Année scolaire au Burundi : entre promesses et réalités difficiles

L'année scolaire 2025-2026 a été officiellement lancée le 15 septembre 2025 au Lycée Buhiga, situé dans la commune de Ngozi, en province de Butanyerera. Cet événement marque le début d'une nouvelle période éducative dans le pays, avec des défis persistants et des politiques en cours d'application.

Deux ans auparavant, le ministre de l'Éducation nationale, François Havyarimana, avait annoncé la politique dite « Zéro enfant mal assis ». Cette initiative visait à améliorer les conditions d'apprentissage des élèves à travers le Burundi, en s'attaquant directement à la pénurie de mobilier scolaire qui affecte de nombreuses écoles. L'objectif déclaré de cette politique était d'assurer que chaque élève dispose d'un pupitre adéquat, créant ainsi un environnement propice à l'apprentissage et réduisant les inégalités d'accès à des conditions d'étude décentes.

Pénurie de pupitres persistante et retards de mise en œuvre

Au 14 septembre 2026, la politique « Zéro enfant mal assis » n'est pas encore pleinement réalisée en raison d'un manque persistant de pupitres. Les efforts déployés n'ont pas encore permis de combler l'écart entre les besoins identifiés et la production effective de mobilier scolaire. Cette situation engendre des frustrations au sein des communautés et soulève des questions quant à l'efficacité des mécanismes de mise en œuvre.

Des parents d'élèves de Rumonge critiquent la lenteur de la fabrication de ces équipements, alléguant des cas de corruption et de népotisme dans l'attribution des marchés. Ces allégations sapent la confiance du public dans le processus et soulignent la nécessité d'une transparence accrue. À Rumonge, le besoin identifié de plus de 14 000 pupitres n'a été couvert qu'à hauteur d'environ 2 000 pupitres fabriqués jusqu'à présent. Ce chiffre met en évidence l'ampleur du déficit et la difficulté à rattraper le retard accumulé. En parallèle, plus de 7 000 pupitres ont été réhabilités à partir d'anciens équipements endommagés dans cette même province, une mesure qui, bien qu'utile, ne suffit pas à résoudre le problème de fond. La réhabilitation, bien que plus économique, ne peut pallier entièrement le besoin de nouvelles infrastructures.

Le coût estimé pour la production de 336 000 pupitres à l'échelle nationale s'élève à 18 milliards de francs burundais (BIF). Cette somme considérable reflète l'investissement nécessaire pour moderniser et équiper convenablement les écoles du pays. Chaque commune burundaise a reçu une allocation de 100 millions BIF destinée à la fabrication de pupitres. Sur cette somme, 50 millions BIF sont spécifiquement alloués à la fabrication, le reste étant destiné à l'exploitation du bois nécessaire. Toutes les communes ont effectivement perçu les fonds qui leur avaient été attribués pour cette initiative, ce qui suggère que le problème ne réside pas dans l'acheminement initial des ressources financières, mais plutôt dans leur gestion et leur utilisation efficiente au niveau local.

Lors de la plénière du Sénat tenue le 27 décembre 2025, le ministre des Finances, Alain Ndikumana, avait d'ailleurs confirmé que 336 000 pupitres étaient nécessaires à l'échelle nationale pour répondre aux besoins de tous les établissements scolaires. Cette déclaration officielle met en lumière l'ampleur du défi à relever. Cependant, sur le terrain, des pratiques controversées ont été signalées. À Gitega, des parents ont rapporté avoir été sollicités pour des paiements allant de 20 000 BIF à 50 000 BIF pour les pupitres lors de la réinscription ou du transfert de leurs enfants. Ces demandes de contribution financière directe de la part des parents, alors que des fonds publics sont alloués à la fabrication de pupitres, soulèvent des questions sur la transparence de la gestion des ressources et l'équité de l'accès à l'éducation.

Départs d'enseignants et manque de personnel : un défi structurel

Le système éducatif burundais est également confronté à une hémorragie de son personnel enseignant, un phénomène qui compromet la qualité de l'enseignement. Au cours des cinq dernières années, une centaine d'enseignants auraient quitté la province de Rumonge pour les pays du Golfe. Cette migration, motivée par la recherche de meilleures opportunités économiques et de conditions de travail plus favorables, prive le Burundi de compétences précieuses et expérimentées. Ce phénomène de départs n'épargne pas les établissements de la capitale burundaise : trois enseignants ont ainsi déserté un internat de Bujumbura pour partir à l'étranger, et un seul d'entre eux a été remplacé jusqu'à présent. Cette difficulté à pourvoir rapidement les postes vacants accentue la charge de travail des enseignants restants et peut nuire à la continuité pédagogique.

Malgré ces mouvements, Augustin Minani, administrateur de la commune de Rumonge, a affirmé que sa commune ne ferait pas face à des pénuries d'enseignants pour l'année scolaire en cours. Cette assurance repose en partie sur des mesures de réorganisation interne. La commune de Rumonge a procédé à la réaffectation de 129 enseignants. Cette mesure fait suite à la fusion de sections comptant moins de 15 élèves pour le post-fondamental ou moins de 25 élèves pour le fondamental, une stratégie visant à optimiser l'utilisation du personnel enseignant disponible. Cette approche, bien que nécessaire pour gérer les effectifs, peut parfois entraîner des regroupements d'élèves hétérogènes et des défis pédagogiques supplémentaires pour les enseignants.

À l'échelle nationale, afin de pallier les manques constatés dans le système éducatif et de garantir un encadrement suffisant pour tous les élèves, environ 200 nouveaux enseignants devraient être recrutés. Ce recrutement est clé pour combler les postes vacants et renforcer les équipes pédagogiques. Cependant, la question de la rétention de ces nouveaux enseignants face à l'attrait de l'étranger reste posée.

L'École d'excellence de Ngagara est également touchée par ces départs. Trois de ses enseignants ont quitté l'établissement, et des remplacements ont été promis pour deux de ces postes. Ces mouvements de personnel soulignent les défis persistants auxquels le secteur de l'éducation burundais est confronté, entre l'attrait de l'étranger pour les enseignants et la nécessité de maintenir un encadrement pédagogique suffisant sur le territoire. Les réorganisations et les recrutements annoncés visent à garantir la continuité de l'enseignement malgré ces pressions, mais la pérennité de ces solutions dépendra de la capacité du pays à offrir des conditions de travail et des perspectives attractives à ses professionnels de l'éducation.

Défis de transport pour enseignants et élèves : une contrainte quotidienne

La question du transport représente un défi quotidien majeur pour de nombreux enseignants et élèves burundais, impactant directement leur assiduité et leur bien-être. Un enseignant de la commune de Mukaza, résidant à Rubirizi, doit se lever à 5h30 du matin pour prendre un bus et attend fréquemment une heure avant de pouvoir embarquer. Ce temps de trajet et d'attente prolongé réduit non seulement son temps de repos, mais aussi le temps qu'il pourrait consacrer à la préparation de ses cours ou à sa vie personnelle.

Les élèves sont également affectés par ces contraintes : Anitha, une écolière, doit être prête dès 5h00 du matin pour prendre un bus la conduisant au centre-ville afin d'assister à la cérémonie de lever du drapeau, prévue à 7h30. Cette routine matinale extrêmement précoce est épuisante pour les jeunes enfants et peut nuire à leur concentration en classe.

Les coûts de transport s'avèrent élevés en cas d'indisponibilité des transports en commun. Les tarifs des taxi-motos peuvent atteindre 5 000 BIF par trajet, ce qui représente un budget de 40 000 BIF par semaine pour un enseignant si les bus ne sont pas disponibles. Pour Louis Habonimana, un enseignant, plus d'un tiers de son salaire est consacré aux frais de transport quotidiens, une charge financière considérable qui réduit significativement son pouvoir d'achat. Cette situation est exacerbée par une diminution de la disponibilité des bus scolaires, directement liée aux pénuries de carburant, entraînant une hausse conséquente des prix. L'augmentation des coûts du carburant a un effet domino sur l'ensemble du système de transport, rendant les déplacements plus onéreux et moins fiables.

Oscar Nininahazwe, un enseignant, doit parcourir 40 kilomètres chaque jour pour se rendre à son lieu de travail et se lève à 4h00 du matin pour entamer son trajet. Cette distance et cet horaire témoignent de l'engagement des enseignants, mais aussi des sacrifices personnels qu'ils doivent faire pour exercer leur profession. Ces difficultés logistiques impactent la ponctualité et la présence des acteurs du système éducatif, mais aussi leur niveau de fatigue et, par conséquent, leur capacité à dispenser un enseignement de qualité.

Impact sur l'apprentissage et les familles : des conséquences multiples

Les conséquences de ces défis structurels et logistiques se répercutent directement sur l'environnement d'apprentissage et la vie des familles. Un directeur d'école secondaire à Gitega a observé que les enseignants fatigués et en retard ne pouvaient pas donner le maximum, ce qui affectait la concentration des élèves. Un enseignant épuisé par un long trajet et des attentes interminables aura inévitablement plus de difficultés à maintenir son énergie et sa motivation en classe, ce qui peut se traduire par un enseignement moins dynamique et moins engageant pour les élèves.

La pénurie de pupitres, les départs d'enseignants et les problèmes de transport créent un cercle vicieux qui nuit à la qualité de l'éducation. Les élèves qui n'ont pas de pupitre adéquat sont contraints d'étudier dans des positions inconfortables, ce qui peut entraîner des problèmes de santé et une diminution de leur capacité de concentration. Le manque d'enseignants qualifiés ou leur épuisement peut conduire à des classes surchargées, à une réduction du temps d'instruction ou à une diminution de l'attention individuelle portée à chaque élève.

Ignace Ishimwe a décrit voyager à quatre sur une moto-taxi pour se rendre à l'école, craignant les accidents dus à la vitesse. Cette pratique dangereuse, dictée par la nécessité et le manque d'alternatives abordables, expose les élèves à des risques physiques importants, ajoutant une couche de stress et d'insécurité à leur quotidien scolaire.

Les familles sont également mises à contribution, parfois de manière informelle, pour compenser les lacunes du système. Les sollicitations de paiements pour les pupitres, comme celles rapportées à Gitega, représentent une charge financière supplémentaire pour des ménages qui peuvent déjà avoir du mal à joindre les deux bouts. Ces coûts imprévus peuvent contraindre certaines familles à faire des choix difficiles, voire à retirer leurs enfants de l'école.

L'année scolaire au Burundi, malgré les intentions louables de politiques comme « Zéro enfant mal assis », est confrontée à une réalité complexe où la mise en œuvre se heurte à des problèmes persistants de ressources, de gestion et d'infrastructures. Les départs d'enseignants et les défis quotidiens liés au transport ajoutent à la pression sur un système éducatif déjà fragile. Les autorités burundaises devront redoubler d'efforts pour assurer une éducation de qualité et équitable pour tous les enfants, en s'attaquant de front à ces obstacles structurels et en garantissant la transparence et l'efficacité dans l'utilisation des fonds alloués.