Jean de Dieu Hakizimana, un homme de 28 ans, est décédé jeudi matin alors qu'il était détenu dans une cellule du poste de police provincial de Gitega. Son décès est survenu dans des circonstances troublantes, deux jours après son arrestation. L'interpellation a été menée par deux membres des Imbonerakure, identifiés comme Onesphore Nduwarugira, chef adjoint de la colline, et Fulgence Bimenyimana, responsable local du parti sur la colline Zege. Le jeune homme avait été transféré aux cellules du poste de police vers 20h00 la veille de son décès, le mercredi soir.
Circonstances de l'arrestation et du décès
Le décès de Jean de Dieu Hakizimana est survenu deux jours après son arrestation sur la colline de Zege, située dans la commune et la province de Gitega. Les circonstances entourant son interpellation et sa détention ont soulevé de vives préoccupations. Des témoins ont rapporté que Jean de Dieu Hakizimana aurait été violemment battu lors de son interpellation. Selon ces témoignages, il aurait succombé à ses blessures aux environs de 8h00 du matin jeudi, alors qu'il était toujours en détention dans les locaux de la police.
L'arrestation s'est déroulée précisément dans l'après-midi du 20 mai, au domicile de son ami Freury Rivuzimana. Cet événement, marqué par la violence rapportée, a précédé de peu le transfert de Jean de Dieu Hakizimana au poste de police où il a trouvé la mort. Le corps de Jean de Dieu Hakizimana a été transféré à la morgue de l'hôpital régional de Gitega en vue d'une autopsie potentielle, et il était prévu qu'il soit inhumé le vendredi. Aucune arrestation n'a été annoncée en lien avec cette affaire, malgré les allégations de violence ayant conduit au décès.
Accusations et contexte des Imbonerakure
Les proches de la victime ont indiqué que Jean de Dieu Hakizimana avait été accusé de vol de chèvres au moment de son arrestation par les membres des Imbonerakure. Cette accusation a été corroborée par Jacques Hakizimana, chef de la colline de Zege, qui a confirmé le décès. Selon le chef de colline, la victime était « connue comme un voleur qualifié » et aurait été appréhendée en possession d'une certaine quantité de viande. Ces déclarations soulignent le contexte dans lequel l'arrestation a eu lieu, bien que les circonstances exactes du vol présumé et la nature de la viande n'aient pas été détaillées.
L'implication des Imbonerakure dans cette interpellation met en lumière leur rôle controversé dans la sécurité locale et l'application de la loi. Les Imbonerakure sont les membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, le Conseil National pour la Défense de la Démocratie – Forces de Défense de la Démocratie (CNDD-FDD). Ce groupe a souvent été l'objet de critiques acerbes de la part d'organisations de défense des droits humains, qui l'accusent d'exactions, d'ingérence dans les affaires de sécurité, et d'abus de pouvoir.
Leur rôle, bien que contesté par certains, est pourtant officiellement soutenu et valorisé par les plus hautes autorités du Burundi. Le président Évariste Ndayishimiye a publiquement salué l'action des Imbonerakure, reconnaissant leur contribution à la sécurité nationale et à la stabilité du pays. D'autres hauts responsables du CNDD-FDD partagent cette position, notamment le secrétaire général du parti, Révérien Ndikuriyo. Ce dernier a également fait l'éloge de la ligue des jeunes, soulignant son importance dans le maintien de l'ordre, la défense des intérêts du parti et la protection des citoyens. Cette reconnaissance officielle contraste fortement avec les accusations formulées par certains observateurs et la société civile concernant leurs méthodes et l'étendue de leur influence sur le terrain.
Rapport des violations des droits humains
Des organisations de défense des droits humains signalent une augmentation préoccupante des abus attribués aux membres des Imbonerakure. Ces abus incluent des violences physiques, des extorsions de fonds, des passages à tabac, et des arrestations arbitraires. L'affaire de Jean de Dieu Hakizimana s'inscrit dans ce contexte de préoccupations croissantes concernant l'impunité et l'usage disproportionné de la force. Il est à noter qu'aucune arrestation n'a été annoncée en lien avec le décès de Jean de Dieu Hakizimana, ce qui renforce les craintes quant à la reddition de comptes.
La Ligue Iteka, une organisation burundaise de défense des droits humains, a publié un rapport alarmant pour l'année 2025. Ce rapport documente un total de 662 violations des droits humains, touchant 892 victimes à travers le pays. Ces chiffres mettent en évidence une situation des droits humains particulièrement dégradée.
Selon les données détaillées du rapport de la Ligue Iteka, les violations enregistrées pour l'année 2025 sont multiples et graves :
- 402 personnes ont été tuées de manière extrajudiciaire ou dans des circonstances suspectes.
- 156 personnes ont subi des violences basées sur le genre, parmi lesquelles 104 cas de violences sexuelles ont été spécifiquement identifiés.
- 53 individus ont été torturés, soulignant des pratiques de traitements cruels, inhumains ou dégradants.
- 55 personnes ont été enlevées ou ont disparu, laissant leurs proches dans l'incertitude et la détresse.
- 217 personnes ont été victimes d'arrestations et de détentions arbitraires, sans respect des procédures légales.
La Ligue Iteka a également enregistré la découverte de 233 corps au cours de la même année, dont les circonstances de la mort restent souvent floues ou non élucidées. L'organisation attribue un nombre significatif de ces violations à des acteurs spécifiques. Sur l'ensemble des cas documentés, 110 cas de violations ont été explicitement attribués aux membres des Imbonerakure. Ce chiffre désigne ainsi ce groupe comme les principaux auteurs présumés de violations des droits humains, se plaçant devant d'autres entités étatiques telles que la police, les services de renseignement et l'armée. Cette prédominance des Imbonerakure dans les statistiques des violations des droits humains renforce les appels à une surveillance accrue et à une responsabilisation de leurs membres.