Un incendie dévastateur a ravagé une partie du marché central de Ngozi dans la nuit du 9 juillet 2026, marquant la cinquième catastrophe de ce type en sept mois pour la région. Ce sinistre a plongé la communauté locale dans le désarroi, laissant derrière lui un paysage de désolation et de nombreuses questions quant à la sécurité des infrastructures commerciales. Des témoins ont rapporté que les premières flammes semblaient provenir d'un kiosque appartenant à un grossiste fournissant des produits importés de Dubaï et de Chine. La rapidité de la propagation du feu a été exacerbée par la nature des marchandises entreposées. Les forces de sécurité présentes sur place auraient empêché les commerçants d'accéder au marché pour tenter de sauver leurs marchandises, une décision qui a suscité de vives réactions parmi les victimes. Dans ce contexte chaotique et empreint de panique, un commerçant qui aurait essayé de s'approcher de son étal se serait effondré et serait décédé peu après son évacuation vers un hôpital local, ajoutant une dimension tragique à cette catastrophe.
Témoignages et déroulement des faits
Environ 80% du marché a été touché et détruit par les flammes, selon des estimations préliminaires. Une portion substantielle de l'infrastructure commerciale a été réduite en cendres, anéantissant des années de travail et d'investissement pour de nombreux commerçants. Le sinistre aurait débuté aux alentours de 20h00, peu après une coupure générale d'électricité, un fait qui alimente les interrogations sur les causes exactes et l'origine de l'incendie. La zone du marché où l'incendie a pris naissance contenait de nombreux produits hautement inflammables, d'après des observateurs et des experts en sécurité incendie, ce qui explique en partie la rapidité et l'intensité de la propagation du feu. Ces produits, allant des textiles aux plastiques, ont agi comme un véritable accélérateur.
Face à l'ampleur du désastre, les moyens de lutte contre l'incendie se sont avérés insuffisants. Un camion anti-incendie basé au marché a tenté une première intervention, mais sa lance aurait éclaté dès les premières minutes, rendant l'équipement inopérant et laissant les flammes progresser sans entrave. Cette défaillance technique a été un coup dur pour les efforts initiaux de confinement du feu. Un autre camion de lutte contre les incendies, venu de Muyinga, est arrivé sur les lieux en renfort, mais a dû parcourir plusieurs kilomètres pour s'approvisionner en eau, notamment dans la rivière Nkaka. Ce délai clé a permis au feu de gagner encore plus de terrain, rendant la tâche des pompiers encore plus ardue. Les difficultés rencontrées par les services d'urgence ont mis en lumière les lacunes en matière d'infrastructures et de préparation aux catastrophes dans la région.
Olivier Nkurunziza, président de l'Uprona, a déclaré que les autorités publiques devaient exprimer leur solidarité envers les victimes et apporter des réponses concrètes à la situation. Il a souligné l'urgence d'une action gouvernementale forte pour soutenir les commerçants sinistrés et prévenir de futures tragédies.
Réactions officielles et controversées
La catastrophe a rapidement suscité des réactions de la part des autorités. Daniel-Gélase Ndabirabe, président de l'Assemblée nationale et député de Butanyerera, s'est rendu sur les lieux de l'incendie le 12 juillet 2026, soit trois jours après le drame. Lors de sa visite, monsieur Ndabirabe a tenu des propos qui ont fait polémique. Il a déclaré : « Rien n'est gratuit, c'est le prix à payer pour ne pas avoir prévu le nécessaire ». Le responsable a également affirmé que « Ce qui est arrivé ici, c'est le prix à payer pour ne pas avoir assuré nos marchandises, contrairement à ceux qui y ont pensé d'avance ». Ces déclarations ont été perçues par beaucoup comme une tentative de rejeter la responsabilité sur les victimes. Au cours de son intervention, monsieur Ndabirabe a même suggéré qu'une association de commerçants aurait pu faire l'acquisition de camions anti-incendie, une proposition qui a été vivement critiquée par l'opposition et la société civile, car elle semble ignorer le rôle de l'État dans la protection civile.
Victor Segasago, gouverneur de la province de Butanyerera, a appelé à la solidarité envers les victimes du sinistre. Il a exprimé sa compassion face à cette perte économique et humaine. Monsieur Segasago a parallèlement demandé aux individus ayant dérobé les biens d'autrui durant l'incendie de les restituer ou de les remettre à la police. Cette injonction note les problèmes de sécurité qui ont pu survenir pendant et après le chaos de l'incendie. Le gouverneur a également annoncé qu'une évaluation des pertes serait menée par les services de sécurité et a promis un nettoyage rapide du site pour permettre la reprise des activités. Ces mesures visent à apporter un semblant d'ordre et de soutien aux personnes affectées.
L'administrateur de la commune de Ngozi a indiqué aux commerçants qu'ils pourraient reconstruire leurs étals, offrant une lueur d'espoir pour la reprise de leurs activités. Cependant, un second communiqué a par la suite interdit toute activité sur le site jusqu'à l'obtention d'une permission émanant d'une équipe dépêchée de Bujumbura. Cette volte-face a créé une incertitude supplémentaire pour les commerçants, qui se retrouvent dans l'impossibilité de planifier leur avenir à court terme.
Appels à la responsabilité de l'État
Face à l'ampleur de la destruction et aux réactions officielles, les commerçants appellent à une enquête approfondie sur cet incendie et sur d'autres sinistres similaires ayant affecté la région. Ils souhaitent que la lumière soit faite sur les causes récurrentes de ces catastrophes et que des mesures concrètes soient prises pour les prévenir. Parallèlement, ils sollicitent un soutien matériel afin de pouvoir relancer leurs activités commerciales, soulignant l'urgence d'une aide pour reconstruire leurs moyens de subsistance.
Léonce Ngendakumana, ancien président de l'Assemblée nationale, a affirmé que les incendies de marchés représentent une perte considérable pour le pays et sa population, non seulement en termes économiques mais aussi sociaux. Monsieur Ngendakumana a ensuite souligné que la protection des marchés relève du rôle obligatoire de l'État burundais, en tant qu'acteur principal de la sécurité et du bien-être de ses citoyens. Il a déclaré à ce sujet : « A ce titre, le rôle de l’Etat est clé pour les protéger par tous les moyens. » Il a ajouté que « L’achat des camions anti-incendie ou tout autre engin pour la protection des marchés doivent figurer dans le budget général de l’Etat. Le rôle du commerçant est de payer les impôts et taxes pour financer cela. » Cette déclaration met en lumière la responsabilité financière et logistique de l'État.
Monsieur Ngendakumana a jugé les propos du député Daniel-Gélase Ndabirabe, président de l'Assemblée nationale, comme offensants envers les citoyens et les commerçants. Il a critiqué la tentative de rejeter la faute sur les victimes, affirmant que la responsabilité incombe aux institutions étatiques. « La faute lourde commise l’a été non pas par le citoyen ou le commerçant, mais bel et bien par le gouvernement qui élabore les programmes et les budgets ainsi que par le Parlement qui les approuve et contrôle l’action gouvernementale. La faute revient à ceux-là et non au citoyen », a-t-il expliqué, dénonçant un manque de prévoyance et d'investissement de la part des pouvoirs publics.
Abdoul Kassim, président du parti UPD-Zigamibanga, a qualifié de « pur cynisme » le fait d'accuser les commerçants de ne pas avoir acheté de camions anti-incendie. Il a estimé que de telles déclarations sont non seulement inappropriées mais aussi blessantes pour des personnes déjà sinistrées. Monsieur Kassim a insisté sur le fait que l'État burundais a une obligation constitutionnelle de protéger les populations et leurs biens. Selon lui, « L’Etat a l’obligation constitutionnelle de protéger les populations et leurs biens. Les marchés étant des lieux publics d’intérêt commun, il est impératif que les pouvoirs publics y mettent une attention particulière. » Il a également estimé que « Le président de l’Assemblée nationale aurait dû plutôt compatir avec les victimes, au besoin même verser les larmes du crocodile comme on le dit au lieu d’enfoncer le clou dans la plaie. » Ces propos reflètent une profonde déception face au manque d'empathie perçu de la part des autorités.
Olivier Nkurunziza, président de l'Uprona, a déclaré que la protection des citoyens et de leurs biens est avant tout la responsabilité de l'État. Il a regretté que « On construit d’une façon anarchique alors que le gouvernement a le rôle exactement de prévenir tous ces incendies. » Monsieur Nkurunziza a poursuivi en affirmant que « Les déclarations des autorités doivent rassembler, rassurer et proposer des solutions. Il est également légitime d’encourager les commerçants à renforcer leurs mesures de prévention et à envisager une couverture d’assurances, mais cela ne saurait exonérer l’État de ses responsabilités en matière de protection civile et de sécurité publique. » Il a conclu que « Les élus et les autorités devraient apporter un soutien moral et matériel, s’engager à diligenter une enquête, à renforcer les capacités de la protection civile et à mettre en œuvre un plan national de sécurisation des marchés. » Ces propositions visent à établir un cadre de responsabilité clair et à améliorer la gestion des risques.
Propositions pour la prévention des catastrophes
Face à la récurrence de ces incendies, des voix s'élèvent pour exiger des actions concrètes et durables. Gabriel Rufyiri, président d'Olucome, a appelé les autorités à assumer pleinement leurs responsabilités en matière de prévention et de gestion des catastrophes. Il a souligné que la répétition de ces drames met en péril la stabilité économique et sociale du pays. Monsieur Rufyiri a déploré l'absence de réactions publiques concrètes et d'enquêtes indépendantes depuis l'incendie du marché central de Bujumbura en 2013, un événement majeur qui aurait dû servir de leçon. Il a souligné que « Ces incendies sont souvent nocturnes ou surviennent à l’aube. Ce qui suscite des soupçons au sein de la population selon lesquels ils seraient d’origine criminelle. » Cette observation alimente les théories d'actes malveillants derrière ces sinistres, renforçant le besoin d'enquêtes rigoureuses.
Pour remédier à cette situation préoccupante, Olucome a demandé la création d'un comité national indépendant pour la prévention des catastrophes, une structure qui serait chargée d'élaborer et de superviser des stratégies de gestion des risques. L'organisation a également sollicité l'acquisition de véhicules anti-incendie pour toutes les communes, afin de garantir une réponse rapide et efficace en cas d'urgence, quel que soit l'endroit. Olucome a aussi demandé l'assurance obligatoire des marchés et la mise en place d'un fonds d'indemnisation pour les victimes de catastrophes, des mesures qui permettraient de protéger les commerçants et de faciliter leur reprise d'activité après un sinistre. Monsieur Rufyiri a regretté que « C’est regrettable que de nombreux marchés soient encore construits sans respecter les normes de sécurité, sans accès adaptés pour les camions anti-incendie et sans extincteurs. » Cette critique met en évidence les lacunes persistantes en matière d'urbanisme et de réglementation, qui rendent les marchés particulièrement vulnérables aux incendies. La pression de la société civile et des acteurs politiques de l'opposition continue de monter, exigeant une révision des politiques de sécurité et une meilleure protection des infrastructures économiques vitales pour le pays.