Succession Disputes in Cibitoke: Widows' Rights Under Threat

Emelyne Nkurunziza : « Il est important que les femmes victimes aient le courage de s’adresser aux autorités »
Photo via Iwacu-burundi

Dans la commune de Cibitoke, des conflits de succession opposant des veuves à leurs beaux-parents persistent, constituant une réalité préoccupante. Ces litiges, fréquemment observés dans la zone de Cibitoke, soulignent les défis auxquels sont confrontées les femmes après le décès de leur conjoint, notamment en ce qui concerne l'accès et le maintien de leurs droits fonciers et patrimoniaux. La situation met en lumière des tensions familiales profondes et des interprétations divergentes des coutumes locales face à la loi, affectant directement la sécurité et le bien-être des veuves et de leurs enfants. Ces affrontements pour l'héritage illustrent une vulnérabilité persistante des veuves dans la région de Cibitoke, où la protection de leurs droits est souvent mise à l'épreuve par les dynamiques familiales.

Témoignage d'une veuve

Ces litiges s'accompagnent souvent de violations des droits des femmes et de lourdes conséquences sociales, en particulier pour les enfants. Evelyne Nkurunziza, une veuve de 28 ans et mère de deux enfants, illustre ces défis. Elle est confrontée à des conflits successoraux dans le quartier Social B, en zone Cibitoke.

Evelyne Nkurunziza rapporte que la famille de son défunt mari a confisqué l'ensemble de ses biens. « Ma belle-famille a confisqué tous les biens de mon mari, y compris les terres cultivables qu’il avait héritées et celles qu’il avait achetées avec ses propres moyens », a-t-elle déclaré. Elle a ajouté que « Les frères de mon mari m’ont accusée de détenir une importante somme d’argent que mon époux m’aurait envoyée avant sa mort ».

Pour récupérer une partie des terres, Evelyne Nkurunziza a été contrainte de verser une somme d'argent. Elle précise que certains biens de son mari ne lui ont pas encore été restitués. « Pour le moment, certains biens ne m’ont pas encore été restitués », a-t-elle affirmé, exprimant néanmoins son optimisme : « Mais, j’ai l’espoir qu’avec l’appui des autorités, je pourrai les récupérer. »

Evelyne Nkurunziza a également souligné l'importance de l'intervention des autorités dans ces situations. « Il est important d’avoir le courage de s’adresser aux autorités », a-t-elle insisté. Selon elle, cette démarche peut « prévenir de nombreuses conséquences et faciliter la gestion du patrimoine familial ». Son cas met en lumière les difficultés rencontrées par les veuves face aux disputes successorales.

Ampleur du phénomène

Les conflits de succession dans la zone de Cibitoke sont à l'origine d'une augmentation d'autres problèmes sociaux, notamment l'élévation du nombre d'enfants des rues et de la délinquance, selon Sélemani Sibomana, chef de la zone de Rugombo. Il a déclaré que « le problème, c’est que les femmes n’osent pas avouer ces violences. Les belles-familles les empêchent de gérer les biens laissés par leurs époux ». Lorsqu'une femme est rejetée par sa belle-famille, elle devient incapable de subvenir correctement aux besoins de sa famille, ce qui affecte directement les enfants, a-t-il ajouté, précisant que « le contrôle des enfants devient en effet difficile ». Des séances de sensibilisation sont régulièrement organisées, a-t-il indiqué, appelant « les femmes et toutes les victimes à ne pas craindre de saisir la justice. Sans leurs démarches, il devient difficile d’identifier l’ensemble des cas ».

Célestin Ndihokubwayo, chef du tribunal de zone de Cibitoke, a enregistré au moins deux cas de conflits successoraux. Il a affirmé que « la femme a le droit de gérer et de préserver les biens de la famille » après le décès de son mari. M. Ndihokubwayo a par ailleurs précisé que « les cas sont peu nombreux mais, cela s’explique aussi par le fait que certaines femmes n’osent pas s’exprimer. Elles peuvent être harcelées par la belle-famille sans pour autant revendiquer leurs droits alors qu’elles y sont légalement reconnues ». L'administration locale, notamment le chef de colline ou de quartier, a la responsabilité d'intervenir en amont en cas de conflit, a-t-il souligné.

Octavie Ntakarutimana, représentante légale de l'Association des veuves responsables (AVR), a observé que plus de la moitié des membres de son organisation sont confrontées à des conflits avec leurs beaux-parents. Elle a souligné que « le problème, c’est que certaines femmes n’osent pas dénoncer ces situations, peut-être parce qu’elles constatent que nous ne disposons pas d’avocats pour les défendre ». Ces pratiques sont néfastes et doivent être éradiquées, a-t-elle insisté, affirmant que « les femmes ont aussi le droit de gérer et de jouir des biens laissés par leurs maris ».

Mme Ntakarutimana a cité des cas de veuves expulsées de leurs domiciles après le décès de leurs maris, mentionnant la ville de Bujumbura comme un exemple où de telles situations se produisent.

Cadre légal et social

La veuve Evelyne Nkurunziza a déclaré avoir été accusée par les frères de son mari d'avoir reçu 80 millions de francs burundais de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB). Elle a également affirmé avoir subi des pressions de la part du frère aîné de son époux, qui aurait tenté de la contraindre au mariage afin de conserver le contrôle des biens familiaux. M. Célestin Ndihokubwayo, président du tribunal de résidence de la zone de Rugombo, a rappelé une disposition du Code des personnes et de la famille qui reconnaît à une femme le droit de jouir des biens familiaux en l'absence de son mari. « Après le décès du mari, la femme a le droit de gérer et de préserver les biens de la famille », a-t-il précisé.

La polygamie est sanctionnée par la loi au Burundi. L'article 530 du Code pénal stipule qu'un homme ou une femme légalement marié(e) ne peut contracter un autre mariage que si son conjoint est décédé(e) ou en cas de divorce. M. Ndihokubwayo a souligné qu'en cas de non-respect de cette disposition, la personne s'expose à une amende allant de 20 000 à 100 000 BIF et à une peine d'emprisonnement de six mois à deux ans.

Actions administratives et portée

L'administration locale multiplie les initiatives de sensibilisation pour tenter de maîtriser ces problématiques. Des séances de sensibilisation sont régulièrement organisées dans la zone de Rugombo, selon Sélemani Sibomana, chef de la zone de Rugombo. Ces sessions visent à informer et conseiller la population, notamment les femmes, sur leurs droits successoraux et les démarches à suivre en cas de litige. Ces actions cherchent à encourager les victimes à ne pas craindre de saisir la justice. Sans leurs démarches, il devient difficile d’identifier l’ensemble des cas, a-t-il précisé. Ces efforts s’inscrivent dans une démarche plus large pour prévenir les conséquences sociales des conflits de succession, telles que l'augmentation du nombre d'enfants des rues et de la délinquance.