Burundi s'inquiète de la modification de ses frontières naturelles avec le Rwanda et la RDC

Les autorités burundaises alertent sur la modification progressive de leurs frontières naturelles avec le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC). Cette inquiétude est attribuée à l'érosion des berges des rivières Rusizi et Ruhwa, ainsi qu'à certaines activités humaines. Le gouverneur de la province de Bujumbura, Aloys Ndayikengurukiye, a émis une déclaration à ce sujet, soulignant la gravité de la situation pour l'intégrité territoriale du pays. Une correspondance datée du 3 août 2026 a été envoyée aux administrateurs communaux de Ntahangwa, Mpanda, Bukinanyana, Cibitoke et Mugina pour les informer de la situation et les enjoindre à prendre des mesures urgentes. Cette démarche officielle vise à sensibiliser les autorités locales et à mobiliser les efforts pour contrer ce phénomène.

Constat de l'inspection des fleuves

La Commission Nationale de Délimitation des Frontières a mené une mission d'inspection entre le 13 et le 16 juillet 2026. Cette mission a parcouru les rives des fleuves Rusizi et Ruhwa, qui constituent des frontières naturelles importantes pour le Burundi. Les observations de la commission ont mis en évidence que des activités observées le long des berges pourraient favoriser des modifications des lits des fleuves et altérer les zones frontalières. Les fleuves Rusizi et Ruhwa ont déjà modifié leur cours, s'orientant désormais davantage vers le territoire burundais, ce qui représente une menace directe pour les limites territoriales reconnues du pays. Cette situation, si elle n'est pas maîtrisée, pourrait avoir des répercussions significatives sur la souveraineté territoriale et la délimitation des zones frontalières avec les pays voisins.

Activités humaines en cause

Les activités humaines identifiées comme contribuant à la modification des frontières incluent la culture sur les berges, l'exploitation artisanale de l'or, la fabrication de briques, ainsi que l'absence de protection des rives. Ces pratiques affaiblissent les sols et favorisent l'érosion, ce qui entraîne des changements dans le cours des rivières. La culture intensive, notamment, dénude les rives de leur végétation protectrice, rendant le sol plus vulnérable aux intempéries et au courant des rivières. De même, l'extraction de matériaux comme l'or ou l'argile pour la fabrication de briques fragilise la structure des berges, accélérant leur effondrement et le déplacement des lits des cours d'eau.

Certains responsables administratifs sont soupçonnés d'avoir ignoré, voire autorisé, ces activités le long des fleuves frontaliers. Cette inaction ou complicité potentielle aggrave la situation et compromet les efforts de préservation des limites territoriales naturelles du Burundi. La passivité de certaines administrations locales face à ces pratiques illégales est perçue comme un obstacle majeur à la résolution du problème, nécessitant une intervention plus ferme des autorités centrales.

Mesures et recommandations officielles

Pour répondre à ces préoccupations et protéger l'intégrité des frontières, des missions conjointes impliquant des responsables administratifs, les services de sécurité et les forces de défense seront organisées. Ces missions auront pour objectif de patrouiller les zones concernées, d'évaluer l'étendue des dégâts et de faire respecter la législation en vigueur. Une application stricte de l'article 5 de la loi n°1/02 du 26 mars 2012, constituant le Code de l'eau, est demandée par les autorités burundaises. Cet article 5 du Code de l'eau prévoit spécifiquement une bande de protection de 25 mètres le long des berges des rivières, une mesure essentielle pour prévenir l'érosion et stabiliser les cours d'eau.

Il est également recommandé de planter des bambous, des roseaux et d'autres végétations stabilisatrices le long des cours d'eau affectés. Ces plantes, grâce à leurs systèmes racinaires étendus, sont reconnues pour leur capacité à fixer les sols et à prévenir l'érosion. Toutes les activités jugées préjudiciables aux berges des rivières, telles que la culture, l'exploitation minière artisanale et la fabrication de briques, doivent être interdites dans les zones concernées. Les administrateurs communaux ont pour tâche de sensibiliser les populations aux lois relatives à la protection de l'environnement et des cours d'eau, afin de prévenir de nouvelles dégradations et de promouvoir des pratiques plus durables. Cette sensibilisation est clé pour obtenir l'adhésion des communautés locales aux efforts de conservation.

Application et sanctions

Un suivi régulier et des rapports aux autorités compétentes sont désormais exigés pour assurer l'application de ces mesures. Cette démarche vise à garantir que les directives de protection des frontières naturelles et des cours d'eau soient scrupuleusement respectées par les administrations locales. Les rapports devront détailler les actions entreprises, les défis rencontrés et les progrès réalisés dans la sécurisation des berges et la prévention des activités illégales.

Parallèlement, des sanctions ont été annoncées pour les responsables administratifs qui ne se conformeraient pas à ces directives. Ces mesures coercitives soulignent la détermination des autorités burundaises à faire respecter la loi et à protéger l'intégrité territoriale du pays face aux modifications des lits des rivières. La mise en œuvre de ces sanctions devrait inciter les administrateurs à agir avec diligence pour prévenir et réprimer les activités illégales le long des frontières fluviales. L'objectif est de s'assurer que tous les niveaux de l'administration participent activement à la préservation des frontières naturelles du Burundi.