Le Burundi face à la crise du suicide : traumatismes passés et soutien psychosocial absent

Un homme d'une quarantaine d'années a été retrouvé mort par suicide samedi 12 septembre 2026 à Gatumba, dans la commune Ntahangwa, province de Bujumbura. Cet événement fait suite au décès d'une femme à Kanyosha, commune Muha, qui aurait ingéré des médicaments après avoir perdu son mari et craignant pour l'avenir de sa famille. Ces cas s'inscrivent dans un contexte où les personnes âgées de 30 à 60 ans sont les plus touchées par le suicide au Burundi, représentant près de 60% des décès par suicide, selon un rapport de 2019 sur les déterminants du suicide dans les anciennes provinces de Bujumbura-Mairie, Gitega, Ngozi et Rumonge. À l'échelle mondiale, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) indique qu'au moins 720 000 personnes se suicident chaque année. Parmi ces décès, 73% surviennent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.

Traumatismes hérités des crises passées

Le suicide survient lorsqu'une personne met fin à ses jours à la suite d'événements traumatisants, notamment la perte de proches ou des crises liées à des conflits sociaux et sociopolitiques. Cette observation note la corrélation entre les expériences de vie difficiles et les comportements suicidaires. Les crises cycliques qu'a connues le Burundi par le passé ont entraîné la perte de membres de la famille, des séparations et des déplacements massifs de populations. Ces bouleversements ont laissé des séquelles profondes au sein de la société burundaise, affectant durablement la santé mentale des habitants. Certains hommes en uniforme, en particulier, ont été confrontés à des événements atroces, dont les répercussions psychologiques peuvent persister longtemps après la fin des conflits. Ces expériences collectives et individuelles contribuent à un environnement où le soutien psychosocial est souvent insuffisant pour gérer de tels traumatismes.

Les données disponibles indiquent que les adultes d'âge moyen sont particulièrement vulnérables. L'intervalle d'âge de 30 à 50 ans représente à lui seul 42,2% des décès par suicide enregistrés. Ce chiffre met en lumière une tranche d'âge où les responsabilités familiales et économiques sont souvent les plus lourdes, et où les conséquences des traumatismes passés peuvent se manifester avec une intensité accrue. La persistance de ces traumatismes non traités, combinée à l'absence de mécanismes de soutien adéquats, crée un terreau propice à la détresse psychologique. Les experts soulignent que la compréhension de ces facteurs est essentielle pour développer des stratégies de prévention efficaces et apporter une aide ciblée aux populations les plus touchées.

Les signes avant-coureurs et causes immédiates

La pauvreté extrême, les injustices sociales, les violences domestiques et intrafamiliales, ainsi que les maladies chroniques ou affectant le cerveau, figurent parmi les principales causes du suicide. Ces facteurs interagissent souvent pour créer une détresse psychologique profonde chez les individus. Les difficultés économiques persistantes peuvent engendrer un sentiment de désespoir, tandis que les violences subies au sein du foyer minent la sécurité et le bien-être émotionnel. Les affections médicales graves, en particulier celles qui touchent le cerveau, peuvent altérer la perception de la réalité et la capacité à faire face aux défis quotidiens, contribuant ainsi à une vulnérabilité accrue face aux idées suicidaires.

Des événements traumatisants non traités peuvent s'accumuler dans l'hippocampe du cerveau, entraînant des signes comportementaux spécifiques et un dégoût de la vie. Cette accumulation de stress et de traumatismes non résolus peut avoir des conséquences neurologiques, affectant la régulation des émotions et la capacité à trouver un sens à l'existence. Les individus concernés peuvent alors développer une aversion profonde pour leur propre vie, se manifestant par des changements radicaux dans leur comportement et leur interaction avec leur environnement. Ce processus note l'importance d'un soutien psychologique précoce pour prévenir l'aggravation de ces états.

Plusieurs signes peuvent indiquer une idéation suicidaire. Parmi eux figurent le sentiment d'être un fardeau pour les autres, l'isolement social, une douleur insupportable qu'elle soit physique ou émotionnelle, une anxiété accrue et une augmentation de la consommation de substances. Une colère démesurée, un sentiment de désespoir profond et des troubles du sommeil, tels que l'insomnie ou l'hypersomnie, sont également des indicateurs préoccupants. Ces manifestations peuvent apparaître de manière isolée ou combinée, signalant une souffrance psychique intense nécessitant une attention immédiate.

Impact sur la jeunesse et perspectives

Le processus de guérison pour un pays ou une communauté ayant subi dix ans de conflit s'étend sur au moins soixante ans. Cette durée note l'ampleur des défis auxquels le Burundi est confronté pour surmonter les traumatismes de son histoire récente et prévenir les conséquences psychologiques à long terme. La jeunesse burundaise, en particulier, est touchée par cette situation.

De jeunes Burundais expriment un désespoir face à leur avenir et manifestent des pensées suicidaires, notamment en raison des dynamiques migratoires. Ce constat met en lumière une vulnérabilité spécifique au sein de cette tranche d'âge, où les perspectives d'avenir incertaines et les défis liés à la migration peuvent exacerber le mal-être psychologique.

L'avis de l'expert et les solutions

Les pays de la sous-région, dont le Burundi, sont confrontés à un état de stress post-traumatique (ESPT) où les événements difficiles passés refont surface, selon Athanase Ngendakuriyo, psychoclinicien et expert en santé mentale. M. Ngendakuriyo explique que « à la longue, tous ces événements deviennent traumatogènes, traumatisants. Et si la personne concernée ne trouve pas de l’aide psychosociale pour se décharger et parler de son vécu, son cerveau encaisse ou conserve tout dans une partie qui s’appelle hypocrampe ».

La crise passée au Burundi est également liée à diverses affections physiques telles que le cancer, le diabète, l'hypertension et les AVC. « Tout cela est dû essentiellement à la crise parce que le passé non traité non seulement revient au galop en guise de maladie, de troubles comportementaux, mais aussi par des perturbations de toutes sortes. Ce sont des maladies difficiles à guérir », a affirmé Athanase Ngendakuriyo.

« Vous pourriez donc imaginer le temps qu’il faut pour guérir les traumatismes qu’il y a eu au Burundi. Nous avons une communauté qui a vraiment besoin des prises en charge psychologiques, du soutien psychosocial en suffisance », a ajouté l'expert. Il a également noté que « il est clair qu’à certaines occasions ce sont des signes de suicide de la part de certains qui désespèrent par rapport à leur avenir. Il y en a qui se confient dans nos cabinets : Ecoute, la mort est partout. Il faut que je parte ».