Le Burundi numérise ses marchés publics pour une meilleure gouvernance : Un pas vers l'efficacité et la transparence

Les participants à l’ouverture de la Semaine de la commande publique
Photo via Iwacu-burundi

L'Autorité de régulation des marchés publics (ARMP), en collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) au Burundi, a organisé la troisième édition de la Semaine des marchés publics. Cet événement, qui s'est tenu à Bujumbura du 25 au 28 août 2026, a mis en lumière les efforts du pays pour moderniser ses procédures d'acquisition. L'initiative visait à renforcer la transparence et l'efficacité dans la gestion des marchés publics à travers la numérisation, un axe stratégique majeur pour l'administration burundaise.

La Semaine des marchés publics a rassemblé un large éventail d'acteurs clés du secteur, reflétant l'importance transversale de la thématique. Parmi les participants figuraient des représentants des secteurs public et privé, des membres de la société civile, ainsi que des institutions professionnelles. Ces divers intervenants ont eu l'opportunité d'échanger et de discuter des meilleures pratiques et des défis liés à la modernisation des processus d'acquisition. La présence de ces différentes parties prenantes a permis d'aborder la question sous divers angles, favorisant une approche holistique pour l'amélioration du système.

Objectifs Ambitieux et Défis Persistants du Système Burundais

Le système national des marchés publics burundais s'est fixé des objectifs clairs et ambitieux. Il vise spécifiquement à renforcer « la performance, la transparence, l’intégrité et l’efficacité » de ses opérations, selon les déclarations officielles émanant des autorités compétentes. Ces objectifs constituent le cœur de la stratégie de numérisation entreprise par le gouvernement, qui y voit un levier essentiel pour une meilleure gouvernance économique. L'ambition est de transformer fondamentalement la manière dont les marchés publics sont gérés, afin de maximiser leur impact positif sur le développement national.

Malgré ces ambitions louables, le système est confronté à plusieurs défis persistants qui entravent son plein potentiel. La corruption demeure une préoccupation majeure et un obstacle significatif, entravant la bonne exécution des contrats et érodant la confiance du public dans les institutions. À cela s'ajoutent des retards contractuels prolongés, souvent imputables à une gestion déficiente des contrats, ce qui affecte directement l'efficacité des projets d'investissement public et leur capacité à générer les résultats escomptés. Le manque de transparence constitue un autre obstacle significatif, rendant difficile le suivi et l'évaluation des processus d'acquisition, et ouvrant la voie à des pratiques peu scrupuleuses.

L'utilisation abusive de procédures dérogatoires, telles que le « gré à gré » et l'« entente directe », a été dénoncée comme contribuant de manière significative à ces problèmes. Ces méthodes, qui permettent de s'affranchir des appels d'offres compétitifs standard, suscitent des interrogations quant à l'équité et à la compétitivité des attributions de marchés. Elles peuvent potentiellement limiter l'accès à un large éventail de fournisseurs et ne garantissent pas toujours l'obtention du meilleur rapport qualité-prix pour les fonds publics.

Un appel pressant a été lancé pour améliorer l'accès des entreprises, en particulier les petites et moyennes entreprises (PME), aux marchés publics. Une meilleure inclusion des PME est jugée essentielle pour stimuler l'économie locale, créer des emplois et diversifier la base de fournisseurs du secteur public. Le ministre en charge des marchés publics a spécifiquement plaidé en faveur de cette amélioration de l'accès pour les entreprises. La numérisation est perçue comme un levier potentiel puissant pour démocratiser l'accès et simplifier les procédures pour ces acteurs économiques, leur permettant de participer plus facilement aux opportunités offertes par les marchés publics.

La Dématérialisation : Une Solution Stratégique pour l'Avenir

Le thème retenu pour cette édition des marchés publics était « Nouvelles procédures et nouvelles typologies de marchés publics : évolution de la réglementation à l'ère de la dématérialisation ». Ce choix thématique s'inscrit dans un contexte national marqué par la décentralisation et la déconcentration des services publics, ainsi que par l'accélération de la digitalisation au Burundi. Ces tendances structurelles créent un environnement propice à l'adoption de solutions numériques pour moderniser l'administration. La numérisation, ou l'approvisionnement électronique, est présentée comme une réforme majeure capable d'éliminer jusqu'à 90 % des lacunes ou des erreurs fréquemment rencontrées dans les processus d'acquisition traditionnels. Cette transformation digitale est donc envisagée comme un outil puissant pour optimiser l'efficacité et la fiabilité du système.

La dématérialisation vise spécifiquement à améliorer plusieurs aspects critiques de la gestion des marchés publics. Elle permettra une meilleure traçabilité des opérations, rendant chaque étape du processus plus transparente et vérifiable. Elle facilitera également un accès accru à l'information pour toutes les parties prenantes, favorisant une meilleure compréhension et une plus grande confiance. Le suivi des délais sera optimisé, contribuant à réduire les retards contractuels, et le contrôle général des marchés publics sera renforcé, permettant une détection plus rapide des irrégularités.

De réforme profonde, une révision du Code des marchés publics est actuellement en cours. Cette réforme législative et réglementaire prévoit la création de directions provinciales des marchés publics, ainsi que de commissions provinciales de conciliation des marchés publics. Ces nouvelles structures visent à renforcer la gouvernance locale et à rapprocher l'administration des marchés publics des réalités territoriales, assurant une gestion plus efficace et réactive au niveau décentralisé.

Visions et Réformes Futures pour un Burundi Émergent

La compréhension de ce qui constitue un marché public réussi est au cœur de la stratégie nationale. Un marché public est jugé réussi lorsque le résultat escompté est atteint dans les délais impartis, dans le budget alloué et avec la qualité requise. Cette définition met l'accent sur l'efficience et l'efficacité de l'utilisation des ressources publiques. Le pays, qui aspire à devenir une nation émergente, doit impérativement « apprendre à mieux acheter » pour concrétiser cette ambition, selon les autorités. Cette capacité à optimiser les acquisitions publiques est perçue comme un pilier essentiel du développement économique et social.

Le ministre des Finances, du Budget et de la Numérisation, Alain Ndikumana, a souligné l'importance de cette approche en expliquant que la performance de l'État se mesure à ce qu'il réalise concrètement avec les ressources mobilisées, et non uniquement à la mobilisation de ces dernières. Cette perspective met en lumière la nécessité d'une gestion rigoureuse et orientée vers les résultats. Dans ce contexte d'amélioration continue, l'association des femmes entrepreneures du Burundi s'est fixé un objectif ambitieux : accroître leur participation aux marchés publics à au moins 17 % d'ici 2027. Cette initiative vise à promouvoir l'égalité des genres et à stimuler l'entrepreneuriat féminin, contribuant ainsi à une croissance économique plus inclusive.

Perspectives Internationales et Partenariats Stratégiques

La modernisation des marchés publics est également une question de performance et de célérité. Le ministre en charge des marchés publics a plaidé pour la réduction des délais de procédure, reconnaissant que des processus trop longs peuvent freiner l'exécution des projets et l'efficacité de l'action publique. Toutefois, il a insisté sur l'importance clé de ne pas compromettre la transparence, la concurrence et la qualité des acquisitions. Cette approche vise à optimiser l'efficacité du système sans sacrifier les principes fondamentaux de bonne gouvernance, garantissant que la rapidité ne se fasse pas au détriment de l'intégrité et de la valeur.

Pour renforcer ces objectifs et partager les meilleures pratiques, la Semaine des marchés publics a accueilli une délégation internationale significative. Des représentants d'Ouganda, de France, de Tanzanie, du Kenya, du Maroc, de Tunisie et de la République démocratique du Congo ont participé activement aux échanges. Leur présence a permis d'enrichir les discussions par des perspectives variées et de favoriser une vision comparative des défis et des solutions adoptées dans le domaine de la numérisation des marchés publics à travers différentes régions. Ces échanges internationaux sont essentiels pour le Burundi afin de s'inspirer des expériences réussies et d'adapter les meilleures pratiques mondiales à son propre contexte, consolidant ainsi sa marche vers un système de marchés publics plus moderne, transparent et efficace.