Ligue Iteka dénonce une répression continue sous Ndayishimiye

La Ligue Iteka, une organisation de défense des droits humains, a publié un rapport accablant documentant 7 967 allégations de violations des droits humains au Burundi entre juillet 2020 et juin 2026. Cette période correspond aux premières années de la présidence d'Évariste Ndayishimiye. L'organisation rapporte qu'un nombre alarmant de 3 157 personnes ont été tuées durant cette période de six ans. Elle a recensé 283 enlèvements ou disparitions, des chiffres qui soulignent la persistance d'une insécurité préoccupante pour les citoyens burundais. Parmi les victimes documentées, 830 ont subi des violences basées sur le genre, dont plus de 80% étaient des violences sexuelles, mettant en lumière des vulnérabilités spécifiques et des crimes particulièrement odieux. Ces chiffres globaux brossent un tableau sombre et soulignent une situation de répression continue sous la présidence d'Évariste Ndayishimiye, malgré les promesses de changement initiales.

Chiffres accablants de violations

Le rapport de la Ligue Iteka détaille l'étendue des exactions. L'organisation de défense des droits humains a recensé 1 739 corps retrouvés dans diverses circonstances au Burundi au cours de cette période, suggérant des décès non élucidés et potentiellement extrajudiciaires. Elle a également documenté 348 cas de torture, des actes qui constituent une violation flagrante des conventions internationales et des droits fondamentaux. La Ligue Iteka affirme que 3 349 arrestations sont considérées comme arbitraires, ce qui représente une part significative des violations et indique des problèmes systémiques au sein du système judiciaire et sécuritaire. L'organisation précise que "ces éléments, documentés par l’organisation, constituent des allégations et ne préjugent pas de la responsabilité pénale des personnes citées, qui relève des juridictions compétentes." Cette nuance note la rigueur de la méthodologie de la Ligue Iteka, qui s'appuie sur des faits documentés tout en respectant le principe de la présomption d'innocence.

La Ligue Iteka a également souligné les conséquences socio-économiques de cette situation de violations généralisées. Selon l'organisation, "ces difficultés contribuent à maintenir une forte vulnérabilité économique de nombreux ménages et poussent certains Burundais à chercher des opportunités à l’étranger." Cette observation met en évidence le lien entre la dégradation des droits humains et la précarité économique, conduisant à des migrations forcées ou motivées par le désespoir. Ces constatations s'inscrivent dans un contexte où la Ligue Iteka est elle-même confrontée à des restrictions sévères de la part des autorités burundaises, ce qui complexifie son travail de documentation et de plaidoyer.

Ligue Iteka est classée parmi les organisations de la société civile interdites par les autorités burundaises. Gitega, la capitale politique, conteste régulièrement ses rapports et l'accuse de vouloir "ternir l’image du Burundi et de ses dirigeants." En dépit de ces défis et de la pression constante exercée par le gouvernement, la Ligue Iteka a déclaré qu'elle continuait son travail essentiel. "La Ligue Iteka affirme pour sa part poursuivre depuis l’étranger son travail de documentation des violations des droits humains au Burundi", a indiqué l'organisation, soulignant sa détermination à rester une voix pour les victimes malgré l'exil. Ce travail est d'autant plus clé que l'accès à l'information et la liberté d'expression sont restreints à l'intérieur du pays.

Surpopulation carcérale alarmante

Le rapport de la Ligue Iteka met également en lumière la situation critique des prisons burundaises. En juin 2026, le Burundi enregistrait un total de 12 216 personnes détenues, auxquelles s'ajoutaient 71 nourrissons, alors que la capacité d'accueil officielle de ses établissements pénitentiaires était de seulement 4 294 places. Cette situation a conduit à un taux d'occupation alarmant de 284,49% dans les prisons du pays, illustrant une crise humanitaire et de droits humains majeure. La surpopulation carcérale entraîne inévitablement des conditions de détention dégradées, favorisant la propagation des maladies, la violence et le manque d'accès aux services essentiels.

Parmi les détenus, 5 755 personnes se trouvaient en détention provisoire, attendant leur jugement. Ce nombre élevé de prévenus, représentant près de la moitié de la population carcérale, soulève des questions sérieuses sur la lenteur des procédures judiciaires et le respect du droit à un procès équitable et rapide. Ces chiffres mettent en lumière une pression considérable sur le système carcéral burundais, exacerbant les défis liés aux conditions de détention et à l'accès à la justice. La surpopulation carcérale constitue une préoccupation majeure pour les droits humains dans le pays, affectant la dignité et la santé des détenus.

Contexte politique et historique

Le président Évariste Ndayishimiye a accédé au pouvoir en juin 2020, succédant à Pierre Nkurunziza, décédé subitement. Son arrivée à la tête de l'État a marqué un tournant après une période de tensions politiques et s'est accompagnée de promesses de réformes et d'une ouverture. Cependant, les rapports de la Ligue Iteka couvrent précisément la période depuis le début de son mandat, de juillet 2020 à juin 2026, et suggèrent que la situation des droits humains ne s'est pas améliorée de manière significative, voire s'est détériorée sur certains aspects.

Le rapport de la Ligue Iteka fait également mention des élections prévues en 2025. Ces échéances électorales approchent dans un contexte où les préoccupations concernant les droits humains et la répression politique restent vives, selon l'organisation. La mention de ces élections futures note l'importance d'une surveillance continue de la situation politique et des libertés civiles à l'approche de ce scrutin clé. Le rapport de 46 pages de la Ligue Iteka sert ainsi d'alerte et de documentation pour la communauté internationale.

Réactions et position de la Ligue

La Ligue Iteka opère en exil depuis la crise de 2015, une situation qui l'a amenée à faire partie des organisations de la société civile interdites par les autorités burundaises. Cette contrainte géographique ne l'a pas empêchée de continuer son travail vital de collecte et de vérification d'informations. Gitega dénonce régulièrement ses rapports, les accusant de vouloir « ternir l’image du Burundi et de ses dirigeants », selon la Ligue Iteka. Ces accusations sont souvent utilisées par les régimes autoritaires pour discréditer les organisations de défense des droits humains et minimiser la portée de leurs révélations.

Malgré ces restrictions et cette opposition frontale, l'organisation « affirme pour sa part poursuivre depuis l’étranger son travail de documentation des violations des droits humains au Burundi », a-t-elle indiqué. Cette persévérance est un témoignage de son engagement indéfectible envers la justice et la protection des droits. Ses constatations sont détaillées dans un rapport de 46 pages, offrant une analyse approfondie et des preuves substantielles des allégations de violations. Ce rapport constitue une référence essentielle pour comprendre la situation des droits humains au Burundi durant cette période clé.