Controverse à la CNIDH : Des cadres demandent la suspension du voyage de la Secrétaire Générale

Photomontage de Chadia Mukaremera, employée de la CNIDH portée disparue depuis le 25 février 2026, et de Chantal Bakamiriza, secrétaire générale de l’institution
Photo: FOCODE via Sosmediasburundi

Une nouvelle controverse agite la Commission Nationale Indépendante des Droits de l'Homme (CNIDH) au Burundi, où plusieurs cadres de l'institution demandent la suspension d'un voyage officiel à Genève. Ces cadres s'opposent fermement au déplacement de la Secrétaire Générale de la CNIDH, Mme Chantal Bakamiriza, un voyage prévu pour se dérouler du 20 juin au 1er juillet 2026. Cette demande intervient dans un contexte de préoccupations croissantes concernant une enquête judiciaire en cours.

Une correspondance officielle, datée du 12 juin 2026 et adressée directement au Président de la CNIDH, Mgr Blaise Nyaboho, a été signée par cinq cadres influents : Didace Sunzu, Ornella Mugisha, Félix Muhimpundu, Félicité Rukundo, et Philbert Manirakiza. Dans cette lettre, ils réclament de manière explicite la suspension de cette mission officielle, arguant que la présence de la Secrétaire Générale est nécessaire dans le pays, compte tenu des développements récents. La Secrétaire Générale est en effet présentée comme étant potentiellement impliquée dans l'affaire de la disparition de Chadia Mukaremera, une employée de la CNIDH, survenue le 25 février 2026. Cette disparition mystérieuse continue de susciter de nombreuses interrogations et une vive inquiétude au sein de l'institution et au-delà.

Accusations de complicité dans une disparition

Selon des informations rapportées et largement diffusées, Mme Chantal Bakamiriza aurait été la dernière personne à avoir été en contact avec Chadia Mukaremera juste avant la disparition de cette dernière. Les faits indiquent que la victime se rendait alors à son travail au moment précis de sa disparition. Cette proximité avec les événements place la Secrétaire Générale au centre des interrogations dans le cadre de l'enquête. Les signataires de la lettre adressée au Président de la CNIDH estiment que la procédure judiciaire en cours, qui est d'une grande sensibilité, exige une prudence maximale de la part de tous les acteurs concernés. Ils expriment de sérieuses craintes qu'un voyage à l'étranger de la Secrétaire Générale, à ce stade clé de l'enquête, ne puisse compliquer de manière significative le déroulement des investigations et, par conséquent, entraver la manifestation de la vérité.

La Secrétaire Générale figure d'ailleurs parmi les individus déjà entendus par les enquêteurs chargés de l'affaire. Elle fait partie d'une liste de six personnes qui ont été interrogées jusqu'à présent dans le cadre de cette enquête délicate. Les cadres signataires de la correspondance considèrent que les éléments connus à ce stade, et la nature même de l'affaire, justifient pleinement la suspension de toute mission internationale impliquant des personnes citées ou potentiellement impliquées dans le dossier de disparition. Cette position, selon eux, est essentielle pour garantir l'intégrité de l'enquête en cours et assurer qu'aucune entrave ne vienne perturber le processus judiciaire. Leur objectif est de préserver la crédibilité de l'institution et l'équité de la justice.

Contexte de crises internes persistantes

L'institution de la CNIDH est, par ailleurs, marquée récemment par une série de crises internes et des problèmes récurrents de gouvernance, ce qui ajoute à la complexité de la situation actuelle. La Commission Nationale Indépendante des Droits de l'Homme reste notamment profondément affectée par le départ inattendu de son ancien président, le Dr. Sixte Vigny Nimuraba, en avril 2025. Ce départ est intervenu dans un contexte de tensions internes aiguës et de soupçons persistants de mauvaise gestion au sein de la Commission, des allégations qui n'ont jamais été entièrement dissipées. Le Dr. Sixte Vigny Nimuraba a quitté le pays dans des circonstances jugées contestées par de nombreux observateurs et se trouve actuellement en Suisse, ce qui a laissé un vide et des interrogations au sein de l'organisation. La direction de la CNIDH est désormais assurée par Mgr Blaise Nyaboho, qui fait face à un héritage complexe et à des défis considérables en matière de stabilité et de transparence. La disparition de Chadia Mukaremera, survenue dans un tel climat, ne fait qu'exacerber les tensions et les doutes quant à la capacité de l'institution à gérer ses affaires internes avec la rigueur attendue.

Demande de suspension et précédents

Il est important de noter qu'une requête similaire à celle formulée actuellement avait déjà été adressée à la direction de la CNIDH en mars 2026, concernant la même Secrétaire Générale, Mme Chantal Bakamiriza. Cependant, cette précédente demande n'avait pas abouti à une issue favorable pour les plaignants. Malgré les inquiétudes exprimées à l'époque, cette précédente demande de suspension n'avait pas empêché le voyage de Mme Chantal Bakamiriza. Les cadres à l'origine de cette nouvelle initiative espèrent néanmoins une décision différente cette fois-ci, compte tenu des préoccupations accrues et des nouveaux éléments concernant l'enquête en cours sur la disparition de Chadia Mukaremera. Ils insistent sur le fait que les enjeux actuels sont plus pressants et que la nécessité d'une transparence totale est essentielle pour la réputation et le fonctionnement de la CNIDH.

À la date de publication de cet article, la direction de la CNIDH n'avait pas encore réagi publiquement aux accusations formulées par les cinq cadres signataires ni à leur demande officielle de suspension du voyage de la Secrétaire Générale. Cette absence de communication officielle laisse planer un certain flou sur la suite des événements et sur la position que l'institution compte adopter face à cette controverse grandissante. La communauté des droits de l'homme et le public burundais attendent avec attention les développements de cette affaire qui met en lumière des tensions profondes au sein d'une institution censée être un pilier de la protection des droits humains dans le pays.