À Gitega, au Burundi, une session de moralisation s'est tenue le lundi 8 juin, marquant un événement significatif dans la capitale politique du pays. L'initiative visait à rassembler des cadres de l'État pour une réflexion approfondie sur des valeurs fondamentales. Cette session a eu lieu au stade Ingoma de Gitega, peu après une cérémonie de dépôt de gerbes au mausolée de l'ancien président Pierre Nkurunziza, un geste symbolique qui a rappelé l'héritage de leadership et de service à la nation.
Critique du civisme et du patriotisme
Le président Evariste Ndayishimiye a vivement critiqué le manque de civisme et de patriotisme qu'il a observé chez certains hauts fonctionnaires de l'État. Lors de son allocution, le chef de l'État a relevé que de nombreux responsables nommés à des postes importants pensent avoir été choisis pour leur confort personnel et pour se servir, plutôt que pour servir la nation. Cette attitude, a-t-il souligné, est en contradiction flagrante avec les attentes du peuple burundais et les exigences du service public. Pour le président Ndayishimiye, le véritable leadership se définit par la prévoyance, la capacité à inspirer, motiver et guider ses collaborateurs vers un objectif commun. Il a affirmé que les actions d'un leader « doivent constamment viser l’amélioration du bien commun et l’inclusion, plutôt que l’exclusion ou le repli identitaire ».
Le président a exprimé sa surprise et son désarroi quant à la nécessité de rappeler le patriotisme à des cadres de haut rang, une valeur qui, selon lui, devrait être innée chez tout citoyen, et plus encore chez ceux qui dirigent. « Avez-vous déjà vu quelqu’un apprendre à un poisson de nager ou un oiseau à voler ? », a-t-il interrogé, soulignant l'évidence de cette valeur fondamentale, ajoutant que « c’est dans leur nature et chaque Burundais devait être patriote comme nos ancêtres qui ont combattu l’envahisseur ensemble sans quelqu’un pour les galvaniser mais par amour pour leur mère patrie. » M. Ndayishimiye a déploré que l'élite éduquée soit souvent la première à montrer des signes de faiblesse morale et patriotique, ce qui est particulièrement préoccupant pour l'avenir du pays. Il a souligné que « ce déficit de civisme prend sa source dès le plus jeune âge » et a regretté que « la jeunesse burundaise souffre aujourd’hui d’un manque criant d’encadrement et de transmission des valeurs nationales. » Selon lui, « c’est à partir de cette fracture que le patriotisme s’est dilué, ouvrant la voie à la destruction nationale par manque d’amour pour la patrie. » Le président Ndayishimiye a conclu en avertissant que « les colons modernes n’ont pas disparu ; ils guettent et refusent que les Burundais aiment leur pays, car l’unité nationale leur bloquerait le passage pour détruire et piller la nation. » Il a rappelé que « par ses actions et sa vision, ’’sokuru wacu’’ – notre grand père – a montré la voie royale pour aimer son pays et le servir jusqu’au bout ! »
Racines du déficit de valeurs et ses conséquences
M. Ndayishimiye a attribué ce déficit de civisme à un manque d'encadrement et de transmission des valeurs nationales à la jeunesse burundaise. Il a développé cette idée en expliquant que l'affaiblissement de ces valeurs fondamentales dès le plus jeune âge crée un terrain propice à des comportements préjudiciables à la nation. Le président a déclaré que la stratégie du « diviser pour mieux régner » avait été introduite par les colonisateurs pour assujettir les populations, et que ses effets se faisaient encore sentir aujourd'hui. Il a ajouté que les colonisateurs modernes existaient toujours et empêchaient les Burundais d'aimer leur pays, car l'unité nationale bloquait leur chemin vers la destruction et le pillage des ressources et de l'identité nationale. Le président a identifié la corruption comme une conséquence directe et pernicieuse de cette situation, affirmant que ceux qui monnayent les services publics ont vendu leur patriotisme, sacrifiant l'intérêt général pour un gain personnel. Cette pratique, a-t-il insisté, est une trahison envers la patrie et ses citoyens.
Appel à l'intégrité et à l'unité nationale
Le président Evariste Ndayishimiye a établi un lien direct entre le développement du Burundi et un retour urgent aux valeurs de prévoyance, d'intégrité et de dévouement à la patrie. Il a insisté sur la nécessité impérieuse pour les cadres de l'État d'incarner ces principes fondamentaux pour le progrès et la stabilité de la nation. Il a souligné que sans cette base éthique et morale solide, tout effort de développement serait vain.
M. Ndayishimiye a invoqué la mémoire de l'ancien président Pierre Nkurunziza, le présentant comme un exemple à suivre pour aimer et servir le pays avec abnégation. Cette référence visait à illustrer le modèle de leadership patriotique qu'il souhaite voir se développer et s'enraciner profondément parmi les fonctionnaires et l'ensemble de la population. Selon le président, un véritable leader est un patriote profondément attaché à sa patrie, prêt à servir avec une dévotion inébranlable et un sacrifice personnel si nécessaire. Il a souligné que cette qualité est fondamentale non seulement pour diriger efficacement, mais aussi pour inspirer et mobiliser le peuple burundais vers des objectifs communs de grandeur.
Le président Ndayishimiye a finalement appelé à une intégrité absolue et à une action patriotique résolue pour la reconstruction d'un Burundi uni et prospère. Il a affirmé que ces éléments sont indispensables et non négociables pour surmonter les défis actuels, réparer les fractures passées et bâtir un avenir meilleur pour toutes les générations de Burundais. Il a conclu en exhortant chacun à prendre sa part de responsabilité dans cet effort collectif.