Le gouvernement burundais a déboursé un montant de 79 milliards de BIF pour la construction de 360 bureaux zonaux. Ce financement substantiel visait à renforcer la décentralisation des services administratifs à travers le pays, en dotant chaque zone d'une infrastructure adéquate. Le ministre des Finances, Alain Ndikumana, a dénoncé des irrégularités dans ces projets, révélant ces faits devant le Parlement le 27 décembre 2025. Ces allégations concernent la gestion et l'exécution des travaux de ces infrastructures administratives à travers le pays. Les irrégularités soulevées par Alain Ndikumana mettent en lumière des préoccupations concernant la transparence et l'efficacité de l'utilisation des fonds publics alloués à ces constructions. La gravité de ces révélations a suscité un débat national sur la bonne gouvernance et la responsabilité dans l'exécution des marchés publics.
Détails des malfaçons constatées
Des citoyens et des chefs de zone ont fait état d'imperfections dans les bâtiments nouvellement construits, incluant des infiltrations d'eau lors des pluies, des problèmes de drainage des eaux de toiture, l'absence de toilettes pour les visiteurs et l'absence de raccordement à l'eau potable. Ces observations soulignent des lacunes fonctionnelles et structurelles dans plusieurs des nouvelles infrastructures, remettant en question la qualité du travail accompli. La construction du bureau de zone de Kayogoro, par exemple, a été interrompue depuis mai 2025, laissant un projet inachevé et inutilisable pour la population locale.
Dans la zone de Maramvya, située dans la province de Gitega, des habitants ont rapporté que l'eau s'infiltrait dans les murs des bâtiments. Ils ont également signalé des dysfonctionnements concernant le drainage des eaux de toiture, affectant ainsi l'intégrité structurelle et le confort des locaux. Oscar Ndayiragije, chef de la zone de Maramvya, a corroboré ces témoignages. Il a confirmé que des problèmes de mastic sur les fenêtres étaient apparents, permettant des infiltrations d'eau. Il a également souligné que le système d'évacuation des eaux de pluie était incomplet, aggravant les désagréments et potentiellement causant des dommages à long terme aux structures. Ces défauts compromettent la durabilité des bâtiments et leur capacité à servir efficacement la communauté.
Le bureau de la zone de Rutegama, également dans la province de Gitega, a rencontré des difficultés similaires. Des problèmes initiaux d'inondations dues à la pluie et une mauvaise canalisation ont été signalés. Ces questions ont été corrigées ultérieurement, indiquant une intervention pour remédier aux défauts constatés. Cette correction, bien que bienvenue, soulève des questions sur la qualité de l'inspection initiale et la conformité des travaux dès le départ. Un autre exemple d'inachèvement concerne le bureau de zone de Gatsinda, situé dans la commune de Ngozi, qui n'est pas encore fonctionnel à ce jour. Cette situation retarde la mise en service des services administratifs dans cette localité, privant les citoyens d'un accès facilité aux prestations publiques.
Par contraste, le bâtiment de la zone de Kizuka, dans la commune de Rumonge, est décrit comme étant bien construit, ne présentant pas les mêmes défaillances que d'autres sites. Cette réussite partielle démontre qu'une exécution conforme aux normes est possible, mais elle met en évidence l'incohérence dans la qualité des travaux à l'échelle nationale. Cependant, la zone de Gatete, également dans la commune de Rumonge, présente des problèmes notables. Le bâtiment de Gatete montre de nombreuses fissures, en particulier au niveau du pavement, ce qui soulève de sérieuses inquiétudes quant à la qualité générale de sa construction. Yvette Nimpojeje, chef de la zone de Gatete, a confirmé ces préoccupations. Elle a déclaré qu'il n'y avait pas de zone solide dans le bureau et a formulé une demande de réhabilitation, mettant en évidence l'ampleur des travaux nécessaires pour rendre le bâtiment conforme et sécuritaire pour les usagers. Les fissures structurelles sont particulièrement alarmantes car elles peuvent indiquer des problèmes fondamentaux dans les fondations ou la maçonnerie.
Problèmes d'attribution des marchés
Le contractant chargé du bureau de zone de Gatsinda n'a pas achevé les travaux et a disparu après avoir perçu environ 90 millions de BIF, selon des informations recueillies. Cette situation a conduit à l'arrêt du chantier et à l'absence de fonctionnalité du bâtiment, laissant une infrastructure inachevée et un investissement public potentiellement perdu. Dans la commune de Nyanza, des résidents ont dénoncé un manque de transparence dans l'attribution des contrats pour les bureaux de zone de Kayogoro et de Gitara. Ils ont exprimé des préoccupations quant aux procédures suivies pour sélectionner les entreprises responsables de ces constructions, pointant un déficit de clarté dans le processus. Cette opacité alimente les soupçons de favoritisme ou de corruption, sapant la confiance du public dans les marchés publics.
Dieudonné Kwizerimana, chef du département d'aménagement du territoire au sein de la commune de Ngozi, a déclaré que le contrat pour la zone de Gatsinda a été résilié. Cette décision a été prise en raison du non-respect des clauses contractuelles par l'entrepreneur et de son indisponibilité à poursuivre les travaux. La commune de Ngozi compte douze zones administratives, dont trois ne sont pas encore opérationnelles à ce jour, un fait qui impacte la prestation des services publics locaux et freine le développement communautaire. L'absence de ces bureaux zonaux fonctionnels signifie que les citoyens doivent parcourir de plus longues distances pour accéder aux services administratifs essentiels, contredisant l'objectif de décentralisation.
Jérôme Nikundana, conseiller socio-économique et de développement pour la zone de Kayogoro, a indiqué que l'entrepreneur en charge du projet de Kayogoro se trouverait actuellement à l'étranger. Cette absence compromet la finalisation des travaux et le suivi des éventuels défauts de construction, laissant le projet inachevé et sans recours immédiat pour les autorités locales. L'ensemble de ces situations soulève des interrogations sur la diligence raisonnable exercée lors de l'attribution et du suivi de ces marchés publics. La disparition ou l'éloignement des entrepreneurs après avoir reçu des paiements importants est une problématique récurrente qui met en évidence des lacunes dans les mécanismes de contrôle et de garantie.
Analyse des experts et réactions
Le budget alloué pour l'exercice fiscal 2024-2025 prévoyait une somme de 220 millions de BIF par zone, destinée à la construction et à l'équipement des bureaux. Ce montant significatif était censé garantir des infrastructures de qualité et entièrement équipées pour répondre aux besoins des communautés. Aimé Ndayizamba, expert en marchés publics, a souligné les principes de transparence, de liberté d'accès et d'égalité de traitement qui doivent régir l'attribution des contrats. Il a précisé que des sanctions, qu'elles soient pénales ou administratives, peuvent être appliquées en cas d'imperfections constatées dans les marchés publics. Ces sanctions sont essentielles pour dissuader les pratiques frauduleuses et garantir le respect des normes et des engagements contractuels.
Diomède Ninteretse, expert en leadership, a dénoncé un manque de transparence dans l'attribution des marchés publics. Il a également remis en question la qualité des infrastructures construites, le respect des normes, l'utilisation des budgets alloués et le respect des délais de construction. Selon lui, ces manquements systémiques indiquent un problème plus profond de gouvernance et de reddition de comptes. Gervais Ngirirwa, président de l'Association des Communes du Burundi (Acobu), a exprimé sa satisfaction concernant la décentralisation des services, reconnaissant l'importance de rapprocher l'administration des citoyens. Cependant, il a reconnu l'existence de problèmes techniques importants dans la construction de ces infrastructures, suggérant que les bénéfices de la décentralisation pourraient être compromis par la mauvaise exécution des projets. La décentralisation est une initiative louable, mais sa mise en œuvre effective dépend de la qualité des infrastructures qui la supportent.
Les experts s'accordent à dire que les irrégularités observées ne sont pas des cas isolés mais reflètent des défis structurels dans la gestion des projets publics. Le non-respect des cahiers des charges, la sélection douteuse des contractants et le suivi insuffisant des travaux sont des problèmes récurrents qui nécessitent une réforme approfondie des procédures de passation de marchés. La perception que des fonds publics sont mal utilisés ou détournés peut éroder la confiance des citoyens dans les institutions gouvernementales et décourager la participation civique. Pour rétablir cette confiance, une enquête rigoureuse et des mesures correctives transparentes sont indispensables.
Perspectives et solutions envisagées
Le Fonds national d'investissement communal (Fonic) vise à faciliter l'accès des citoyens aux services sans nécessiter de longs déplacements, selon l'organisation. Cet objectif, s'il est atteint, permettrait aux populations rurales et éloignées de bénéficier plus facilement des services administratifs, éducatifs et de santé. Fonic a également indiqué que les travaux de construction se sont bien déroulés dans certaines zones et que des mesures sont prises pour achever les ouvrages inachevés. Plus de 220 bureaux zonaux sont déjà terminés, ce qui représente une avancée significative vers l'objectif initial de 360 bureaux. Cependant, les cas de malfaçons et d'inachèvements dans les autres projets soulignent l'importance d'une supervision constante et rigoureuse.
Les autorités compétentes sont désormais confrontées au défi de redresser la situation, de responsabiliser les acteurs défaillants et de garantir que les fonds publics sont utilisés de manière efficace et transparente. Cela pourrait inclure des audits approfondis, des poursuites judiciaires contre les entrepreneurs ayant abandonné leurs chantiers, et la mise en place de mécanismes de contrôle plus stricts pour les futurs projets. La réhabilitation des bâtiments défectueux et l'achèvement des projets en cours sont des priorités pour assurer que les citoyens burundais puissent bénéficier pleinement des infrastructures promises. La collaboration entre les différents niveaux de gouvernement, les experts en marchés publics et la société civile sera clé pour surmonter ces défis et restaurer l'intégrité du processus de construction des bureaux zonaux.