Pêcheurs du Sud Burunga : Appel à une Réorganisation du Secteur

Vue des pirogues de pêche et leurs moteurs au port de pêche de Rumonge
Photo via Iwacu-burundi

Des pêcheurs des communes de Nyanza et Rumonge, situées dans la région de Burunga, ont récemment formulé une demande pressante de réorganisation du secteur de la pêche. Cet appel vise à résoudre des problèmes persistants et profondément enracinés, notamment la mauvaise gouvernance qui entrave le développement des activités, l'absence clé d'assurance pour les pêcheurs qui les laisse vulnérables, et le manque de contrats écrits entre les travailleurs et leurs employeurs, ce qui crée une précarité juridique et économique. Les acteurs du secteur estiment qu'une telle réforme structurelle est nécessaire pour améliorer de manière significative leurs conditions de travail et assurer la viabilité à long terme de leur activité. Le secteur de la pêche constitue, en effet, une source essentielle de revenus et de subsistance pour de nombreuses familles résidant dans ces deux communes, leur garantissant un gagne-pain quotidien. La réorganisation proposée est perçue comme un moyen indispensable d'apporter stabilité et sécurité économique à ces communautés, leur permettant d'envisager l'avenir avec plus de sérénité.

Contexte des Problèmes Actuels

La situation actuelle est le résultat de décisions passées qui ont eu des répercussions durables. En 2021, les autorités burundaises ont dissous des structures mises en place spécifiquement pour soutenir les pêcheurs, citant des motifs de corruption et de mauvaise gouvernance avérés. Ces structures, qui jouaient un rôle d'encadrement et de soutien, n'ont pas été remplacées depuis, selon les acteurs du secteur, créant un vide institutionnel préjudiciable. Actuellement, la plupart des comités de pêche sont gérés par des chefs de colline, lesquels, bien qu'investis de responsabilités locales, manquent souvent de temps et d'expertise spécifique dans le domaine complexe de la pêche pour gérer efficacement les enjeux du secteur.

Les chefs de colline, reconnaissant leurs limites, se déclarent incapables de résoudre les conflits qui surviennent fréquemment entre les pêcheurs, un constat partagé par les professionnels de la pêche eux-mêmes. Cette incapacité à arbitrer les litiges laisse les pêcheurs dans une situation d'incertitude et de désorganisation. Les pêcheurs opèrent ainsi sans encadrement ni soutien institutionnel, selon leurs propres déclarations, se sentant livrés à eux-mêmes face aux défis de leur profession. Ils aspirent également avec force à la signature de contrats écrits avec leurs employeurs, car les accords actuels sont uniquement verbaux, ce qui ne leur offre aucune garantie légale ni protection en cas de litige.

Propositions pour l'Avenir

Face à cette situation, les pêcheurs ont formulé des propositions concrètes pour une meilleure organisation. Ils souhaitent ardemment que les comités de pêche soient élus directement par les professionnels du secteur, assurant ainsi une représentation légitime et une meilleure connaissance des réalités du terrain. Pour faciliter cette démarche démocratique, le département des Pêches est instamment appelé à organiser des réunions dans les ports de pêche. L'objectif principal de ces rassemblements serait de permettre l'élection transparente et participative des membres de ces comités. Une fois mis en place, ces structures élues auraient pour mission de gérer les opérations quotidiennes des ports, de veiller au respect des réglementations et de servir d'intermédiaires essentiels et reconnus entre l'administration publique, les institutions pertinentes et les pêcheurs eux-mêmes.

Certains pêcheurs, notamment de jeunes diplômés qui apportent une nouvelle perspective, expriment le désir de moderniser la profession en profondeur, suggérant un renouvellement des pratiques traditionnelles et de la gestion globale du secteur. Des initiatives prometteuses visant à mettre en place une assurance pour les pêcheurs ont été bloquées et n'ont pu aboutir en raison de l'absence de représentants officiels et légitimes, capables d'interagir efficacement et de négocier avec les compagnies d'assurance. Cette lacune organisationnelle note le besoin urgent et impérieux de structures représentatives et légitimes au sein de la communauté des pêcheurs, qui pourraient parler d'une seule voix pour défendre leurs intérêts.

Enjeux Sanitaires et Sociaux

Au-delà des questions de gouvernance et de représentation, des enjeux sanitaires et sociaux cruciaux pèsent sur les communautés de pêcheurs. Le port de Mvugo, situé dans la commune de Nyanza, a récemment été touché par une épidémie de choléra, une situation alarmante qui met en lumière un besoin urgent et fondamental en infrastructures sanitaires adéquates. Des latrines propres et fonctionnelles ainsi que de l'eau potable sont indispensables et doivent être mises à disposition sans délai au port de pêche de Mvugo pour prévenir la propagation de maladies infectieuses et améliorer significativement les conditions de vie et d'hygiène des usagers du port. Les femmes cuisinières, appelées « Mupishi », qui jouent un rôle économique et social important dans ces communautés, expriment l'espoir que de futurs comités de pêche les aideront à s'organiser en associations. Elles visent ainsi à mieux défendre leurs droits, à garantir leur sécurité économique et à atteindre une autonomie financière tant attendue.

Soutiens et Réactions

L'appel à la réorganisation du secteur de la pêche a reçu un soutien notable de la part d'acteurs clés. Sadi Mukanya, secrétaire exécutif de la Fédération des Pêcheurs du Burundi, a exprimé son soutien inconditionnel à l'idée de mettre en place des comités de pêche élus par les pêcheurs eux-mêmes. Selon lui, ces structures sont essentielles pour améliorer la gestion du secteur et assurer une meilleure représentation des professionnels, leur donnant une voix collective. Leur établissement permettrait de formaliser les relations entre les pêcheurs et les autorités, en facilitant notamment l'organisation d'élections démocratiques pour désigner les membres de ces comités. La Fédération estime qu'une telle réorganisation est clé pour résoudre les problèmes persistants de gouvernance et de coordination qui affectent actuellement la communauté des pêcheurs, ouvrant ainsi la voie à des améliorations durables et à une plus grande prospérité pour tous.