Les prisons du Burundi sont confrontées à une surpopulation alarmante avec plus de 19 000 détenus incarcérés. Ce chiffre dépasse largement la capacité d'accueil prévue pour environ 4 000 personnes, a-t-on appris. Cette situation critique met en lumière les défis auxquels le système carcéral burundais est confronté, impactant non seulement les conditions de détention mais aussi le fonctionnement général de la justice pénale dans le pays.
L'ampleur de la crise carcérale
La surpopulation est un problème systémique qui touche la majorité des établissements pénitentiaires du Burundi. La prison centrale de Mpimba, construite en 1926 pour accueillir 400 détenus, héberge actuellement 4 201 prisonniers. Ce nombre représente un taux d'occupation de plus de 1 050 % selon les données disponibles, soulignant l'écart considérable entre l'infrastructure existante et les besoins actuels. Cette situation extrême à Mpimba est emblématique des défis auxquels fait face le système carcéral.
La prison pour hommes de Ngozi est également confrontée à un défi similaire, avec 1 834 détenus pour une capacité initiale de 400 places, soit un taux d'occupation dépassant les 458 %. Ces chiffres illustrent la pression intense exercée sur les ressources et les infrastructures. À Rumonge, 1 461 personnes sont incarcérées, ajoutant à la liste des établissements en situation critique. La prison de Rutana, quant à elle, affiche un taux d'occupation estimé à plus de 370 %, confirmant la généralisation du problème. La prison centrale de Gitega, par exemple, héberge plus de 1 400 prisonniers pour une capacité de 400, soit un taux d'occupation dépassant 350 %. Celle de Bubanza détient 434 détenus, dépassant également sa capacité initiale, ce qui met en évidence l'incapacité du système à gérer le flux croissant de détenus. Globalement, le Burundi compte 11 prisons et deux centres de détention pour mineurs sur son territoire, et la plupart d'entre eux sont confrontés à des niveaux de surpopulation extrêmes.
Un budget en forte baisse
La crise de surpopulation est exacerbée par une diminution significative des ressources allouées au système carcéral. Le budget alloué aux prisons burundaises a connu une diminution significative au cours des dernières années fiscales, ce qui rend d'autant plus difficile la gestion des conditions de détention. Le montant dédié au système carcéral est passé de plus de 14 milliards de francs burundais pour l'exercice 2023-2024 à plus de 12 milliards pour la période 2024-2025. Cette tendance à la baisse devrait se poursuivre, avec une projection d'un peu plus de 8 milliards de francs burundais pour l'exercice fiscal 2025-2026.
Cette réduction budgétaire intervient alors que le pays est confronté à une surpopulation carcérale alarmante, touchant l'ensemble de ses 11 prisons et deux centres de détention pour mineurs. La diminution des fonds disponibles risque de compromettre davantage les efforts visant à améliorer les conditions de vie des détenus, à maintenir les infrastructures et à mettre en œuvre des programmes de réinsertion. La gestion quotidienne des prisons, y compris l'alimentation, les soins de santé et la sécurité, est directement affectée par ces coupes budgétaires, rendant la situation encore plus précaire pour les détenus et le personnel pénitentiaire.
Réactions et propositions
Face à cette situation préoccupante, le ministre de la Justice, Alfred Ahingejeje, a promis la mise en œuvre de mesures concrètes visant à désengorger les prisons dans un délai de deux mois. Cette annonce, faite publiquement, témoigne d'une reconnaissance officielle de l'urgence de la situation. Alfred Ahingejeje a déclaré que « Cette surpopulation est aggravée par l’absence de séparation entre les condamnés et les prévenus », soulignant ainsi un facteur clé de la congestion actuelle et des défis en matière de droits humains. Cette déclaration indique une reconnaissance officielle des défis structurels auxquels le système carcéral est confronté, et la nécessité d'une approche différenciée pour gérer les différentes catégories de détenus.
Certaines installations montrent une capacité d'accueil plus gérable, offrant un contraste notable avec la situation générale. Le centre de rééducation pour mineurs de Ruyigi, par exemple, héberge 53 détenus pour une capacité de 72 places, affichant un taux d'occupation d'environ 74 %. Cela contraste fortement avec la situation générale de surpopulation observée dans la plupart des établissements pénitentiaires du pays, et pourrait servir de modèle pour une gestion plus efficace de la capacité dans d'autres établissements.
Les défis de la décongestion
Le mercredi 22 mai 2026, lors d'une séance de questions-réponses à l'Assemblée nationale à Kigobe, Bujumbura, le ministre de la Justice, Alfred Ahingejeje, a reconnu une situation "alarmante" dans les prisons du Burundi. Cette reconnaissance publique note la gravité du problème et la nécessité d'une action gouvernementale rapide et décisive. Au-delà des chiffres globaux, les situations individuelles des prisons illustrent l'ampleur du défi. La prison centrale de Gitega héberge plus de 1 400 prisonniers pour une capacité de 400, soit un taux d'occupation dépassant 350 %. Celle de Bubanza détient 434 détenus, dépassant sa capacité initiale de manière significative. Ces exemples spécifiques mettent en lumière la pression immense sur les infrastructures existantes et la nécessité urgente de trouver des solutions durables pour désengorger le système carcéral burundais. Les mesures promises par le ministre seront scrutées avec attention, étant donné l'urgence et l'ampleur de la crise.