Les jeunes Burundais face aux défis de l'entrepreneuriat

A la galerie Idéal en plein centre de la ville de Bujumbura
Photo via Iwacu-burundi

Au Burundi, l'accès à l'emploi représente un défi majeur pour les jeunes, avec de nouveaux arrivants sur le marché du travail chaque année. Chaque année, un nombre significatif de jeunes diplômés et de nouveaux venus sur le marché du travail burundais se retrouvent confrontés à des perspectives limitées, exacerbant la pression sur un marché de l'emploi déjà saturé. Cette situation persistante met en lumière la nécessité de solutions innovantes et de politiques adaptées pour intégrer cette force vive dans l'économie nationale. Le taux de chômage des jeunes a atteint des niveaux critiques, estimé à 60% en 2016 et augmentant à 65% en 2017. Ces chiffres alarmants soulignent l'ampleur du problème et l'urgence d'agir pour offrir des opportunités concrètes à la jeunesse du pays. Face à cette situation, le Président Évariste Ndayishimiye a dénoncé une culture de "dépendance", exhortant la jeunesse à l'autonomie et à la prise en main de son destin économique.

Formation déconnectée du marché

Les acteurs du secteur évoquent un décalage entre la formation dispensée et les réalités du marché de l'emploi. Cette inadéquation est perçue comme l'une des principales causes du chômage des jeunes, les programmes éducatifs ne préparant pas suffisamment les étudiants aux compétences recherchées par les employeurs ou aux défis de l'entrepreneuriat. Bosco Ntirushwa, originaire de la commune de Kiremba dans la province de Butanyerera, diplômé d'un baccalauréat en langue et littérature françaises de l'Université du Burundi, illustre ce constat. Son parcours met en évidence la difficulté pour de nombreux diplômés de trouver un emploi correspondant à leur formation académique. Il a déclaré que « depuis l’école primaire jusqu’à l’université, nous n’apprenons pratiquement que de la théorie. Par conséquent, à la fin des études supérieures, nous nous retrouvons à la case départ, en train de chercher quoi faire et comment gagner notre vie ». Ce témoignage résonne avec l'expérience de nombreux jeunes Burundais qui, malgré des années d'études, peinent à s'insérer professionnellement.

Le manque de préparation pratique se manifeste par des difficultés concrètes, comme l'explique M. Ntirushwa : « Nous rencontrons beaucoup de difficultés dans notre milieu de travail, notamment lorsqu’il s’agit de transférer de l’argent entre deux agents ». Cette situation met en lumière les lacunes dans l'acquisition de compétences opérationnelles et techniques, essentielles pour s'adapter aux exigences du monde professionnel moderne. Ces compétences, souvent négligées dans un système éducatif trop axé sur la théorie, sont pourtant cruciales pour l'employabilité et la performance en entreprise.

Plusieurs institutions éducatives sont confrontées à des problèmes d'équipement, ce qui entrave la qualité de l'enseignement pratique. L'École Technique Secondaire (ETS) de Kamenge et la Faculté des Sciences appliquées du campus Kiriri sont citées pour des dysfonctionnements dans leurs laboratoires. Ces installations obsolètes ou mal entretenues limitent la capacité des étudiants à acquérir des compétences techniques et scientifiques à jour, pourtant indispensables dans des secteurs clés de l'économie. De même, l'ancien Collège du Saint-Esprit est mentionné pour ses bâtiments délabrés et un manque criant de matériel pédagogique, entravant la qualité de l'enseignement. Ces carences structurelles contribuent à perpétuer un système éducatif qui ne prépare pas adéquatement les jeunes aux exigences du marché du travail burundais, les laissant souvent démunis face aux réalités économiques. La modernisation des infrastructures et des équipements pédagogiques est donc un enjeu majeur pour aligner la formation avec les besoins du marché.

Obstacles financiers et infrastructurels

D'autres acteurs du secteur évoquent un accès limité au financement, des infrastructures faibles et un environnement des affaires peu favorable. Ces contraintes représentent des freins significatifs pour les jeunes désireux de lancer ou de développer leurs activités entrepreneuriales. L'absence de capitaux de départ accessibles et le manque de soutien bancaire adapté constituent des défis majeurs, empêchant souvent la concrétisation de projets potentiellement viables. Les jeunes entrepreneurs se heurtent fréquemment à des exigences de garanties élevées et à des taux d'intérêt prohibitifs, rendant l'accès au crédit quasi impossible pour ceux qui n'ont pas de patrimoine initial. Les infrastructures déficientes, qu'il s'agisse de l'accès à l'énergie, de la connectivité internet ou des réseaux de transport, augmentent les coûts d'opération et réduisent la compétitivité des entreprises locales. Une alimentation électrique instable, par exemple, peut paralyser des activités nécessitant des équipements spécifiques, tandis qu'une connexion internet lente et coûteuse freine le développement des entreprises modernes et l'accès aux marchés en ligne. L'environnement réglementaire et institutionnel est également perçu comme complexe, ajoutant des obstacles administratifs aux jeunes entrepreneurs. Les lourdeurs bureaucratiques, la corruption et l'absence de cadres juridiques clairs découragent souvent l'initiative et l'investissement.

Bosco Ntirushwa, le diplômé en langue et littérature françaises de l'Université du Burundi, travaille comme agent Lumicash au centre-ville de Bujumbura, dans la commune de Mukaza. Son engagement dans cette activité illustre une voie que de nombreux jeunes Burundais sont contraints d'emprunter, souvent par manque d'opportunités correspondant à leurs qualifications académiques. Cette situation met en lumière la nécessité pour les jeunes de s'adapter et de trouver des sources de revenus, même si elles ne sont pas directement liées à leur domaine d'études. L'emploi d'agent Lumicash, bien que permettant de générer un revenu, ne correspond pas nécessairement aux aspirations ni à la formation initiale de M. Ntirushwa, soulignant la nécessité de trouver des alternatives face aux défis structurels de l'emploi et de l'entrepreneuriat au Burundi. Cela met en évidence la résilience des jeunes Burundais, mais aussi l'urgence de créer des emplois plus qualifiés et en adéquation avec les compétences acquises.

Appel présidentiel à l'autonomie

Le 28 mai 2026, lors d'une prière interconfessionnelle organisée par le parti CNDD-FDD, le Président Évariste Ndayishimiye a exhorté les Burundais à modifier leur "mentalité" et à ériger le travail et l'autonomie financière en piliers. Ce message fort vise à encourager la population, et en particulier la jeunesse, à adopter une approche proactive face aux défis économiques. Le chef de l'État a déclaré à cette occasion que « Dieu n’a créé personne pour être pauvre », soulignant l'importance d'une démarche proactive pour sortir de la dépendance. Cette déclaration s'inscrit dans une vision plus large de développement, où l'initiative individuelle et l'esprit d'entreprise sont valorisés comme moteurs de progrès.

Dans ce contexte, le Programme d’Autonomisation économique et d’Emploi des jeunes (PAEEJ) a rapporté la création de 9 244 emplois sur une période de trois ans. Ce programme ambitieux démontre une volonté politique de s'attaquer au problème du chômage des jeunes de manière structurée. Le programme a également contribué au financement de 2 224 projets coopératifs, visant à soutenir l'initiative entrepreneuriale des jeunes Burundais. Ces coopératives offrent un cadre pour le développement d'activités économiques collectives, favorisant la mutualisation des ressources et des compétences, et réduisant les risques pour les jeunes entrepreneurs.

Parallèlement, la politique nationale de l'emploi, mise en place en 2014, avait pour objectif de renforcer l'entrepreneuriat des jeunes. Cette politique prévoyait environ 250 bénéficiaires par an, dans le but de stimuler la création d'activités économiques et de réduire le chômage au sein de cette tranche de la population. Bien que le nombre de bénéficiaires puisse sembler modeste au regard de l'ampleur du défi, cette initiative a posé les bases d'un soutien institutionnel à l'entrepreneuriat jeune, cherchant à encourager l'innovation et la création de richesse au niveau local. Ces efforts combinés, bien que nécessitant une intensification, témoignent d'une prise de conscience des autorités face à la situation de l'emploi des jeunes.

Lieux de rencontre et d'attente

Blaise Tunezerwe, diplômé en communication, exerce quotidiennement ses activités à la Galerie Idéal, où il est fortement dépendant d'une connexion internet. Son expérience met en lumière les défis spécifiques auxquels sont confrontés les jeunes entrepreneurs et travailleurs dans le secteur numérique au Burundi. Il a souligné que « nous vivons à l’ère de l’internet et de l’intelligence artificielle. Beaucoup de jeunes, faute de mieux, viennent ici pour gagner leur vie. Ils dépendent fortement du numérique dans leurs activités. Non seulement la connexion est de mauvaise qualité, mais elle est aussi coûteuse ». Cette situation met en lumière les défis auxquels sont confrontés les jeunes entrepreneurs dans un environnement où les outils numériques sont essentiels pour la compétitivité et l'accès aux marchés, mais où l'infrastructure ne suit pas toujours. Le coût élevé et la faible qualité de l'accès à internet constituent des freins majeurs à l'innovation et au développement des entreprises basées sur le numérique.

Les galeries « Idéal » et « Bata » à Bujumbura sont devenues des lieux de rassemblement pour de nombreux jeunes à la recherche d'opportunités. Ces espaces urbains servent de points de rencontre informels où les demandeurs d'emploi et les jeunes entrepreneurs tentent de développer leurs activités, souvent dans des conditions précaires. La fréquentation de ces galeries illustre la nécessité pour ces jeunes de trouver des solutions alternatives face au manque d'emplois formels et aux difficultés d'accès aux ressources nécessaires à l'entrepreneuriat au Burundi. Ces lieux sont des témoins de la débrouillardise et de la persévérance de la jeunesse burundaise, qui, malgré les obstacles, cherche activement à créer son propre chemin. Ils soulignent également le besoin criant de structures d'accompagnement et d'espaces de travail adaptés pour soutenir ces initiatives informelles et les transformer en entreprises viables.