Maison de la Presse du Burundi tire la sonnette d'alarme sur la précarité des médias

Mme Kanyange
Photo: Moïse Nkurunziza via Lerenouveau

La Maison de la Presse du Burundi a alerté sur la précarité des médias lors d'une conférence de presse tenue le jeudi 30 avril 2026. Cette déclaration intervient alors que le paysage médiatique burundais est confronté à des défis structurels et économiques persistants. Mireille Kanyange, sa présidente, s'est exprimée en amont de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le lundi 4 mai 2026, un événement international majeur qui met en lumière l'importance d'une presse libre et indépendante. La présidente a souligné que « l’information est un bien public, un cri d’alerte pour les médias », rappelant ainsi le rôle fondamental et irremplaçable de l'information dans une société démocratique. Elle a appelé les journalistes à rechercher l'information avec courtoisie, insistant sur l'éthique professionnelle. Ces derniers sont invités à s'appuyer sur leurs droits, tels que prescrits par la loi sur la presse, notamment les articles 50 à 57, qui encadrent leur mission et leurs prérogatives.

Conditions de travail précaires dénoncées

Les défis rencontrés par les médias burundais sont multiples et complexes, a rapporté la Maison de la Presse du Burundi. Parmi les préoccupations majeures figurent la rétention d'informations par certaines sources, ce qui entrave le travail des journalistes, ainsi que les faibles salaires versés aux professionnels du secteur, qui peinent à assurer des conditions de vie décentes. La précarité des médias est également intrinsèquement liée à l'absence de contrats de travail formels pour certains professionnels, les privant de sécurité de l'emploi et de protections sociales fondamentales. Ces conditions précaires, caractérisées par une instabilité financière et un manque de reconnaissance professionnelle, poussent malheureusement de nombreux journalistes à migrer vers d'autres secteurs d'activité, jugés plus rémunérateurs ou offrant de meilleures perspectives, ou même vers d'autres régions en quête de meilleures opportunités de carrière et de vie.

Les conditions de travail difficiles se manifestent également par des contraintes logistiques significatives, telles que le manque de carburant et de moyens de transport adéquats, particulièrement pour les médias privés dont les ressources sont souvent limitées. Cette situation complique considérablement la couverture des événements sur le terrain et la collecte d'informations essentielles. Certaines entreprises médiatiques peinent non seulement à rémunérer leur personnel de manière régulière ou suffisante, mais aussi à assurer la pérennité de leurs opérations. Un autre défi majeur soulevé concerne la question clé de l'affiliation des professionnels des médias à la sécurité sociale. L'absence de couverture sociale adéquate expose les journalistes et leurs familles à des risques sanitaires et économiques importants, accentuant leur vulnérabilité. Ces éléments combinés contribuent à fragiliser davantage le paysage médiatique burundais, menaçant la capacité des médias à remplir leur rôle d'information et de surveillance.

Contexte et enjeux de l'information

La rétention d'informations, une problématique récurrente, alimente un environnement propice aux rumeurs, à la désinformation et à un déséquilibre flagrant dans la diffusion des nouvelles, selon les observations faites par la Maison de la Presse du Burundi. Cette situation compromet la capacité du public à accéder à des informations fiables et vérifiées, essentielles pour une participation éclairée à la vie démocratique. La Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée en 2026, est placée sous le thème évocateur et pertinent de « Façonner un avenir meilleur dans la paix », un message qui résonne particulièrement dans le contexte actuel où l'information joue un rôle clé dans la construction de sociétés stables et harmonieuses.

L'année 2026 a été marquée par plusieurs événements significatifs touchant la communauté médiatique burundaise, illustrant à la fois les défis et les espoirs de la profession. Deux journalistes, Kenny Claude Nduwimana et Sandra Muhoza, ont été libérés au cours de cette année, un développement significatif et positif pour la profession qui milite constamment pour la liberté de la presse et la protection de ses acteurs. Cependant, la profession a également été endeuillée par la perte de figures importantes. Gabby Bugaga, l'ancien ministre de la Communication et des Médias, est décédé en 2026, laissant derrière lui un héritage et une contribution au secteur. La même année, le journaliste Jackson Bahati est également décédé, laissant un vide au sein des médias burundais et rappelant la fragilité de la vie et le dévouement de ces professionnels. Ces événements récents, alternant entre libérations encourageantes et pertes douloureuses, rappellent les défis persistants, mais aussi les moments de soulagement et de tristesse que traversent les professionnels de l'information dans la région, soulignant l'importance de leur travail et les sacrifices qu'il peut parfois impliquer.

Appel à la responsabilité et aux droits

Mireille Kanyange a réaffirmé avec force que « l’information est un bien public, un cri d’alerte pour les médias », insistant de nouveau sur leur rôle essentiel et leur responsabilité envers la société. Selon elle, les journalistes ne sont pas de simples observateurs, mais des partenaires stratégiques qui complètent l'action des autorités dans le développement socio-économique du pays, apportant une contribution indispensable à la transparence et à la bonne gouvernance. Cette vision est partagée au plus haut niveau de l'État burundais. Le chef de l'État burundais avait lui-même déclaré en février 2021, lors d'une allocution marquante, « Jamais sans les médias », soulignant de manière catégorique l'importance et le caractère important de la profession dans la marche du pays. Cette reconnaissance officielle a été réitérée et approfondie le 1er décembre 2025, lorsque le chef de l'État a précisé le rôle vital des médias dans la transformation socio-économique du Burundi, attestant de leur influence grandissante et de leur intégration dans le tissu national. Les articles 50 à 57 de la loi sur la presse burundaise constituent le cadre légal qui définit les droits et devoirs des journalistes, leur offrant une base solide pour exercer leur métier tout en respectant les principes déontologiques. Ces dispositions législatives sont cruciales pour garantir un environnement propice à l'exercice d'une presse libre et responsable, capable de contribuer pleinement au développement du Burundi.