Les coupures d'électricité prolongées affectent l'économie burundaise et le quotidien des habitants, entraînant des pertes significatives pour les entreprises et les ménages. À Rubirizi, dans la localité de Tenga, Bosco, un soudeur, a déclaré avoir passé « plus de deux semaines sans travail » en raison de cette situation. Il a souligné les conséquences dramatiques pour sa famille, affirmant que « nos familles meurent de faim ».
Selon Bosco, il avait « trois commandes de plus de 15 millions BIF » qui ont été annulées. « Les clients se sont désistés. Ils sont partis ailleurs », a-t-il expliqué, déplorant devoir malgré tout « payer le loyer, rationner [sa] famille ». Un autre commerçant, I.K. A également estimé ses pertes à des millions de BIF. Les professionnels comme Bosco dépendent de l'électricité durant les heures de travail : « nous en avons besoin la journée pour travailler. Le soir, on rentre à la maison », a-t-il précisé.
Pertes financières pour les entreprises
Bosco a estimé ses pertes à plusieurs millions de francs burundais (BIF), en raison de l'annulation de commandes importantes. Le soudeur avait notamment « trois commandes de plus de 15 millions BIF » qui n'ont pu être honorées. « Les clients se sont désistés. Ils sont partis ailleurs. Or, je dois payer le loyer, rationner ma famille, etc. », a-t-il affirmé, soulignant les répercussions directes sur ses obligations financières et familiales.
I.K. Qui gère un atelier de menuiserie, a déclaré travailler à peine deux heures par jour en raison des coupures d'électricité. Cette situation réduit considérablement sa capacité de production et, par conséquent, ses revenus. Pour de nombreux artisans, l'accès à l'électricité pendant les heures ouvrables est indispensable. Bosco a insisté sur cette nécessité : « Or, nous en avons besoin la journée pour travailler. Le soir, on rentre à la maison. »
Durant la période de deux semaines rapportée, l'électricité n'était disponible qu'approximativement de 19h00 à 7h00 du matin. Ce créneau horaire, principalement nocturne, s'avère insuffisant pour les activités professionnelles qui exigent de la lumière et de l'énergie en journée. Les horaires de travail habituels sont directement perturbés, forçant les entreprises à suspendre leurs opérations ou à les réduire drastiquement.
I.K. A précisé que l'électricité est généralement fournie aux alentours de 18h00. Cette arrivée tardive ne permet qu'une ou deux heures de travail effectif avant de devoir quitter l'atelier. Pour les entreprises qui dépendent de machines électriques, ce laps de temps limité entrave la réalisation de commandes et la planification à long terme.
Impact sur la conservation et la consommation
Les coupures d'électricité prolongées ont des répercussions directes sur la conservation des produits périssables, affectant tant les commerçants que la consommation alimentaire. À Kinama, dans le quartier de Muramvya, Anitha, une vendeuse de lait, a dû jeter plusieurs litres de lait en moins de deux semaines. Elle a expliqué que « la quantité était devenue inconsommable à cause du manque du courant. Le frigo ne fonctionne pas. » Cette situation contraint les petits commerçants à des pertes significatives, impactant leur chiffre d'affaires et la disponibilité des produits frais pour les consommateurs.
Au centre-ville de Bujumbura, un boucher a rapporté que l'absence d'électricité empêche l'utilisation des chambres froides, essentielles pour la conservation de la viande. Cette contrainte l'a obligé à suspendre la vente de poisson et d'autres viandes à détérioration rapide, faute de pouvoir garantir leur fraîcheur. L'approvisionnement en produits frais est ainsi perturbé, restreignant les choix des clients et potentiellement augmentant les risques sanitaires si les produits ne sont pas correctement stockés.
O.B. Gérant d'un restaurant situé dans la commune de Mukaza, a également fait état de la frustration de sa clientèle. Il a observé que les clients se plaignent de ne plus pouvoir commander certains plats, comme le poisson. O.B. A souligné les risques associés à cette situation : « Il y en a qui étaient habitués à commander du poisson par exemple. On ne prépare plus ce mets car, il risque d’être périmé et causer de l’intoxication. » La sécurité alimentaire devient une préoccupation majeure pour les professionnels de la restauration.
Analyse économique et critiques
L'économiste Dr. Diomède Ninteretse a souligné que les citoyens ont besoin d'électricité dans leurs foyers et ateliers, et non seulement d'informations sur les mégawatts (MW) produits, affirmant que « Car, le citoyen burundais n’a pas besoin d’être informé des MW produits mais, il a besoin de l’électricité dans son compteur, dans sa maison, dans son atelier, etc. » Selon lui, la persistance des coupures d'électricité est paradoxale au regard des déclarations officielles faisant état d'une production accrue grâce à des projets comme les barrages de Jiji Murembwe et Busumo. « C’est paradoxal », a-t-il déclaré, ajoutant que « Tant que le pays dispose d’une capacité de production supplémentaire, aujourd’hui il ne devrait pas se poser un problème de distribution. C’est parce qu’il y a souvent de la corruption dans l’installation des fils électriques. »
Dr. Ninteretse a estimé que les entreprises peuvent perdre plus de 10% de leur chiffre d'affaires en raison des coupures d'électricité. Il a décrit la nécessité pour les entreprises d'utiliser des générateurs comme une « taxe invisible sur la productivité », expliquant que « Un pays sans énergie n’avance pas. Les entreprises sont souvent obligées de recourir aux services de substitution. Ces salons de coiffure, ces imprimeries, …, ils sont obligés de recourir aux groupes électrogènes tandis que d’autres recourent aux batteries ou à une autre source d’énergie. » L'économiste a précisé qu'« Imaginez-vous une entreprise qui doit acheter du carburant pour produire son propre courant. C’est une dépense supplémentaire. Mais, contrairement à un impôt classique, cette charge n’est pas nécessairement visible dans le budget. L’OBR ne va pas la prendre en compte pour vous taxer. » Il a également fait remarquer que « L’OBR ne va pas non plus comptabiliser les produits périmés ou détruits, les commandes non exécutées, les clients perdus, l’entretien supplémentaire des équipements, les investissements dans les groupes électrogènes, les batteries, etc. »
L'économiste a suggéré que la Regideso devrait reconnaître les erreurs de gestion et les problèmes d'infrastructure dans le transport et la distribution de l'électricité. Dr. Ninteretse a recommandé que l'Assemblée Nationale évalue objectivement les coûts investis dans la production d'énergie par rapport à l'énergie réellement distribuée.
Explications officielles et perspectives
Le directeur général de la Regideso, Jean-Albert Manigomba, a expliqué que la saison sèche a entraîné une baisse significative des niveaux d'eau dans les barrages, réduisant ainsi la distribution d'électricité. Jean-Albert Manigomba a assuré que les coupures de courant cesseraient avec l'arrivée de la saison des pluies.