Hausse des arrestations de réfugiés Banyamulenge au Burundi dans un contexte régional tendu

L’inquiétude monte au camp de réfugiés congolais de Bwagiriza, en commune de Ruyigi, dans la province de Buhumuza, à l’est du Burundi, suite à une série d'arrestations. Plusieurs membres de la communauté banyamulenge ont été interpellés à Bujumbura depuis le début du mois de septembre, accentuant les tensions régionales. Ces interpellations surviennent dans un climat de méfiance croissante et de préoccupations sécuritaires, particulièrement aiguës dans cette région des Grands Lacs. Parmi les personnes arrêtées à Bujumbura figurent trois pasteurs: Jalos Nkunda Kilaya, Gédéon Nzayitegaho et Mark Ntayoberwa. Ntole Rugonderani a également été retrouvé par des agents locaux du Service national de renseignement (SNR), selon des sources concordantes. La situation suscite de vives préoccupations parmi les organisations de défense des droits humains et au sein de la communauté des réfugiés.

Arrestations ciblées de réfugiés

Ntole Rugonderani, âgé d'environ 70 ans, a été interpellé à son domicile le 20 septembre, selon des sources concordantes. Cette arrestation s'est déroulée en l'absence de toute justification officielle immédiate, laissant ses proches et la communauté dans l'incertitude. M. Rugonderani est connu comme catéchiste pour la Communauté des Assemblées de Dieu au Burundi (CADP) au sein du camp de Bwagiriza. Son rôle au sein de la communauté religieuse et son âge avancé ajoutent à l'incompréhension générale face à son interpellation. Des témoins affirment qu'aucun mandat n'a été présenté lors de son arrestation et qu'aucune explication précise n'a été fournie concernant les motifs des accusations alléguées. L'absence de procédure légale claire soulève des questions quant à la légalité de cette détention. L'une des raisons suggérées pour l'arrestation de Ntole Rugonderani serait un récent voyage au Rwanda, où il s'est rendu pour rendre visite à des membres de sa famille. Ce voyage, bien que personnel, pourrait avoir été interprété dans le contexte des relations tendues entre le Burundi et le Rwanda.

Jalos Nkunda Kilaya a été appréhendé le 8 septembre à l'aéroport international Melchior Ndadaye alors qu'il se préparait à se rendre à Kigali. Son arrestation en plein aéroport a été perçue comme un signal fort de la part des autorités. Son épouse, Jacqueline Nyiramasoso, ainsi qu'une jeune étudiante nommée Merci, ont également été arrêtées lors de l'opération menée à son domicile. La détention de membres de sa famille, y compris une étudiante, a exacerbé les craintes au sein de la communauté. Gédéon Nzayitegaho a été arrêté le 10 septembre dans son église, Carmel, située dans le quartier de Mutakura, au nord de Bujumbura. Les arrestations de pasteurs et de figures religieuses sont particulièrement marquantes pour la communauté, qui voit en elles des attaques contre leurs leaders spirituels. Mark Ntayoberwa, un autre pasteur banyamulenge, a également été arrêté à Bujumbura, complétant la liste des trois pasteurs interpellés.

Plusieurs des personnes arrêtées auraient été conduites dans les locaux du Service national de renseignement (SNR) situés près de la cathédrale Regina Mundi à Bujumbura. Ces lieux sont souvent associés à des détentions secrètes et à un manque de transparence. L'organisation SOS-Torture Burundi, une entité de surveillance des droits humains, fait également état de plusieurs arrestations attribuées à des agents du SNR, soulignant la récurrence de ces pratiques. Ces rapports mettent en lumière des préoccupations sérieuses concernant le respect des droits fondamentaux et les procédures légales au Burundi. Les familles des détenus se plaignent d'un manque d'informations sur le sort de leurs proches, ce qui ajoute à leur angoisse et renforce le sentiment d'arbitraire.

Contexte sécuritaire régional complexe

Ces arrestations s'inscrivent dans un contexte sécuritaire régional particulièrement complexe et volatile. Le Burundi a déployé plus de 29 000 soldats dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) entre août 2022 et décembre 2025. Ce déploiement massif témoigne de l'engagement du Burundi dans les conflits qui déchirent la région. Des soldats burundais combattent aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC) et des milices Wazalendo contre l'Alliance fleuve Congo-Mouvement du 23 mars (AFC-M23) dans cette région. Cette alliance militaire vise à stabiliser l'est de la RDC, mais elle est également source de tensions régionales. Kinshasa accuse l'AFC-M23 de recevoir un soutien du Rwanda, une allégation que Kigali dément formellement. Ces accusations et démentis contribuent à une atmosphère de suspicion mutuelle entre les pays de la région.

L'Alliance fleuve Congo (AFC) est dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la RDC. Sa présence à la tête de l'AFC confère une dimension politique supplémentaire au conflit. L'AFC-M23 contrôle plusieurs zones stratégiques dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, des régions frontalières du Burundi et du Rwanda. La mainmise de l'AFC-M23 sur ces territoires clés a des implications directes sur la sécurité et la stabilité des frontières burundaises. Le groupe Twirwaneho, composé majoritairement de combattants issus de la communauté banyamulenge, est un allié important de l'AFC-M23 dans le Sud-Kivu. Cette alliance contribue à la complexité des dynamiques sécuritaires régionales, car elle associe une communauté ethnique spécifique à un groupe armé contesté. La présence des Banyamulenge au sein du Twirwaneho est souvent utilisée pour justifier des mesures de sécurité à leur encontre, même lorsqu'ils sont des réfugiés sans lien avec les groupes armés.

Le gouvernement burundais est également préoccupé par le soutien que le Rwanda apporterait aux rebelles RED-Tabara, un groupe armé burundais. Ces allégations, bien que non prouvées publiquement, alimentent les tensions diplomatiques et sécuritaires entre les deux nations voisines. Les relations entre le Burundi et le Rwanda sont historiquement complexes et souvent marquées par des accusations mutuelles d'ingérence et de soutien à des groupes armés. Ce climat de méfiance entre les États rend la situation des réfugiés banyamulenge d'autant plus précaire, car ils peuvent être perçus comme des pions ou des menaces potentielles dans ces jeux de pouvoir régionaux.

Réactions et inquiétudes communautaires

Ntole Rugonderani est un réfugié congolais et un membre de la communauté banyamulenge, selon des sources concordantes. Son arrestation, ainsi que celles d’autres membres de la communauté, contribue à la montée des tensions au sein du camp de réfugiés de Bwagiriza. La communauté banyamulenge, d'origine tutsie et établie de longue date dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), est particulièrement sensible aux dynamiques sécuritaires régionales. Leur statut de réfugiés au Burundi les rend d'autant plus vulnérables face aux soupçons et aux actions des autorités. Ils sont souvent pris entre le marteau et l'enclume des conflits régionaux, accusés de sympathies pour l'un ou l'autre camp en fonction de leur origine ethnique.

La multiplication des arrestations a engendré un climat de peur parmi les réfugiés banyamulenge. Des témoignages issus du camp de Bwagiriza font état d'une profonde inquiétude, beaucoup craignant d'être la prochaine cible des autorités burundaises sans motif clair. Cette situation accentue la précarité de leur condition, déjà marquée par l'exil et l'incertitude quant à leur avenir. Les familles craignent des interpellations arbitraires, qui se déroulent parfois sans présentation de mandat officiel, compliquant toute tentative de recours légal. Le manque de transparence et l'absence de voies de recours efficaces renforcent le sentiment d'impuissance au sein de la communauté. Les réfugiés banyamulenge vivent dans la crainte constante d'être arrêtés ou expulsés, ce qui affecte leur bien-être psychologique et leur capacité à reconstruire une vie stable.

Les proches de Ntole Rugonderani qualifient son arrestation d'enlèvement, affirmant qu'il a été emmené sans qu'aucun mandat ne soit présenté et sans aucune information officielle sur les motifs de son interpellation. Ils soulignent le manque de transparence des autorités concernant son lieu de détention et les accusations portées contre lui. Cette absence de communication officielle alimente l'angoisse de la famille et renforce le sentiment d'arbitraire au sein de la communauté banyamulenge. Les familles des personnes arrêtées appellent les autorités burundaises à faire preuve de transparence, à respecter les procédures légales et à garantir la sécurité de tous les réfugiés présents sur leur territoire. La communauté internationale est également appelée à surveiller de près la situation des droits humains au Burundi, en particulier en ce qui concerne les populations vulnérables comme les réfugiés banyamulenge.