Exportations minières du Burundi : le flou persiste sur les devises rapatriées

La Banque de la République du Burundi (BRB) n'a pas communiqué de chiffres actualisés permettant de suivre les revenus générés par les convois de minerais, laissant planer le doute sur l'impact économique réel de ces opérations. Cette absence de données précises rend difficile l'évaluation de la contribution du secteur minier à l'économie nationale. Le président Évariste Ndayishimiye avait pourtant présenté les minerais comme "un champ prêt à être récolté et qui appartient à tous les Burundais" lors du lancement du premier convoi, soulignant l'importance stratégique de cette ressource. Les autorités avaient alors affirmé que l'exploitation minière devait contribuer à résoudre les pénuries de carburant, de médicaments et de devises étrangères, des problèmes persistants pour le pays. Cependant, le ministre des Mines, Hassan Kibeya, a mis en avant les investissements réalisés dans le secteur sans fournir de données actualisées sur les devises effectivement rapatriées, ce qui alimente les préoccupations concernant la transparence.

Chiffres et expéditions

Les revenus tirés de l'exploitation minière ont permis l'acquisition de deux machines de traitement essentielles pour l'optimisation des opérations : une pour le titane, dotée d'une capacité de 100 tonnes par heure, et une autre spécifiquement conçue pour le coltan, la wolframite et la cassitérite, capable de traiter 4 tonnes par heure. Ces équipements sont censés améliorer l'efficacité de l'extraction et du traitement des minerais. Le président Évariste Ndayishimiye avait annoncé le 20 novembre 2025 que plus de six millions de dollars étaient attendus des minerais exportés vers la Chine, bien que la BRB n'ait pas encore perçu ces revenus à la date de l'annonce. Pour le quatrième trimestre de 2025, les exportations minières ont généré plus de 35 millions de dollars, selon les déclarations du gouverneur de la BRB, Édouard Normand Bigendako, un chiffre qui soulève des questions sur le rapatriement effectif des fonds. Sur ces 35 millions de dollars générés au quatrième trimestre 2025, l'or représentait une part prépondérante avec 27,842 millions de dollars, correspondant à 200,04 kg de métal précieux, tandis que les autres minerais totalisaient 7,353 millions de dollars.

L'ancienne porte-parole présidentielle Rosine Guilène Gatoni a indiqué le 27 mars 2026 que plus de 96 millions de dollars avaient été générés par l'exploitation minière entre septembre 2025 et février 2026, dont plus de 90 millions versés au Trésor public. Cette période a été marquée par plusieurs expéditions significatives, démontrant une activité minière soutenue. Parmi celles-ci, 260 tonnes de quartz vert et d'améthyste ont été expédiées vers la Chine le 7 octobre 2025. Une autre expédition de 175 tonnes de minerais 3T (coltan, cassitérite, wolframite) a eu lieu le 27 octobre 2025. Le 14 novembre 2025, un convoi important de 400 tonnes de titane, béryllium, améthyste et terres rares a également été envoyé, diversifiant les types de minerais exportés. En 2026, d'autres expéditions ont été enregistrées avec 650 tonnes en février, 300 tonnes en mars, 1 500 tonnes en mai, 416 tonnes en juillet et 516 tonnes en septembre, illustrant une continuité dans les opérations d'exportation.

Manque de transparence

Faustin Ndikumana, directeur de l'organisation de la société civile Parcem, a déploré le manque de transparence entourant la gestion des exportations minières du Burundi. Selon lui, le traitement médiatique des convois est insuffisant pour garantir une véritable clarté sur les opérations et les revenus. M. Ndikumana a souligné que la manière dont le pays gère ces exportations suscite de nombreuses interrogations au sein de la population et des observateurs. Il a également noté que les recettes en devises étrangères ne sont ni connues ni communiquées publiquement, ce qui entrave toute tentative d'évaluation indépendante.

Dans ce contexte, M. Ndikumana a réclamé une expertise indépendante pour établir les quantités réelles de minerais exportées, en se basant sur les documents des services douaniers et d'exportation. Cette démarche permettrait de vérifier l'exactitude des déclarations officielles. Il a également insisté sur la nécessité de publier le degré de concentration des minerais exportés, une information clé pour évaluer leur valeur marchande, et de vérifier les prix pratiqués sur les marchés internationaux pour s'assurer que le Burundi tire le meilleur parti de ses ressources.

Le directeur de Parcem a par ailleurs regretté l'absence de rapports réguliers de la Banque Centrale concernant les transferts de devises liés à ces exportations, ce qui rend impossible le suivi des flux financiers. Il a déclaré sans ambages : « Les rentrées en devises ne sont pas connues ou communiquées », une affirmation qui met en lumière le déficit d'information. M. Ndikumana a ajouté que « La société civile, nous allons commencer à crier haut et fort pour que cette denrée puisse commencer à donner des retombées positives », annonçant une mobilisation accrue pour exiger plus de responsabilité.

Appels à la clarté

Suite au dernier convoi en date du 7 septembre, le média Iwacu a sollicité la Banque de la République du Burundi (BRB) pour obtenir des précisions sur les devises rapatriées, mais l'institution bancaire a refusé de commenter la situation, renforçant les doutes quant à la transparence des opérations. Faustin Ndikumana, directeur de l'organisation Parcem, a de nouveau souligné que les rentrées en devises ne sont ni connues ni communiquées, une situation qu'il juge inacceptable pour un secteur aussi vital.

M. Ndikumana a insisté sur la nécessité impérieuse de réconcilier les données des douanes burundaises avec celles des pays importateurs afin de vérifier les volumes et les revenus des exportations minières, une pratique standard pour assurer la traçabilité. Il a également appelé le gouvernement à accélérer son adhésion à l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), un cadre international reconnu pour promouvoir la bonne gouvernance des ressources naturelles. Cette démarche permettrait, selon lui, d'apporter une plus grande clarté sur la gestion des ressources minières du pays et de rassurer les citoyens sur l'utilisation des revenus générés.