Rumonge : Entre Potentiel Économique et Défis de Développement

La zone de pêche de Rumonge
Photo via Iwacu-burundi

La commune de Rumonge, située dans la province de Burunga au Burundi, présente une géographie étendue et une population significative. Cette entité, qui fut une province de mars 2015 à août 2025, couvre une superficie de 806,2 km² et compte une population estimée à 809 769 habitants. Elle regroupe désormais les anciennes communes de Burambi et Buyengero.

Le territoire de Rumonge s'étend sur trois régions naturelles : l'Imbo, le Mumirwa et une petite partie du Mugamba. La commune est délimitée au nord par la commune de Muhuta, au sud par la commune de Nyanza, à l'est par la commune de Matana et à l'ouest par le lac Tanganyika. Rumonge est caractérisée par des températures élevées et des précipitations abondantes.

Atouts Naturels et Économiques

La commune de Rumonge dispose d'un potentiel économique significatif, reposant sur sa position stratégique au bord du lac Tanganyika, la fertilité de ses sols, ses sites touristiques et ses vastes plantations de palmier à huile. La commune borde le lac Tanganyika sur plus de 50 kilomètres, offrant ainsi un accès direct à cette ressource naturelle. Bien que Rumonge soit la principale commune productrice d'huile de palme, un produit de base consommé par la majorité des ménages burundais, la production a enregistré une baisse constante ces dernières années.

L'environnement aquatique de Rumonge, malgré son potentiel, demeure sous-exploité selon les observations. Les plages locales pourraient devenir des sites touristiques majeurs. Parmi les autres attractions touristiques de la région figurent des sources thermales et des réserves naturelles.

Les événements de 1972 ont eu un impact considérable sur Rumonge, entraînant le départ de plus de la moitié de sa population hors du Burundi. Aujourd'hui, l'économie locale est marquée par des défis, notamment dans le secteur de la pêche. Les bénéfices générés par cette activité reviennent principalement aux propriétaires des bateaux, tandis que les travailleurs ne perçoivent que des sommes modiques.

Iteriteka, une commerçante, a commencé à vendre des poissons Ndagala entre l'âge de 15 et 18 ans. Elle a lancé son activité en 2022 avec un capital de 20 000 BIF. Ses revenus quotidiens oscillent entre 10 000 et 15 000 BIF, ce qui lui permet de subvenir aux besoins de ses quatre enfants. « Depuis, j'ai travaillé sans relâche. Même après avoir donné naissance à des jumeaux, je n'ai pris que deux mois de repos. Aujourd'hui, je ne peux pas envisager de faire un autre travail », a-t-elle déclaré.

Iteriteka a également évoqué les difficultés rencontrées par les petits commerçants : « Parfois, les pêcheurs nous vendent le poisson à des prix très élevés ou les clients prennent notre poisson à crédit et ne remboursent pas ». Elle a par ailleurs exprimé une préoccupation majeure : « Ce que nous demandons à l'État, c'est d'abandonner l'idée de nous reloger d'ici car beaucoup d'entre nous pleureraient sans savoir où aller. Tout ce que nous avons, nous l'obtenons d'ici ».

Défis du Secteur de la Pêche

La commune de Rumonge fait face à une série de défis, incluant des infrastructures routières dégradées, des allégations de fraude et des résultats scolaires jugés insatisfaisants. Malgré ces obstacles, le secteur de la pêche y est décrit comme prospère, soutenant un grand nombre de familles locales, et la commune perçoit des taxes sur le poisson capturé. Le transport et le commerce lacustres sur le lac Tanganyika connaissent un développement lent. Actuellement, seul un petit nombre de bateaux assure le transport de marchandises et de personnes à travers le lac Tanganyika.

Le secteur de la pêche est confronté à la cupidité de certains patrons de pêche, alors que les pêcheurs ordinaires continuent de vivre dans la pauvreté. Le projet d'assurance accident pour les pêcheurs, soutenu par l'INSS (Institut National de Sécurité Sociale), n'a jamais produit les résultats escomptés pour les bénéficiaires. En cas de décès d'un pêcheur, les familles et les collègues doivent assumer seuls tous les frais, sans bénéficier d'aucune assistance. Les pêcheurs manquent de représentation crédible pour défendre leurs intérêts et réclamer les compensations qui leur ont été promises.

Des pêcheurs ont déclaré que « les personnes élues au sein des comités des pêcheurs privilégient leurs intérêts personnels à ceux de leurs collègues, bien que chaque pêcheur contribue 10 000 BIF ». Cette contribution de 10 000 BIF est versée par chaque pêcheur aux comités de pêche. Un manque de cadre légal clair pour réguler l'activité de pêche est également observé. Les pêcheurs sont par ailleurs contraints d'acheter du carburant à des prix exorbitants, atteignant parfois 700 000 BIF, voire plus de 1 million BIF, pour 40 litres, des tarifs largement supérieurs à ceux pratiqués dans les stations-service officielles.

Infrastructures et Services Déficients

La commune de Rumonge fait face à des pénuries d'électricité et d'eau, à un manque de financement et d'opportunités, ainsi qu'à des infrastructures dégradées. Samuel Karangwa, propriétaire d'une entreprise de sonorisation, a expliqué que son activité était régulièrement perturbée par les coupures de courant. « Mon activité nécessite de l'électricité en permanence, mais ce n'est presque jamais le cas », a-t-il affirmé. M. Karangwa a en outre souligné le manque de soutien : « Nous avons de nombreux projets en gestation mais, faute de financement et de soutien, ils restent au point mort. J'ai moi-même des projets qui nécessitent des moyens financiers, mais jusqu'à présent, je n'ai rien obtenu. » Il a ajouté que « Tous mes amis et connaissances souhaitent quitter le pays pour se rendre dans les pays arabes, à Dubaï ou ailleurs, à la recherche d'une vie meilleure. Il n'y a plus d'opportunités qui nous encouragent à rester. »

La ville de Rumonge connaît une grave pénurie d'eau potable, certains hôtels exigeant de leurs clients qu'ils utilisent des seaux pour se laver. Les habitants passent par ailleurs des heures aux robinets publics dans l'espoir d'obtenir de l'eau. Cette pénurie d'eau engendre des problèmes de santé, la commune étant régulièrement touchée par le choléra. Dans les quartiers proches du lac Tanganyika, l'eau du lac est utilisée pour la cuisine et la lessive faute d'alternatives disponibles.

Les infrastructures routières sont en mauvais état, y compris la route nationale stratégique RN3, ce qui augmente le temps de trajet et les coûts de transport. Cependant, une section d'environ 20 km de la RN3, de Nkayamba à Kagongo, a été réhabilitée. Les pêcheurs, quant à eux, supportent leurs propres frais médicaux en cas de maladie, sans aucune couverture. Le stress quotidien lié aux difficultés pousse de nombreux pêcheurs à consommer des quantités excessives de boissons alcoolisées, telles que le « Bangala ». Des pêcheurs ont déclaré que « Les personnes élues au sein des comités des pêcheurs privilégient leurs intérêts personnels à ceux de leurs collègues, bien que chaque pêcheur contribue 10 000 BIF ».

Initiatives Locales et Perspectives

Les femmes qui vendent du poisson font face à des difficultés, car les pêcheurs vendent parfois leur marchandise à des prix élevés, ou des clients n'honorent pas leurs crédits. B. Ihorimbere, qui vend des légumes depuis deux ans, a démarré avec un capital de 15 000 BIF et des tomates. Elle paie une taxe quotidienne de 500 BIF. « Parfois nous les trouvons au marché, parfois non, surtout quand les prix montent en flèche. Pour survivre, je vais souvent chercher à manger en forêt ou dans des champs abandonnés », a-t-elle expliqué, ajoutant : « Pour nous qui avons des enfants, c'est très difficile ». Elle a déploré que « les agents viennent parfois percevoir des taxes alors que nous n'avons encore rien vendu. Si nous n'avons pas l'argent, ils prennent nos tomates. Nous aimerions être autorisés à vendre d'abord et ensuite à payer les taxes. »

La coopérative Dukundane, fondée par de jeunes femmes aux faibles moyens, a commencé par la collecte de noix de palme. Elle regroupe actuellement 164 femmes et 10 hommes, produisant 1 250 litres d'huile par jour, sauf en période de mauvaise récolte. La marque de la coopérative, Tamura Oil, permet de financer la scolarité d'enfants, dont certains ont atteint l'université. ONU-Femmes a formé la coopérative, lui fournissant des machines et un manuel de gestion. Dukundane contribue à la médiation des conflits entre rapatriés et résidents et lutte contre la violence faite aux femmes. La coopérative manque toutefois d'un véhicule pour transporter les noix et de techniciens pour la réparation des machines. De nombreux jeunes peinent à bénéficier de soutiens financiers de la part du PAEEJ ou de Bije. Une tendance à l'exode des jeunes est observée, avec de nombreux amis et connaissances souhaitant quitter le Burundi pour des pays comme Dubaï.