Vague d'arrestations de leaders religieux Banyamulenge à Bujumbura : Espionnage et tensions régionales

Une vague d'arrestations visant des leaders religieux Banyamulenge a eu lieu à Bujumbura, au Burundi, la semaine dernière, sur fond d'accusations d'espionnage. Ces interpellations ont semé l'inquiétude au sein de la communauté et ravivé les tensions régionales, déjà exacerbées par les conflits en République Démocratique du Congo (RDC). Les Banyamulenge, une communauté tutsie historiquement établie dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, en RDC, se retrouvent une fois de plus au cœur de dynamiques complexes et souvent périlleuses.

Jacqueline Nyiramasoso et Merci ont été interpellées lors d'une perquisition au domicile familial par des agents du Service National de Renseignement (SNR), qui recherchaient spécifiquement le téléphone de Jacqueline Nyiramasoso. Cette action ciblée suggère une enquête approfondie menée par les services de sécurité burundais. Les personnes arrêtées seraient détenues dans les cellules du quartier général du SNR à Bujumbura, lieu habituel de détention pour les affaires de renseignement. Parmi les autres Banyamulenge appréhendés figurent le pasteur Mark Ntayoberwa, dirigeant de Cornerstone, et Murama Gatonzi. L'arrestation de Jalos Nkunda Kilaya aurait été supervisée par le général de brigade de la police Domitien Niyonkuru, chef des renseignements intérieurs du SNR, soulignant l'importance que les autorités attachent à cette affaire.

Arrestations et perquisitions ciblées : une opération d'envergure

Ces arrestations succèdent à l'interpellation du pasteur Jalos Nkunda Kilaya le 8 septembre 2026 à l'aéroport international Melchior Ndadaye. Son arrestation, effectuée alors qu'il s'apprêtait à prendre un vol pour le Rwanda, a marqué le début de cette série d'opérations. Après leur interpellation, Jacqueline Nyiramasoso et Merci ont été conduites dans les locaux du service de renseignement pour interrogatoire. Le pasteur Gédéon Nzayitegaho a été arrêté le 10 septembre 2026 dans son église Carmel, située dans le quartier de Mutakura à Bujumbura, démontrant l'étendue géographique des interpellations dans la capitale burundaise.

Les services de renseignement burundais n'auraient pas réussi à déverrouiller le téléphone de Jalos Nkunda Kilaya, un appareil acheté dans un pays européen. Cette difficulté technique pourrait expliquer la perquisition ultérieure au domicile familial à la recherche d'autres éléments, tel le téléphone de Jacqueline Nyiramasoso. L'incapacité à accéder aux informations contenues dans l'appareil pourrait avoir renforcé les suspicions des autorités et motivé des investigations supplémentaires.

L'arrestation de Murama Gatonzi serait, selon certaines informations, liée à des documents de migration irréguliers, bien que cette information n'ait pas été publiquement confirmée par les autorités judiciaires. Cette allégation, si elle était avérée, pourrait indiquer une tentative des autorités de justifier certaines interpellations par des motifs administratifs, en complément des accusations d'espionnage. L'information selon laquelle Jalos Nkunda Kilaya possédait un passeport rwandais n'a pas été vérifiée de manière indépendante, laissant planer un doute sur la véracité de cette affirmation, souvent utilisée dans le contexte des tensions régionales.

Les arrestations de ces leaders religieux, notamment les pasteurs Jalos Nkunda Kilaya, Mark Ntayoberwa et Gédéon Nzayitegaho, ainsi que d'autres membres de la communauté Banyamulenge comme Jacqueline Nyiramasoso, Merci et Murama Gatonzi, ont provoqué une onde de choc. L'ampleur de ces opérations, touchant plusieurs figures influentes, suggère une action coordonnée des services de renseignement burundais, potentiellement motivée par des préoccupations de sécurité nationale. Le fait que des personnalités religieuses soient ciblées est particulièrement notable, étant donné leur rôle dans l'encadrement social et spirituel de leurs communautés.

Contexte des tensions régionales : un terreau de méfiance

Les services de renseignement burundais soupçonneraient le pasteur Jalos Nkunda Kilaya de collaborer avec le Rwanda, certaines sources le décrivant comme un « double agent », selon des informations relayées par des médias locaux. Ces allégations s'inscrivent dans un contexte de méfiance persistante entre les deux nations des Grands Lacs, dont les relations sont historiquement complexes et souvent tendues. Cette suspicion est d'autant plus notable que le pasteur Jalos Nkunda Kilaya est le dirigeant de l'Église évangélique au pays des Grands Lacs (EEPGL), une institution religieuse dont l'influence s'étend au-delà des frontières nationales. La position de M. Nkunda Kilaya à la tête de cette église pourrait, selon les autorités, lui conférer des connexions et des moyens de déplacement susceptibles d'intéresser les services de renseignement et de faciliter des activités transfrontalières.

Parallèlement, l'église Cornerstone, dirigée par le pasteur Mark Ntayoberwa, également arrêté, maintient une présence significative dans la ville de Goma, en République Démocratique du Congo (RDC). Cette implantation géographique est pertinente au regard des dynamiques régionales et des mouvements militaires récents. La ville de Goma, capitale du Nord-Kivu, est un centre économique et stratégique majeur dans l'est de la RDC, et sa stabilité est clé pour l'ensemble de la région. La présence d'une église burundaise dans cette ville sensible pourrait être perçue avec suspicion par les autorités burundaises, surtout si des liens sont établis avec des acteurs considérés comme hostiles.

La situation de Goma a été particulièrement volatile, la ville étant tombée sous le contrôle de l'Alliance Fleuve Congo (AFC-M23) en janvier 2025. Cette prise de contrôle par un groupe armé a eu des répercussions importantes sur la sécurité et la stabilité de la région, affectant directement la population et les organisations opérant sur place, y compris les institutions religieuses comme Cornerstone. Un mois plus tard, en février 2025, la ville de Bukavu, capitale du Sud-Kivu, a également été placée sous le contrôle de l'AFC-M23, étendant ainsi l'emprise du groupe sur des zones cruciales de l'est congolais. Cette série d'événements a accentué les tensions régionales et les préoccupations sécuritaires des pays voisins, dont le Burundi, qui surveillent de près les activités dans cette zone.

Le rôle des Banyamulenge dans ce conflit est un facteur clé. Le groupe armé Twirwaneho, composé principalement de Banyamulenge, est associé à l'Alliance Fleuve Congo (AFC-M23) dans le conflit qui ravage l'est de la RDC. Cette alliance entre Twirwaneho et l'AFC-M23 complexifie davantage la situation sécuritaire et alimente les accusations d'ingérence régionale, notamment en raison des liens supposés entre certains groupes armés et les pays voisins. La perception que la communauté Banyamulenge est intrinsèquement liée à des groupes armés, même si cela ne concerne qu'une partie de celle-ci, peut générer une méfiance généralisée et justifier des actions de renseignement.

Le Burundi, pour sa part, a déployé des troupes en RDC aux côtés des Forces Armées de la RDC (FARDC) et des milices Wazalendo, affirmant son engagement dans la stabilisation de la région et la lutte contre les groupes armés. Cette intervention militaire burundaise s'inscrit dans un contexte où les pays des Grands Lacs sont confrontés à l'instabilité et à la prolifération des groupes armés, chacun cherchant à protéger ses intérêts sécuritaires et à influencer l'équilibre des forces dans la région. La présence de troupes burundaises sur le sol congolais témoigne de l'implication directe de Bujumbura dans les dynamiques sécuritaires de l'est de la RDC.

Implications et climat de peur : une communauté sous pression

Les Banyamulenge sont une communauté tutsie historiquement établie dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, en République Démocratique du Congo (RDC). Leur présence et leur identité sont des éléments sensibles dans la dynamique régionale, souvent sources de tensions et de conflits locaux. La perception de leur affiliation ou de leur soutien à certains groupes armés, justifiée ou non, a des conséquences directes sur leur sécurité et leur acceptation dans la région.

Le massacre de Gatumba, survenu en août 2004, a eu des répercussions durables sur la communauté banyamulenge et les relations intercommunautaires. Cet événement tragique a entraîné la mort de 166 réfugiés congolais, dont 154 Banyamulenge et 12 Babembe, marquant profondément la mémoire collective et exacerbant les méfiances et les vulnérabilités de cette communauté. Ce souvenir douloureux contribue à un sentiment d'insécurité permanent pour les Banyamulenge, où qu'ils se trouvent dans la région.

Dans ce contexte de tensions et de méfiance, un pasteur a déclaré que « le climat est très tendu, vous comprenez que les gens ont peur ». Cette observation reflète l'anxiété perceptible au sein des communautés concernées, particulièrement celles dont les membres sont pris entre les feux des conflits régionaux, des accusations d'espionnage et des opérations des services de renseignement. Les arrestations récentes de leaders religieux Banyamulenge à Bujumbura ne font qu'intensifier ce climat de peur, soulevant des questions sur la liberté de mouvement, la sécurité des communautés et l'avenir des relations interétatiques dans la région des Grands Lacs. Les autorités burundaises n'ont pas encore fourni de détails officiels sur les charges exactes pesant sur les personnes arrêtées, ce qui alimente davantage l'incertitude et les spéculations.