Tensions et apaisement chez les Burundais de Nairobi suite aux mesures kényanes

Vue partielle de l’ambassade du Burundi dans le quartier de Kilimani à Nairobi, où plusieurs ressortissants burundais se sont rendus ces derniers jours
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Des tensions persistent au sein de la communauté burundaise de Nairobi, alors que le gouvernement kényan a mis en place de nouvelles mesures affectant les ressortissants étrangers. Ces tensions restent vives parmi les ressortissants burundais résidant dans la capitale kényane, alimentant une période d'incertitude et de préoccupations quant à leur statut futur dans le pays. Depuis le 7 septembre 2026, de nombreux Burundais se rendent à l'ambassade du Burundi à Nairobi pour obtenir des documents de voyage en vue d'un éventuel retour dans leur pays d'origine. Cette démarche intervient après que les autorités kényanes ont accordé une période de 90 jours aux étrangers concernés pour régulariser leur situation, notamment en ce qui concerne les permis de travail, les documents d'immigration, les licences et les enregistrements commerciaux. Cette période de grâce vise à permettre aux ressortissants étrangers de se conformer aux régulations locales, mais elle a également créé une pression significative sur les communautés concernées. Parallèlement à ces mesures réglementaires, des responsables kényans ont multiplié les messages visant à rassurer les communautés étrangères résidant au Kenya, cherchant à apaiser les craintes et à prévenir toute escalade des tensions.

Incident à l'ambassade

La situation a dégénéré le lundi 14 septembre 2026 devant l'ambassade du Burundi à Nairobi, où plusieurs Burundais ont été dispersés par des gaz lacrymogènes alors qu'ils cherchaient à obtenir des documents de voyage pour regagner leur pays. L'ambiance était particulièrement tendue et la foule nombreuse, reflétant l'urgence de la situation pour de nombreux individus. Des centaines de personnes s'étaient présentées devant la représentation diplomatique, souvent munies de leurs bagages et effets personnels, signes manifestes de leur intention de quitter le Kenya. La situation est devenue particulièrement difficile devant l'ambassade ce lundi-là, alors que l'afflux continuait de croître.

Des jeunes ont refusé de quitter les lieux après l'apparition d'agents de l'ambassade, exprimant leur frustration face à l'impossibilité d'obtenir les documents nécessaires. Face à l'impasse et à l'agitation croissante de la foule, la police a été contrainte d'intervenir pour disperser le rassemblement. L'ambassade avait pourtant annoncé qu'elle ne délivrerait pas de documents ce lundi-là, invoquant la fatigue de ses agents après plusieurs jours de forte affluence et de travail intense pour répondre aux demandes incessantes. Cette annonce, bien que compréhensible pour le personnel diplomatique, n'a fait qu'accroître le désarroi et la colère des personnes en attente.

Aucun bilan officiel de blessés ou d'arrestations suite à cette intervention n'était disponible lundi après-midi, laissant planer une incertitude quant aux conséquences directes de l'usage des gaz lacrymogènes. Parallèlement à ces événements tendus, un responsable du ministère des Affaires étrangères kényan s'est rendu auprès des Burundais réunis à leur ambassade pour leur expliquer les mesures gouvernementales et tenter d'apaiser la situation. Cette intervention visait à clarifier les intentions des autorités kényanes et à offrir un canal de communication direct avec la communauté affectée.

Reprise des activités économiques

Malgré les tensions et les incertitudes, certains Burundais de Nairobi ont repris leurs activités, notamment dans la restauration et la vente ambulante, ce qui signale un début d'apaisement après plusieurs jours d'inquiétude et de perturbation. Cette reprise progressive de l'activité économique est un indicateur important de la résilience de la communauté. Dès la semaine précédente, certains Burundais avaient déjà recommencé leurs activités. Des femmes ont rouvert leurs petits restaurants et ont recommencé à vendre des brochettes burundaises, apportant une touche de normalité et de vitalité aux rues de Nairobi. Cette reprise progressive témoigne d'un retour à la normale pour une partie de la communauté burundaise, qui tente de s'adapter aux nouvelles réalités.

De jeunes vendeurs de rue burundais ont également été observés de nouveau en activité dans les rues de Nairobi. Ils proposent divers produits, contribuant à l'animation commerciale de la ville et reprenant leurs moyens de subsistance. Cette évolution intervient après une période de tension liée aux mesures gouvernementales kényanes et aux incidents survenus devant l'ambassade du Burundi, démontrant une volonté de surmonter les difficultés et de retrouver une certaine stabilité.

Contexte des mesures kényanes

Cette situation fait suite aux déclarations du président kényan William Ruto concernant les activités commerciales des ressortissants étrangers. Au début du mois de septembre 2026, le chef de l'État avait annoncé des mesures spécifiques visant les étrangers impliqués dans le petit commerce et le commerce de rue. Ces annonces ont précédé la période de 90 jours accordée par les autorités kényanes pour la régularisation des permis et documents nécessaires aux activités économiques. Les mesures gouvernementales ont ainsi créé une incertitude parmi la communauté étrangère, incitant de nombreux Burundais à chercher des solutions pour leur statut, qu'il s'agisse de se conformer aux nouvelles régulations ou de considérer un retour dans leur pays d'origine. Les autorités kényanes ont clairement indiqué leur intention de renforcer l'application des lois sur l'immigration et les permis de travail, ce qui a eu un impact direct sur les communautés de migrants.

Le gouvernement de Nairobi a également appelé à éviter toute menace ou harcèlement à l'encontre des étrangers. Cet appel visait à tempérer les tensions potentielles et à assurer la sécurité des communautés étrangères résidant au Kenya, après l'annonce des nouvelles directives. Il s'inscrit dans un effort plus large des autorités kényanes pour gérer l'application des mesures tout en maintenant l'ordre public et en protégeant les droits de tous les résidents. La déclaration note la volonté des autorités de prévenir tout débordement lié à ces régulations, reconnaissant le risque de xénophobie ou de discrimination que de telles mesures pourraient engendrer. Les responsables kényans ont ainsi tenté de rassurer les communautés étrangères, soulignant que les mesures visaient à garantir la conformité à la loi plutôt qu'à cibler spécifiquement certains groupes. Cependant, l'impact sur le terrain, comme en témoignent les événements devant l'ambassade du Burundi, a montré que l'application de ces politiques peut générer des situations complexes et émotionnellement chargées pour les personnes concernées.