L'administration et les bouchers de Gitega avaient initialement conclu un accord fixant le prix de la viande sans os à 28 000 FBu le kilo et celui de la viande avec os à 20 000 FBu le kilo. Quelques jours plus tard, les prix pratiqués dans la ville sont toutefois revenus à 30 000 FBu pour la viande sans os et 22 000 FBu pour la viande avec os. Face à cette situation, les bouchers justifient leurs tarifs par les conditions du marché local. « Nous ne fixons pas les prix par plaisir de gagner beaucoup d’argent sur le dos de nos clients. C’est la loi de l’offre et de la demande. Si les bêtes deviennent moins chères, les commerçants de Bujumbura viennent en masse pour tout rafler », expliquent-ils.
La déception des consommateurs locaux
Les consommateurs de Gitega dénoncent des pratiques frauduleuses constatées durant la brève période de baisse des prix. Bruce Bigirimana affirme que les commerçants manipulaient les instruments de pesée pour tromper la clientèle. « Même pendant cette baissée éphémère, les balances étaient trafiquées. Ils feintaient de mettre en exécution les conventions mais au lieu de te vendre un kilogramme, ils te donnaient en réalité 0,750kg », précise-t-il. Zainabu Kamikazi, mère de famille habitant le quartier de Magarama, qualifie cette situation d'inacceptable : « C’est une moquerie pure et simple. » Astère Nihorimbona note la récurrence de ces tensions : « Chaque année, c’est le même scenario. Les bouchers dictent leur loi et influencent tous les autres. » Louis Hitimana ajoute que, parallèlement, « les éleveurs se désintéressent des grands ruminants ».
Les justifications avancées par les bouchers
Les bouchers de Gitega expliquent le maintien des prix élevés par une concurrence accrue venant de Bujumbura. Selon eux, les commerçants de la capitale achètent massivement le bétail pour l'exporter vers le Congo en échange de dollars, ce qui réduit considérablement l'offre disponible sur le marché local.
La rareté des animaux, qu'il s'agisse de bovins ou d'ovins, découle également de conditions environnementales difficiles. Les professionnels de la viande pointent du doigt le manque de fourrage nécessaire à l'alimentation du cheptel. Le retard des pluies complique davantage la situation, limitant la disponibilité de pâturages et provoquant une baisse du nombre de bêtes prêtes pour l'abattage. Cette conjoncture pèse mécaniquement sur les tarifs appliqués aux consommateurs finaux.