El Niño s'annonce : le Burundi face aux risques d'inondations et de glissements de terrain

Des maisonnettes submergées d’eau dans la zone Gatumba lors des dernières inondations
Photo via Iwacu-burundi

Le Burundi s'apprête à faire face à d'importants risques d'inondations et de glissements de terrain au cours des trois prochains mois, en raison de l'arrivée du phénomène El Niño. Cette alerte a été émise conjointement par des experts en environnement et l'Institut géographique du Burundi (Igebu). Des pluies fortes sont attendues au Burundi au cours des trois prochains mois en raison de ce phénomène climatique. En Afrique de l'Est, et particulièrement au Burundi, El Niño se manifeste par des pluies excessives et torrentielles, entraînant des débordements de rivières, comme la Rusizi, ainsi qu'une montée des niveaux du Lac Tanganyika et des cours d'eau intérieurs. Ce phénomène entraînera des inondations, une élévation du niveau des eaux du Lac Tanganyika, des glissements de terrain et des affaissements de sol. Ces conditions météorologiques accrues représentent une menace directe pour les populations et les infrastructures du pays, exigeant une préparation et une vigilance accrues de la part des autorités et des communautés locales.

Témoignages de populations affectées

Les populations burundaises expriment déjà leurs craintes face aux conséquences anticipées du phénomène El Niño. Damas Ndiho, un habitant de Mushasha II, dans la zone de Gatumba, au sein de la commune de Ntahangwa dans la province de Bujumbura, a déjà été contraint de déménager à trois reprises en raison des inondations provoquées par la rivière Rusizi. Sa situation illustre la vulnérabilité des communautés riveraines face à la montée des eaux, un scénario qui risque de s'aggraver avec les pluies torrentielles attendues. M. Ndiho, comme de nombreux autres résidents, a dû abandonner son domicile face à la force dévastatrice des eaux.

Plusieurs autres résidents partagent des préoccupations similaires. Egide Niyonsaba, originaire de la colline de Kinyinya, a également été directement affecté par la crue de la rivière Rusizi et le débordement du Lac Tanganyika, des événements qui ont déjà perturbé la vie quotidienne et menacé les habitations dans sa localité. Les eaux montantes ont non seulement endommagé les propriétés, mais ont aussi rendu la vie quotidienne incertaine pour des centaines de familles. Ces témoignages soulignent l'impact immédiat et récurrent des phénomènes hydrologiques sur les populations vivant à proximité des cours d'eau et du lac.

Dans d'autres zones, la menace prend la forme de mouvements de terrain. Près de la rivière Cari, dans le quartier de Winterekwa, toujours dans la commune de Ntahangwa, un résident identifié par ses initiales G.B. A exprimé sa vive inquiétude quant à la stabilité de sa maison. Les glissements de terrain en cours menacent directement son habitation, craignant son effondrement imminent. La terre, saturée par les pluies, perd sa cohésion et cède, emportant tout sur son passage. Cette situation met en lumière la diversité des risques auxquels sont confrontées les populations selon leur localisation géographique et la topographie des lieux, allant des inondations aux éboulements.

Le phénomène El Niño préoccupe également les personnes déplacées internes. Celles qui résident sur le site de Makombe, situé dans la commune de Rumonge, province de Burunga, sont particulièrement alarmées par la perspective d'une nouvelle montée des eaux du Lac Tanganyika. La situation de ces populations, déjà fragilisées par des déplacements antérieurs, pourrait s'aggraver considérablement. Leur situation de précarité est exacerbée par cette menace climatique, qui pourrait entraîner de nouveaux déplacements et aggraver leurs conditions de vie déjà difficiles, les privant de leurs maigres ressources et de tout semblant de stabilité.

Les résidents de la commune de Mugoboka, dans la zone de Mukaza, sont confrontés à une menace croissante due à l'élargissement de ravins. Les habitations et les infrastructures locales sont directement menacées par ces formations géologiques qui s'agrandissent à chaque forte pluie. Cette situation est exacerbée par une occupation spontanée et anarchique des sols, qui fragilise davantage le terrain et augmente les risques pour les habitations et les infrastructures locales. L'absence de planification urbaine et l'empiètement sur des zones à risque transforment chaque averse en une source d'angoisse pour les habitants.

Alertes et prévisions des experts

Le phénomène El Niño, dont les effets se feront sentir au Burundi, engendrera des inondations, une montée du niveau du Lac Tanganyika, des glissements de terrain et des affaissements de sol. Innocent Banigwaninzigo, un expert en environnement, a précisé que ce phénomène se manifestera en Afrique de l'Est au cours des trois prochains mois, intensifiant les risques pour la région. Il a souligné que les précipitations excessives et torrentielles, caractéristiques d'El Niño dans cette région, provoqueront des débordements de rivières, y compris la rivière Rusizi, et une élévation significative des niveaux du Lac Tanganyika et des cours d'eau intérieurs.

Parmi les autres manifestations attendues, l'expert a mentionné des glissements de terrain et des affaissements de sol dans les zones escarpées, notamment le long de la crête Congo Nil et dans la région de Mirwa. Ces zones, par leur topographie accidentée, sont particulièrement vulnérables aux mouvements de terrain lorsque les sols sont saturés d'eau. Des vents violents et des chutes de grêle sont également prévus, pouvant causer des dégâts supplémentaires aux infrastructures et aux cultures. Ces conditions météorologiques extrêmes nécessitent une préparation minutieuse pour minimiser les pertes.

Face à ces risques, M. Banigwaninzigo a recommandé un renforcement de la surveillance épidémiologique. Il a insisté sur la nécessité de se prémunir contre des maladies telles que le choléra, la dysenterie et le paludisme, dont la propagation pourrait être favorisée par les inondations et les eaux stagnantes. La contamination des sources d'eau potable et la prolifération des moustiques dans les zones inondées sont des préoccupations majeures pour la santé publique. Une action rapide et coordonnée est essentielle pour prévenir des épidémies.

L'expert a également suggéré des mesures préventives en matière d'infrastructures. Il a recommandé le nettoyage et le dégagement des caniveaux collecteurs ainsi que des rivières traversant les centres urbains, afin de faciliter l'écoulement des eaux et de limiter les débordements. Ces actions visent à atténuer l'impact des fortes précipitations sur les zones habitées et les infrastructures essentielles, protégeant ainsi les habitations et les voies de communication vitales. Un entretien régulier de ces infrastructures est clé pour leur efficacité.

Réactions et recommandations locales

Des agriculteurs situés à proximité des rivières Murembwe et Dama, dans la province de Rumonge, ont demandé des travaux de dragage de ces cours d'eau afin de prévenir les inondations. Ils craignent que l'envasement et l'accumulation de débris ne réduisent la capacité d'écoulement des rivières, rendant leurs terres agricoles particulièrement vulnérables. Les usagers de la Route Nationale 3 (RN3), reliant Bujumbura à Nyanza, ont exprimé leur crainte de voir cette voie devenir impraticable en raison de glissements de terrain et de l'absence de dragage des rivières et des ruisseaux adjacents. Cette route est une artère économique majeure pour la région, et son interruption aurait des conséquences importantes sur le transport des marchandises et des personnes.

Parallèlement, des pêcheurs ont signalé que la montée des eaux du Lac Tanganyika détruit les frayères, entraînant une diminution de la production de poisson. Les habitats naturels où les poissons se reproduisent sont perturbés, menaçant ainsi les moyens de subsistance de nombreuses familles de pêcheurs et l'approvisionnement alimentaire local. Ces mêmes pêcheurs ont également observé que l'érosion des montagnes, accentuée par les pluies, contribue à la pollution des eaux du Lac Tanganyika. Les sédiments et les matières organiques charriés depuis les hauteurs altèrent la qualité de l'eau, affectant l'écosystème lacustre et la biodiversité.

Jean-Marie Congera, Directeur provincial de l'Environnement, de l'Agriculture et de l'Élevage à Burunga, a suggéré aux agriculteurs d'adopter des cultures résistantes aux fortes pluies. Il a mentionné des variétés de plantes qui peuvent mieux supporter l'excès d'humidité et les inondations temporaires, afin de garantir une meilleure sécurité alimentaire. M. Congera a par ailleurs indiqué que la population est informée des techniques de traçage des courbes de niveau sur les montagnes, une pratique essentielle pour lutter contre l'érosion des sols, mais qu'elle est moins bien renseignée sur le phénomène El Niño lui-même et ses implications spécifiques pour le Burundi. Une meilleure sensibilisation aux causes et aux conséquences d'El Niño est donc essentielle pour une préparation efficace.

Contexte historique et enjeux

Les résidents de la commune de Mugoboka, dans la zone de Mukaza, sont confrontés à une menace croissante due à l'élargissement de ravins. Cette situation est exacerbée par une occupation spontanée et anarchique des sols, qui fragilise davantage le terrain et augmente les risques pour les habitations et les infrastructures locales. L'impact de phénomènes météorologiques intenses sur ces zones déjà vulnérables représente un enjeu majeur pour la sécurité des populations, nécessitant une planification urbaine et une gestion des risques plus rigoureuses.

Le Burundi a déjà été confronté à des épisodes climatiques dévastateurs, comme en témoignent les inondations survenues en décembre 2019. Ces événements avaient provoqué des pertes en vies humaines et d'importants dégâts matériels à travers le pays. Des centaines de maisons avaient été détruites, des infrastructures essentielles endommagées, et des milliers de personnes déplacées. La mémoire de ces catastrophes passées accentue la préoccupation actuelle face à l'arrivée d'El Niño et aux risques d'inondations et de glissements de terrain qui en découlent, soulignant l'urgence d'une préparation proactive et de mesures d'atténuation robustes. La coordination entre les différentes parties prenantes – gouvernement, organisations non-gouvernementales, et communautés locales – sera essentielle pour faire face aux défis à venir.