Le Président de l'Assemblée Nationale S'attaque à la mauvaise gestion des entreprises publiques

Le Président de l'Assemblée Nationale, Ndabirabe, a exprimé son indignation face à la mauvaise gestion des entreprises publiques et a menacé d'un audit avec sanctions si les recommandations ne sont pas appliquées. Cette déclaration a été faite début septembre lors de la présentation du rapport d'audit final sur la gestion de la Centrale d’achat des médicaments du Burundi (Camebu) par le Ministre de la Santé publique.

Ndabirabe s'est dit « incompréhensible que les recommandations de l’Assemblée nationale et de la Cour des comptes ne soient pas suivies d’effet. Si vous nous dites qu’elles n’ont pas été mises en œuvre, nous allons commanditer un audit avec éventuellement des sanctions ». Il a attribué la situation à une mauvaise gestion dans certaines entreprises publiques où l'État a massivement investi. Le Président de l'Assemblée Nationale a affirmé que cette mauvaise gestion entraînait une perte significative de recettes pour l'État, décrivant la situation des sociétés paraétatiques qui « continuent ainsi d’enregistrer d’importantes pertes » comme une « très mauvaise gestion ». Il a également jugé « inacceptable » l'existence de fonds irrécouvrables.

Accusations de mauvaise gestion

Le Président de l'Assemblée Nationale a cité des exemples de mauvaise gestion, incluant le vol, ainsi que des cas de dirigeants achetant des véhicules ou construisant des maisons à plusieurs étages. Faustin Ndikumana, directeur national de Parole et action pour le réveil des consciences et l’évolution des mentalités (Parcem), a noté une gestion déficiente dans ces entreprises. Il a déclaré : « On constate une gestion défaillante, un coût de production élevé et un manque de compétitivité, une faible innovation et adaptation à l’environnement ». Ndikumana a identifié la politisation des nominations comme une cause profonde, où les cadres sont nommés sur des critères politiques plutôt que sur l'expertise ou l'expérience. Il a souligné l'absence de contrats de performance ou d'obligation de résultats pour le versement des dividendes à l'État, affirmant : « Ce n’est ni l’expertise, ni l’expérience de la personne en question qui est mise en avant. Il n’y a pas de contrat de performance, d’obligation de résultats pour verser les dividendes à l’Etat ».

Ndikumana a également pointé du doigt la corruption et l'enrichissement illicite en toute impunité, ainsi que le non-respect des lois sur la déclaration des biens. Il a précisé : « La déclaration des biens n’est pas respectée alors que la loi impose aux cadres de le faire ». Il a mis en lumière un manque de maîtrise des cahiers de charges, des effectifs pléthoriques et une investigation insuffisante des cas de détournement. Acher Niyonizigiye a identifié la mauvaise gouvernance et les défis environnementaux comme des facteurs aggravants. Ndikumana a insisté sur la nécessité pour la Cour des comptes de disposer de moyens suffisants, déclarant : « Il faut que la Cour des comptes ait des moyens suffisants pour exiger le dépôt des bilans de ces entreprises pour la certification de leurs comptes ». Niyonizigiye a affirmé que les dirigeants des entreprises para-publiques sont responsables de générer des profits pour l'État.

Appels à des sanctions

Léonce Ngendakumana, ancien Président de l'Assemblée Nationale, a exprimé son accord avec les déclarations de l'actuel Président, soulignant que la gestion des entreprises publiques ou parapubliques relève des missions de contrôle des élus. Il a affirmé que « la gestion des entreprises publiques ou parapubliques entre dans cette deuxième partie des missions des élus du peuple, à savoir le contrôle de l’action gouvernementale ». Ngendakumana a estimé que l'Assemblée Nationale devrait aller au-delà de simples déclarations et imposer des sanctions concrètes. Il a suggéré l'utilisation de questions orales ou écrites adressées aux ministres du gouvernement, ou la mise en place d'une commission parlementaire d'enquête. Selon lui, « elle doit passer à l’action, soit s’informer auprès du même membre du gouvernement par le biais des questions orales ou écrites, le cas échéant par la mise en place d’une commission parlementaire d’enquête pour établir les faits parce que l’Assemblée nationale doit statuer sur base des faits concrets et non sur la rumeur ». Ngendakumana a précisé que la Constitution de la République du Burundi et le règlement intérieur de l'Assemblée Nationale permettent une motion de censure contre un ministre si les investigations prouvent un manquement. Dans de tels cas, il a indiqué que « soit le ministre démissionne de lui-même, soit il est démis de ses fonctions par une décision du président de la République ». Il a par ailleurs insisté pour que la Cour des comptes dispose de moyens suffisants afin d'exiger le dépôt des bilans et de certifier les comptes des entreprises.

Analyse des causes profondes

Acher Niyonizigiye, expert en leadership, a indiqué que des facteurs internes et externes influencent le succès ou l'échec des entreprises. Il a souligné la nécessité d'audits pour comprendre les raisons des défaillances dans les entreprises para-publiques. Selon Niyonizigiye, « Il faut absolument passer par des audits pour bien comprendre les causes de cet échec entrepreneurial ». Il a précisé que si les causes sont internes, des solutions internes doivent être proposées, tandis que si elles sont externes, des changements environnementaux sont requis.

Quand les entreprises ne parviennent pas à générer des profits, leurs dirigeants doivent informer l'État des causes et suggérer des actions à entreprendre par l'État. Niyonizigiye a rappelé que « Les leaders des sociétés paraétatiques ont la responsabilité de générer des profits pour l’Etat ». L'État, de son côté, doit mener ses propres analyses et combiner les recommandations des dirigeants d'entreprise avec les audits externes afin de prendre des décisions éclairées. Niyonizigiye a ajouté que « C’est cela qui permettra à l’Etat de prendre les bonnes décisions ».