Au Burundi, des incendies affectent régulièrement les marchés et les établissements commerciaux, causant la destruction des économies et des uniques sources de revenus. Ces sinistres, fréquents, ont un impact direct sur la subsistance des commerçants burundais.
L'ampleur des sinistres et l'assurance
Les incendies de marchés ont marqué l'histoire économique du Burundi. En 2013, un sinistre majeur a notamment ravagé le marché central de Bujumbura, soulignant la vulnérabilité des infrastructures commerciales face à de tels événements. Ces destructions récurrentes mettent en lumière la nécessité d'une meilleure protection des activités économiques et des moyens de subsistance des commerçants.
Pourtant, la couverture assurantielle reste très limitée dans la région. Selon les informations disponibles, le nombre de commerçants assurés en Afrique et au Burundi est très faible, avec moins de 10% d'entre eux bénéficiant d'une protection contre les risques. Cette faible proportion d'assurés expose une grande partie du secteur commercial à des pertes totales en cas d'incendie, rendant la reprise économique difficile, voire impossible, pour les entrepreneurs touchés.
Le rôle clé de l'État
L'État burundais détient un rôle central dans la prévention des incendies et la sécurisation des infrastructures commerciales. Cela inclut l'aménagement urbain, la modernisation des marchés, l'établissement de normes de sécurité rigoureuses, l'amélioration de l'accès pour les services de lutte contre l'incendie, ainsi que la fourniture d'une aide d'urgence aux victimes. Ces mesures sont considérées comme essentielles pour réduire la fréquence et l'impact des sinistres qui frappent régulièrement le secteur commercial du pays.
Pour renforcer cette protection, une réglementation ou un décret pourrait rendre obligatoire l'assurance contre les risques d'incendie et d'explosion pour l'ensemble des bâtiments à usage commercial et artisanal. Cette obligation couvrirait non seulement les structures des bâtiments, mais aussi les installations, les marchandises et les stocks. Une telle mesure viserait à garantir une meilleure résilience économique pour les commerçants burundais face aux catastrophes, en leur offrant un mécanisme de compensation financière indispensable après un sinistre.
Les responsabilités des assureurs
Jean Paul Roux propose l’établissement d’un Pool d’assurance incendie obligatoire, incluant toutes les compagnies d’assurances Incendie-Accidents et risques divers (IARD). Selon lui, « nous constatons une recrudescence des sinistres incendie sur les marchés burundais et établissements commerciaux au cours de ces 5 dernières années que ce soit en province de Bujumbura ou à l’intérieur du pays, sans oublier celui du marché central en 2013 ». Il attribue cet accroissement des sinistres chez les petits commerçants à « l’anarchie des installations électriques, l’absence de dispositif de sécurité bien adapté, des moyens d’intervention plus efficaces ».
Les assureurs sont tenus de respecter les règles de sécurité, de se concentrer sur la prévention et d'indemniser rapidement les parties assurées. « Les assureurs quant à eux doivent jouer un rôle dans le respect des règles de sécurité, en matière de prévention, mais sont appelés à indemniser les pertes des assurés dans les meilleurs délais en mobilisant les experts », a déclaré Jean Paul Roux. Il a également suggéré que les assureurs « peuvent aussi développer le mécanisme de la micro assurance en assurant un groupe de commerçants ou en passant par les IMFs qui accordent des petits prêts pour constituer leurs stocks de marchandises ».
Jean Paul Roux estime que les commerçants peuvent être indemnisés dans les quarante jours suivant une déclaration de sinistre, à condition que toutes les procédures soient respectées. Il précise que « l’occupant des lieux sinistrés peut être indemnisé avant 40 jours », tout en ajoutant un bémol, car « chaque sinistre a sa particularité ». L’objectif est de « remettre le commerçant dans les plus brefs délais, dans les conditions dans lesquelles il se trouvait au jour du sinistre ».
La gestion des marchés et la prévention
Pour rendre les marchés « assurables », plusieurs recommandations ont été formulées. Celles-ci incluent l'installation obligatoire d'extincteurs portatifs fonctionnels, soumis à des vérifications annuelles, la garantie d'un accès dégagé pour les services de secours et de lutte contre l'incendie, ainsi qu'une surveillance continue 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Il incombe aux gestionnaires de marchés d'assurer le respect strict des normes de sécurité. Cela englobe la conformité des installations électriques, souvent source de sinistres, et la mise en place d'infrastructures facilitant l'intervention des secours.
Les gestionnaires de marchés devraient également conditionner l'attribution des emplacements commerciaux au respect de critères de sécurité par les commerçants. Ces critères incluent le respect des conditions de stockage des marchandises, l'interdiction de l'utilisation de produits inflammables, et la présentation obligatoire d'une preuve d'assurance contre les risques d'incendie.
Vers un partenariat durable
Un partenariat public-privé (PPP) est identifié comme l'axe central de la solution visant à protéger les commerçants burundais contre les incendies. Cette approche collaborative est perçue comme essentielle pour mutualiser les efforts entre les autorités publiques et le secteur privé, notamment les assureurs et les gestionnaires de marchés. Elle permettrait de renforcer simultanément la prévention des risques, la mise en œuvre de normes de sécurité et l'établissement de mécanismes d'indemnisation efficaces. L'objectif est de créer un cadre résilient où les responsabilités sont partagées, garantissant ainsi une meilleure sécurité pour les activités commerciales et une reprise plus rapide après un sinistre.