Bujumbura : Les 'canga canga' pris entre corruption policière et pénurie de carburant

À Bujumbura, capitale économique du Burundi, des témoignages rapportent que certains chauffeurs de taxis-motos, communément appelés « canga canga », se voient contraints de verser des pots-de-vin pour pouvoir exercer leur activité. Ces paiements, s'élevant à au moins 5 000 francs burundais par véhicule, leur permettraient d'opérer sans être inquiétés, selon ces mêmes sources. Ce système de corruption s'inscrit dans un contexte où les chauffeurs font face à des défis économiques accrus, notamment une pénurie persistante de carburant qui complique leurs opérations quotidiennes.

Le rôle des 'canga canga'

Les taxis collectifs, surnommés « canga canga », représentent une solution de fortune pour des milliers d'habitants de Bujumbura en raison de la rareté des bus. Ces chauffeurs s'organisent en groupes pour transporter plusieurs passagers, permettant ainsi de partager les coûts. Ce système offre aux habitants aux moyens limités la possibilité d'atteindre leurs destinations à un coût inférieur à celui d'un trajet individuel. Les autorités interviennent cependant contre les voitures privées utilisées pour le transport de passagers, car ces véhicules ne sont pas autorisés pour le transport public. La situation est d'autant plus complexe que l'offre de transport en commun est déjà insuffisante dans la ville. Les longues files d'attente aux stations-service, combinées à la pénurie de bus, ont profondément modifié les habitudes de déplacement à Bujumbura. Cette dépendance croissante envers les taxis-motos note leur rôle essentiel dans la mobilité urbaine, malgré leur statut souvent informel.

Accusations de corruption policière

À Bujumbura, les forces de l'ordre sont chargées de la régulation de la circulation et du transport dans plusieurs parkings du centre-ville. Cette responsabilité englobe la gestion des flux de véhicules et la surveillance du respect des règles de stationnement dans ces zones névralgiques de la capitale économique du Burundi.

Les chauffeurs de taxis-motos, souvent appelés « canga canga », ont formulé des allégations selon lesquelles la police les pourchasserait de certains emplacements. Ces accusations portent sur des interventions policières visant à les éloigner de zones de stationnement, notamment sous prétexte de stationnement dans des endroits prohibés. Les conducteurs affirment que la police utilise ces prétextes pour justifier la demande de paiements informels. Ces incidents rapportés par les conducteurs soulèvent des questions sur les interactions entre les forces de l'ordre et les opérateurs de transport informel dans la ville. Les chauffeurs affirment que ces actions compliquent leur activité quotidienne et ajoutent une pression supplémentaire à leurs conditions de travail déjà difficiles, les poussant parfois à des pratiques de contournement pour survivre.

Impact sur les coûts et les usagers

La persistance d'une pénurie de carburant à Bujumbura exerce une pression économique considérable sur les chauffeurs de taxis-motos et, par ricochet, sur les passagers. Ces difficultés d'approvisionnement en carburant, récurrentes depuis plusieurs années au Burundi, contribuent à l'augmentation des coûts opérationnels pour les transporteurs informels. Le Burundi est en effet confronté à des difficultés d'approvisionnement en carburant de manière récurrente depuis plusieurs années, selon des observations locales, ce qui affecte lourdement l'économie locale. Les paiements informels rapportés par les chauffeurs pèsent directement sur leurs marges et sont inévitablement répercutés sur le prix des courses pour les usagers, aggravant ainsi la charge financière pour les habitants de la capitale économique. Cette situation note l'impact combiné des dysfonctionnements du marché du carburant et des pratiques de corruption sur le pouvoir d'achat des Burundais, déjà mis à rude épreuve.

Appel à une régulation claire

Les chauffeurs qui refusent de s'acquitter de ces paiements informels risquent la confiscation de leurs documents d'immatriculation et des amendes, particulièrement lors des contrôles menés par la Police Spéciale de Roulage (PSR). Ces sanctions administratives, bien que théoriquement légales, sont perçues par les chauffeurs comme un moyen de pression supplémentaire pour extorquer des fonds. Face à cette situation, les conducteurs sollicitent des autorités la mise en place d'une réglementation claire leur permettant d'exercer leur activité sans être confrontés à ces exigences de paiements informels. Ils espèrent ainsi une reconnaissance formelle de leur profession et un cadre légal qui mettrait fin aux abus et à l'incertitude qui caractérisent leur quotidien.