Le Burundi accuse le Rwanda de former un groupe rebelle après la présentation d'un combattant présumé

Red-Tabara : Gitega exhibe un homme présenté comme un combattant rwandais
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

La Police nationale du Burundi (PNB) a présenté mardi à la presse locale un homme qu'elle affirme être d'origine rwandaise et combattant du mouvement armé Red-Tabara. Cette présentation, qui s'est déroulée devant les médias, marque une nouvelle étape dans les tensions persistantes entre les deux nations voisines. Selon Pierre Nkurikiye, porte-parole du ministère en charge de la Sécurité, le suspect a été arrêté dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) avant d'être transféré au Burundi. L'homme, dont l'identité n'a pas été révélée par les autorités burundaises au-delà de son propre témoignage, aurait déclaré être né au Rwanda en 1994, a précisé Monsieur Nkurikiye. Cette présentation intervient alors que le Burundi accuse le Rwanda de soutenir ce groupe rebelle, ajoutant une nouvelle couche aux allégations antérieures.

Accusations contre Kigali

Lors de la conférence de presse, Pierre Nkurikiye a affirmé que l'homme présenté par la police est membre du mouvement armé Red-Tabara, lequel s'oppose au régime de Gitega, la capitale politique du Burundi. Le porte-parole du ministère en charge de la Sécurité a réitéré les accusations selon lesquelles le Rwanda aurait créé, entraîné et organisé ce mouvement Red-Tabara. Ces allégations sous-tendent la position burundaise, qui voit dans le Rwanda un acteur déstabilisateur dans la région. Les autorités burundaises affirment également que ce groupe est dirigé par Alexis Sinduhije. Monsieur Sinduhije est un ancien journaliste et homme politique burundais actuellement en exil, dont le nom est régulièrement cité par Gitega comme étant à la tête de cette formation armée. La nature de ces accusations est grave, impliquant un État voisin dans le soutien à des activités insurrectionnelles.

Détails de l'arrestation et de la présentation

La présentation de l'homme s'est déroulée dans les locaux du Service national de renseignement (SNR) à Bujumbura, la capitale économique, où il est détenu. Cet événement a eu lieu au siège des services de renseignement, soulignant l'importance que les autorités burundaises accordent à cette affaire. Devant les journalistes, l'individu s'est identifié comme étant Bonheur Dieudonné. Il a également affirmé être né au Rwanda en 1994, des informations qui, selon les autorités burundaises, corroborent leurs accusations sur l'origine du combattant. La Police nationale du Burundi (PNB) n'a cependant fourni aucune preuve indépendante lors de cette présentation pour vérifier son identité, sa nationalité ou son affiliation au groupe Red-Tabara. Cette absence de preuves concrètes a été notée par les observateurs, laissant la véracité des affirmations burundaises reposer principalement sur la déclaration du suspect et les allégations officielles.

Contexte historique des tensions

Les accusations burundaises contre Kigali, concernant l'hébergement et l'entraînement présumés de combattants hostiles au régime, remontent à la crise politique de 2015. Cette année-là, le président Pierre Nkurunziza avait brigué un troisième mandat controversé, déclenchant une crise profonde et des violences généralisées à travers le pays. Des milliers de Burundais avaient fui le pays pour échapper à la répression et aux troubles, certains trouvant refuge au Rwanda, ce qui avait déjà tendu les relations entre les deux capitales.

Depuis cette période, les relations bilatérales sont restées fragiles, marquées par une méfiance mutuelle et des accusations récurrentes. Les autorités rwandaises rejettent régulièrement ces allégations, les qualifiant de « pire mensonge ». Kigali a toujours nié toute implication dans le soutien à des groupes armés visant à déstabiliser le Burundi, insistant sur sa politique de bon voisinage et sa volonté de maintenir la stabilité régionale. Malgré ces démentis, les tensions persistent, alimentées par des incidents comme cette nouvelle présentation.

Aucune réaction officielle du gouvernement rwandais n'était disponible mardi soir concernant les accusations formulées par la police burundaise dans ce nouveau dossier. Ce silence, du moins dans l'immédiat, ne fait qu'ajouter à l'incertitude entourant l'avenir des relations entre ces deux nations d'Afrique de l'Est. Les relations entre les deux pays, qui partagent une frontière, une histoire complexe et des liens ethniques et culturels profonds, restent tendues, et cet incident ne devrait pas apaiser la situation.