Violents combats éclatent dans le Sud-Kivu, impliquant plusieurs factions armées

Image 8: Sud-Kivu : le front s’embrase, violents combats entre FARDC, militaires burundais et Wazalendo contre l’AFC/M23-Twirwaneho
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Des combats sont signalés depuis dimanche dans plusieurs zones des territoires de Fizi, Uvira et Mwenga, dans la province du Sud-Kivu, à l'est de la République Démocratique du Congo (RDC). Ces affrontements impliquent plusieurs factions armées et ont été rapportés par diverses sources locales. Des heurts ont notamment eu lieu dans le territoire d'Uvira, touchant spécifiquement les localités de Malimba, Rubarati et Ruhuha. Ces affrontements s'inscrivent dans un contexte de tensions persistantes dans la région, marqué par la présence et l'activité de groupes armés. Les combats ont provoqué des déplacements de populations et une détérioration de la situation sécuritaire locale, exacerbant une crise humanitaire déjà préoccupante.

Affrontements sur le terrain

Les affrontements opposent les Forces armées de la RDC (FARDC), soutenues par la Force de Défense Nationale du Burundi (FDNB) et les milices Wazalendo appuyées par Kinshasa, aux combattants de l'AFC/M23 et de Twirwaneho. La violence des échanges est attestée par des sources rapportant l'utilisation de drones et d'armes lourdes par les forces aux côtés des FARDC dans ces combats. Ces équipements sophistiqués soulignent l'intensité et la nature des opérations militaires en cours.

Un combattant Wazalendo a affirmé que les FARDC, la FDNB et les Wazalendo ont repris des positions précédemment tenues par l'AFC/M23, Twirwaneho et Red Tabara. Ces positions se situaient dans les localités de Malimba, Ruhuha et Rubarati, des points stratégiques dans le territoire d'Uvira. Cette déclaration indique une offensive coordonnée des forces alignées avec le gouvernement congolais pour reconquérir ces zones. La reprise de ces localités, si elle est confirmée de manière indépendante, marquerait un succès tactique significatif pour les forces gouvernementales et leurs alliés.

Fidèle Rugabo, porte-parole de Twirwaneho, a déclaré que leurs combattants ont repoussé les attaques des FARDC, de la FDNB, des Wazalendo et des FDLR. Ces affrontements se sont déroulés dans les localités de Kabanju, Kipupu, Nyamabuguma et Point Zéro, situées dans les territoires de Fizi et Mwenga. Selon M. Rugabo, les forces alignées avec Kinshasa ont ensuite battu en retraite, ce qui suggère une résistance farouche de la part de Twirwaneho et de ses alliés. Ces affirmations contradictoires mettent en lumière la difficulté d'obtenir une image claire de la situation sur le terrain et la propagande inhérente à tout conflit armé.

Les forces gouvernementales se sont repliées vers Mulima, Lulenge, Kiseke et Kitumba, d'après les affirmations de Twirwaneho. Ces informations contrastées des différentes parties soulignent la complexité et l'intensité des combats en cours dans la région du Sud-Kivu. La situation reste tendue dans ces zones, avec des populations civiles prises au piège des affrontements. Les récits divergents des belligérants rendent difficile l'évaluation objective de l'équilibre des forces et des gains territoriaux.

Objectifs stratégiques et régionaux

La région de Minembwe constitue un point focal militaire où les FARDC, la FDNB et les milices Wazalendo cherchent à sécuriser des positions. L'objectif est de prévenir toute avancée de l'AFC/M23 en direction de la province du Tanganyika, selon les informations disponibles. La sécurisation de Minembwe est considérée comme clé pour contenir l'expansion de l'AFC/M23 et protéger les provinces voisines.

Les opérations visent également la localité de Bijombo afin de freiner la progression de l'AFC/M23 et de Twirwaneho vers Uvira. Il s'agit en outre de contrôler l'axe reliant Rurambo, Bijombo et Minembwe, une zone considérée comme stratégique en raison de sa position géographique et de son importance pour le contrôle des mouvements de troupes et de marchandises. La maîtrise de cet axe est essentielle pour les forces gouvernementales afin de couper les lignes d'approvisionnement et de communication des groupes armés adverses.

L'AFC/M23, dirigée par Corneille Nangaa, affirme que son combat vise à lutter contre la discrimination et la violence dont sont victimes les populations congolaises tutsies. Le mouvement revendique également un dialogue direct avec Kinshasa pour résoudre les causes profondes du conflit, arguant que seule une approche politique et inclusive peut apporter une paix durable.

L'AFC/M23 exige des réformes politiques et sécuritaires, ainsi que l'établissement d'un État fédéral en République Démocratique du Congo. Ces revendications sont au cœur de ses demandes formulées à l'attention du gouvernement congolais, qu'il accuse de ne pas prendre en compte les préoccupations de certaines communautés. Le mouvement considère que la fédéralisation du pays permettrait une meilleure représentation et une gestion plus équitable des ressources et du pouvoir.

Le mouvement armé AFC/M23 contrôle des territoires dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, incluant notamment les villes de Goma et Bukavu. Cette présence territoriale note l'étendue de son influence dans l'est de la RDC et sa capacité à maintenir une emprise sur des zones urbaines et rurales importantes. La persistance de son contrôle sur ces régions est un défi majeur pour la stabilité du pays.

Contexte sécuritaire et accusations

Un rapport du ministère congolais de l'Intérieur et de la Sécurité a indiqué que plus de 29 000 soldats burundais avaient été déployés en RDC entre août 2022 et décembre 2025. Cette présence militaire étrangère, bien que justifiée par Kinshasa comme un soutien à la lutte contre les groupes armés, est un élément complexe du paysage sécuritaire régional. Selon ce même rapport, environ 10 000 soldats burundais se trouvaient encore dans l'est du Congo à la fin de l'année 2025, ce qui témoigne d'un engagement militaire prolongé de la part du Burundi.

Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le M23, des allégations que Kigali dément formellement, qualifiant ces accusations de tentatives de détourner l'attention des problèmes internes de la RDC. De son côté, le Rwanda accuse la RDC et le Burundi de collaborer avec les FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda), un groupe armé composé en partie d'anciens génocidaires rwandais, ce que Kinshasa et Gitega nient également avec véhémence. Ces accusations mutuelles complexifient davantage les efforts de paix et de stabilisation dans la région, créant un climat de méfiance entre les États voisins.

Des rapports d'experts des Nations Unies ont, par ailleurs, fait état d'un soutien rwandais présumé au M23, fournissant des éléments qui viennent étayer les allégations de la RDC. Ces rapports, basés sur des enquêtes de terrain et des analyses de renseignements, sont souvent cités par Kinshasa pour justifier ses positions. L'ONU a aussi documenté une collaboration entre les FDLR, les FARDC, les Wazalendo et les FDNB, mettant en lumière les alliances complexes et parfois opportunistes qui se forment sur le terrain. Cette documentation onusienne note la nature multifacette du conflit, où les groupes armés et les forces étatiques s'allient et se désallient en fonction de leurs intérêts stratégiques.

Impact humanitaire et déplacements

Les combats en cours dans le Sud-Kivu pourraient provoquer une nouvelle vague de déplacements de population, selon des observateurs locaux et des organisations humanitaires. Cette situation survient alors que des millions de personnes ont déjà été déplacées par les conflits qui ravagent l'est de la République Démocratique du Congo, faisant de la RDC l'un des pays avec le plus grand nombre de déplacés internes au monde. L'intensification des affrontements entre les différentes factions armées accroît la pression sur les communautés civiles, souvent contraintes de fuir leurs foyers à la recherche de sécurité et d'abris temporaires.

L'instabilité persistante dans la région rend difficile l'accès à l'aide humanitaire pour ces populations vulnérables, dont beaucoup vivent dans des camps surpeuplés ou dans des familles d'accueil avec des ressources limitées. Les infrastructures de base, telles que les écoles et les centres de santé, sont souvent endommagées ou inaccessibles, aggravant les conditions de vie déjà précaires. Les organisations humanitaires peinent à atteindre les zones affectées en raison de l'insécurité et du manque de financement, ce qui laisse de nombreuses personnes sans assistance vitale. La communauté internationale continue d'appeler à un cessez-le-feu et à une solution politique durable pour mettre fin à cette crise humanitaire prolongée.