Fermeture du camp de réfugiés de Nduta : Entre succès affiché et préoccupations humanitaires

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Le camp de réfugiés de Nduta, situé en Tanzanie, a cessé ses activités le jeudi 30 avril. La fermeture officielle de ce site, qui n'est désormais plus fonctionnel, a été menée par le ministre tanzanien de l'Intérieur, Patrobas Katambi. Cette initiative a été qualifiée par le gouvernement tanzanien de « succès majeur dans la gestion des défis liés à la présence de réfugiés ». Nduta, l'un des principaux camps du pays, a longtemps accueilli des populations déplacées, principalement des réfugiés burundais fuyant les troubles politiques et la violence dans leur pays d'origine. Le gouvernement tanzanien a affirmé que cette fermeture témoigne de sa capacité à gérer les situations de réfugiés de manière efficace, soulignant son engagement à faciliter des solutions durables pour les personnes déplacées.

Détails de la fermeture et transferts

Le dernier convoi de réfugiés burundais a quitté le camp de Nduta tôt le jeudi matin, vers 6h00, marquant la fin de l'opération de démantèlement. Ce camp est situé dans le district de Kibondo, dans la région de Kigoma, au nord-ouest de la Tanzanie, une zone frontalière avec le Burundi. Près de 15 000 Burundais auraient été rapatriés en trois jours depuis le lundi précédent, dans le cadre de ce processus accéléré. Ces rapatriements massifs ont été menés sous la supervision des autorités tanzaniennes et burundaises.

Parallèlement aux rapatriements, environ 198 familles ont également été transférées du camp de Nduta vers le camp de Nyarugusu pour bénéficier d'une « protection internationale ». Ces personnes ont été identifiées comme nécessitant une protection continue et ont été déplacées vers un autre site d'accueil. Les personnes transférées à Nyarugusu se trouvent actuellement dans un centre de transit, en attente d'une réinstallation dans la section congolaise du camp, la section burundaise de Nyarugusu étant en cours de démolition. Cette démolition des infrastructures destinées aux réfugiés burundais à Nyarugusu suscite des inquiétudes quant à la pérennité de l'accueil pour cette population.

Au cours des deux dernières semaines précédant la fermeture, plusieurs réfugiés ont été interceptés alors qu'ils tentaient de fuir vers des pays voisins comme l'Ouganda, le Kenya, la Zambie ou le Rwanda. Ces tentatives de fuite soulignent la peur et l'incertitude ressenties par de nombreux réfugiés face aux politiques de rapatriement. Ceux qui ont été interceptés auraient été renvoyés au Burundi sans procédures d'enregistrement supplémentaires, ce qui contrevient potentiellement aux normes internationales de protection des réfugiés.

Critiques sur le processus de sélection

Le processus de sélection des réfugiés pour ces transferts et rapatriements a été dénoncé comme opaque par des réfugiés et des organisations de défense des droits humains. Ces derniers ont exprimé des préoccupations quant à la transparence des critères utilisés pour déterminer qui serait autorisé à rester en Tanzanie ou à être transféré vers d'autres camps, et qui serait contraint de retourner au Burundi. Des allégations de corruption et de manipulation des listes circulent également, jetant une ombre sur l'équité des opérations. Des rapports indiquent que des individus proches du gouvernement burundais auraient été inclus parmi les personnes autorisées à rester en Tanzanie, soulevant ainsi des questions sur l'impartialité du processus et la possible instrumentalisation de l'aide humanitaire. Ces accusations remettent en cause l'intégrité des opérations de tri et de réinstallation, et soulignent la vulnérabilité des réfugiés face à de telles pressions.

La milice Sungusungu, composée de réfugiés burundais, est également mise en cause. Cette milice, qui entretiendrait des liens étroits avec les autorités tanzaniennes et burundaises, serait impliquée dans la surveillance, l'intimidation et le harcèlement d'autres réfugiés au sein du camp. Des sources rapportent que les activités de cette milice auraient contribué à un climat de peur et de méfiance parmi la population réfugiée, compliquant davantage la situation des personnes vulnérables et entravant leur capacité à exprimer librement leurs craintes ou à demander une protection. Ces actions présumées de la milice Sungusungu ajoutent une couche de complexité aux préoccupations concernant la protection des réfugiés restants et la sécurité de ceux qui ont été rapatriés.

Risques pour les réfugiés et non-refoulement

Des organisations burundaises de défense des droits de l'homme signalent des cas de persécutions, d'arrestations arbitraires et de disparitions forcées ciblant les réfugiés à leur retour au Burundi. Ces réfugiés rapatriés seraient étroitement surveillés et pris pour cible par les Imbonerakure, la ligue de jeunes du parti au pouvoir au Burundi, connue pour son rôle dans la répression politique. Cette surveillance et ces actions ciblées mettent en péril la sécurité et la vie des rapatriés, contredisant l'idée d'un retour volontaire et sûr.

Des informations indiquent que certains rapatriés ont de nouveau fui le pays, incapables de supporter la pression et les menaces, tandis que d'autres vivraient dans la peur constante d'une arrestation ou d'une disparition. Ces témoignages alimentent les inquiétudes des défenseurs des droits humains. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) est accusé par plusieurs acteurs de faillir à sa mission de protection et de recourir à des mesures coercitives, notamment la démolition de camps, ce qui pousse les réfugiés à des choix difficiles. La fermeture des camps, telle que celle de Nduta, fait peser un risque grave et immédiat de rapatriements forcés, en violation du principe de non-refoulement. Ce principe fondamental du droit international interdit le renvoi de personnes vers un pays où elles craignent d'être persécutées ou de subir des traitements inhumains. Les organisations de défense des droits humains appellent le HCR et les États concernés à respecter scrupuleusement ce principe.

Contexte et avenir des réfugiés

La fermeture du camp de Nduta s'inscrit dans le cadre d'un accord tripartite entre la Tanzanie, le Burundi et le HCR, visant à encourager le rapatriement volontaire. Cet accord, bien qu'il promeuve des retours volontaires, est critiqué pour les pressions qu'il exercerait sur les réfugiés. Le camp de Nyarugusu, qui accueille actuellement environ 22 000 réfugiés burundais, craint de subir le même sort que Nduta, avec des craintes de démolition de ses sections et de rapatriements forcés. Des organisations de défense des droits humains redoutent que les rapatriements massifs, dans le contexte préélectoral actuel au Burundi, ne transforment les individus ayant besoin de protection internationale en cibles politiques, vulnérables aux manipulations et aux représailles. Le plan de rapatriement prévoit le retour des réfugiés burundais du camp de Nyarugusu d'ici le 30 juin 2026, mais les organisations s'interrogent sur la volonté réelle des réfugiés et les conditions de leur retour. La communauté internationale reste vigilante face à cette situation complexe, où les impératifs politiques et les droits humains des réfugiés sont en constante tension.