvrir ses dépenses de déplacement et de séjour. Cependant, lors de la couverture de certaines activités organisées par le CNDD-FDD, une procédure dérogatoire est appliquée : le parti prend directement en charge les frais de déplacement du journaliste. Dans ces cas précis, le montant versé au journaliste par la RTNB pour ses frais de mission est réduit de moitié, passant de 100 000 à 50 000 francs burundais. Cette pratique, en plus de créer une dépendance financière vis-à-vis du parti pour les journalistes, compromet leur indépendance et leur objectivité perçue, car le parti devient un pourvoyeur direct de ressources pour leur travail.

Contexte historique et politique de la dégradation de l'indépendance médiatique

La question de l'indépendance des médias au Burundi, et en particulier celle de la RTNB, s'est accentuée de manière significative et dramatique à la suite de la crise politique majeure de 2015. Cette crise avait été déclenchée par la décision controversée de l'ancien président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat, une initiative largement perçue comme anticonstitutionnelle par une partie de la population et de la communauté internationale.

Cette période de troubles politiques et sociaux intenses a eu des répercussions dévastatrices sur le paysage médiatique burundais. Elle a entraîné l'exil forcé d'une centaine de journalistes burundais, contraints de fuir le pays pour leur sécurité, après la destruction et la fermeture de plusieurs stations de radio indépendantes qui constituaient des piliers de l'information pluraliste. Dans ce contexte, la RTNB a vu son rôle évoluer. Historiquement, la télévision nationale a toujours été sous le contrôle étroit du pouvoir et du parti CNDD-FDD, servant de canal de communication officiel pour le gouvernement. En revanche, la radio publique, bien que faisant partie de la même institution, avait longtemps conservé une certaine marge d'indépendance éditoriale, offrant parfois des espaces de débat et d'information moins strictement contrôlés, selon les témoignages de journalistes et d'observateurs. Cependant, la crise de 2015 a réduit cette marge, renforçant l'emprise du pouvoir sur l'ensemble du média public.

Changements dans les missions officielles et restrictions de déplacement

Depuis l'arrivée au pouvoir du Président Évariste Ndayishimiye en juin 2020, les journalistes de la RTNB ont constaté des modifications substantielles dans la composition des équipes accompagnant les hauts responsables burundais lors de leurs déplacements officiels à l'étranger. Ces changements ont eu un impact direct sur les opportunités de reportage et sur la visibilité des journalistes de terrain. Auparavant, des journalistes de divers services pouvaient être sélectionnés pour ces missions.

Désormais, les missions à destination de pays comme les États-Unis, le Canada et plusieurs pays européens sont principalement réservées aux directeurs de la radio et de la télévision. Ces derniers sont alors systématiquement accompagnés du directeur technique de la RTNB, qui, dans ce cadre, assume également la fonction de caméraman. Cette restriction de l'accès aux voyages officiels a été progressivement étendue. Initialement limitée aux destinations occidentales, cette mesure a été étendue ultérieurement aux voyages en Chine ainsi qu'aux pays d'Amérique centrale et latine, couvrant ainsi la quasi-totalité des destinations lointaines.

Les responsables de la RTNB justifient officiellement cette politique par la volonté d'empêcher les journalistes envoyés à l'étranger de profiter de ces missions pour demander l'asile politique une fois arrivés à destination. Cette explication, bien que révélatrice des préoccupations des autorités, est perçue par de nombreux journalistes comme une mesure de défiance et de contrôle, limitant leur liberté de mouvement et d'accès à l'information internationale, tout en concentrant le pouvoir de représentation médiatique entre les mains de la direction. Elle note également la pression et le manque de confiance qui peuvent exister entre l'institution et ses propres reporters.

Classement et perception internationale de la liberté de la presse

La situation de la liberté de la presse au Burundi est également reflétée par les évaluations des organisations internationales. Le pays se classe au 119e rang sur 180 pays selon l'édition 2026 de l'Index mondial de la liberté de la presse publié annuellement par Reporters sans frontières (RSF). Ce classement est établi sur la base d'un score de 46,14 points, qui évalue la situation des médias et des journalistes en fonction de plusieurs indicateurs, tels que le pluralisme, l'indépendance des médias, le cadre légal, la transparence et les infrastructures.

Dans la région des Grands Lacs, le Burundi se positionne derrière la Tanzanie, qui est classée 117e, affichant une situation légèrement meilleure en termes de liberté de la presse. Cependant, le Burundi devance la République Démocratique du Congo, classée 130e, et le Rwanda, qui se trouve au 139e rang dans ce classement international. Cette évaluation de RSF, bien que plaçant le Burundi devant certains de ses voisins, reflète une perception globale d'un environnement médiatique sous forte contrainte, où l'indépendance est mise à mal et où les pressions sur les journalistes sont significatives. Le rapport de RSF, en décrivant la RTNB comme "totalement alignée" sur la défense et la promotion du régime, met en évidence le rôle central de ce média public dans la dégradation de la pluralité de l'information et l'affaiblissement de la liberté de la presse au Burundi. La communauté internationale et les défenseurs des droits humains continuent de surveiller attentivement l'évolution de cette situation, appelant à un retour à une information libre et indépendante pour tous les citoyens burundais.

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