Le secteur de l'avocat au Burundi : expansion, défis et avenir

Le Burundi est en pleine effervescence agricole, avec une attention particulière portée au secteur de l'avocat. La multiplication des pépinières d'avocatiers est observée dans des communes burundaises telles que Butaganzwa et Ruyigi, témoignant d'un engagement croissant dans cette filière. Des habitants s'engagent activement dans la plantation d'avocats, répondant ainsi à l'appel des autorités en faveur de cultures orientées vers l'exportation. Cette dynamique s'inscrit dans une stratégie nationale visant à diversifier les sources de revenus du pays et à renforcer sa position sur les marchés internationaux.

Actuellement, le Burundi compte déjà plus de huit exportateurs agréés, signe de la structuration progressive de la chaîne de valeur de l'avocat. Pour faciliter ce commerce international, un centre de transit dédié spécifiquement aux exportations d'avocats a été mis en place. Ces exportations sont destinées à des marchés variés et stratégiques, incluant l'Europe, l'Asie, les pays du Golfe, la Chine et différents marchés africains, soulignant l'ambition du Burundi de s'imposer comme un acteur majeur de la production et de l'exportation d'avocats. Cette diversification des destinations vise à sécuriser les débouchés et à maximiser les retombées économiques pour les producteurs locaux et l'économie nationale.

Dynamique de croissance et espoirs locaux

La culture de l'avocatier connaît une expansion notable à travers le pays. Les zones de Muriza et Gisuru, par exemple, comptent à elles seules plus de 12 500 plants d'avocatiers, illustrant l'ampleur de cet engagement agricole et la volonté des communautés de contribuer à l'essor de cette culture. Cette croissance se reflète dans les chiffres de production nationale. La production nationale d'avocats a atteint environ 120 000 tonnes en 2022, selon les données disponibles, marquant une étape importante dans le développement du secteur. Le gouvernement burundais, conscient du potentiel économique de ce fruit, s'est fixé un objectif ambitieux : atteindre une production d'un million de tonnes d'avocats dans les années à venir. Cette ambition de développement significatif du secteur est perçue comme un moteur essentiel pour la croissance économique et l'amélioration des conditions de vie des populations rurales.

La culture de l'avocatier, bien que prometteuse, demande des intrants spécifiques et un certain savoir-faire. Pour assurer une croissance optimale et une production de qualité, un arbre nécessite entre 10 et 15 kilogrammes d'engrais organique au moment de la plantation. Cet investissement initial en intrants est clé pour la santé des plants et la productivité future. Cependant, les retours sur investissement sont significatifs pour les agriculteurs. Dans la province de Gitega, les revenus générés par la vente d'avocats permettent aux producteurs de couvrir diverses dépenses essentielles. Ces gains sont utilisés pour financer les frais de scolarité de leurs enfants, l'achat de fournitures scolaires, l'habillement, l'alimentation quotidienne, ainsi que l'acquisition de semences et d'engrais pour les futures campagnes agricoles. Cet impact positif sur le pouvoir d'achat et la qualité de vie des familles de producteurs note le rôle transformateur de la filière avocat.

Défis d'exportation et pertes de marché

Malgré cette dynamique de croissance interne, le secteur de l'avocat au Burundi fait face à des défis majeurs sur la scène internationale. Il a été observé que le Kenya et le Rwanda ont acquis une part du marché international de l'avocat qui était précédemment détenue par le Burundi. Cette situation soulève des questions sur la compétitivité et la stratégie d'exportation du pays. Un des obstacles principaux réside dans la nature de la production burundaise d'avocats, qui est principalement saisonnière. Cette caractéristique représente un obstacle important à la capacité du pays à maintenir un approvisionnement continu sur les marchés mondiaux, ce qui est souvent une exigence des acheteurs internationaux. Cette situation limite considérablement les opportunités d'exportation régulières pour les producteurs locaux, les rendant vulnérables aux fluctuations des prix et de la demande.

Les producteurs burundais signalent un manque criant de débouchés pour leurs récoltes, une problématique qui pèse lourdement sur l'ensemble du secteur. Cette difficulté de commercialisation est d'autant plus préoccupante que l'avocat est un fruit hautement périssable. La nature fragile de ce produit suscite des craintes de pertes importantes, particulièrement lors des périodes de récoltes abondantes où les volumes produits excèdent largement la capacité d'absorption du marché local et les infrastructures d'exportation existantes. Sans des canaux de distribution efficaces et une demande constante, les efforts de production des agriculteurs peuvent se solder par des pertes financières substantielles.

Plusieurs facteurs sont identifiés comme contribuant à la perte de parts de marché à l'exportation et à la difficulté de maintenir une présence stable. Parmi eux figurent la qualité insuffisante des infrastructures routières, qui entrave le transport rapide et efficace des avocats des zones de production vers les points d'exportation. Les routes en mauvais état augmentent les délais de livraison et les risques d'endommagement des fruits. À cela s'ajoute le manque de chaînes du froid et d'installations de stockage adéquates. Ces carences logistiques sont critiques car elles empêchent de préserver la fraîcheur des fruits sur de longues périodes, réduisant ainsi leur durée de vie commerciale et, par conséquent, leur attractivité pour les marchés internationaux qui exigent des produits de qualité constante.

Positions officielles et perspectives gouvernementales

Face à ces enjeux, le gouvernement burundais a clairement affiché son engagement envers le secteur de l'avocat. Le président Évariste Ndayishimiye, lors d'une déclaration en mai 2024, a présenté la culture de l'avocat comme un levier de développement essentiel pour la Vision Burundi 2040-2060. Cette vision stratégique note l'importance accordée à cette filière pour l'avenir économique du pays. Les chiffres d'exportation, bien que fluctuants, montrent un potentiel certain : les exportations d'avocats ont généré environ 486 millions de francs burundais (FBu) au cours du premier semestre de 2026. Conscients des défis et des opportunités, les producteurs du secteur demandent au gouvernement la mise en place d'unités de transformation pour des produits dérivés comme l'huile ou le jus, ce qui permettrait de valoriser les surplus et de prolonger la durée de vie des produits. Ils sollicitent également l'identification active de nouveaux marchés d'exportation pour diversifier les débouchés et réduire la dépendance à quelques marchés.

Cependant, sur la question spécifique de la perte de parts de marché, le porte-parole du ministère burundais en charge du Commerce, Onésime Niyukuri, a réfuté l'idée que le Burundi ait perdu des parts de marché à l'exportation au profit d'autres pays. Selon lui, le gouvernement burundais ne dispose d'aucune information officielle confirmant la perte d'un marché d'exportation. « Nous avons entendu ces informations, notamment sur les réseaux sociaux, mais elles doivent être nuancées », a déclaré Onésime Niyukuri, appelant à la prudence face aux rumeurs. Il a précisé que « si une personne a entrepris des démarches à titre individuel, sans être mandatée ni accompagnée par les institutions compétentes, une ambassade ou toute autre structure habilitée, il s’agit d’une initiative personnelle et non d’une démarche menée au nom d’un État. »

Onésime Niyukuri a insisté sur le fait que les initiatives individuelles ne reflètent pas la politique ou la performance de l'État. Il a souligné que « si un individu a tenté de négocier un marché et qu’il ne l’a pas obtenu, cela ne signifie pas que le Burundi a perdu ce marché. » Cette distinction est clé pour le gouvernement, qui cherche à encadrer et à professionnaliser les démarches d'exportation. Il a également appelé les opérateurs économiques à collaborer étroitement avec les institutions compétentes afin de bénéficier de leur accompagnement, de leur expertise et de leur soutien logistique et diplomatique pour sécuriser les marchés internationaux.

Analyse et recommandations d'experts

La perte d'un marché d'exportation, qu'elle soit avérée ou non, est un sujet de préoccupation majeure car elle entraîne des conséquences graves pour l'économie nationale. Parmi ces conséquences figurent notamment une diminution significative des devises étrangères, une réduction des investissements dans le secteur agricole et au-delà, la destruction d'emplois le long de la chaîne de valeur, et une atteinte potentielle à la crédibilité internationale du pays en tant que partenaire commercial fiable. Diomède Ninteretse, un économiste reconnu, a analysé cette situation avec une perspective critique. Il a déclaré : « La perte d’un marché d’exportation n’est jamais un simple incident commercial. Elle révèle des faiblesses structurelles tout au long de la chaîne de production et de création de valeur. » Cette analyse note l'importance capitale de s'attaquer aux problèmes sous-jacents, tels que les infrastructures, la logistique et la capacité de transformation, pour maintenir la compétitivité du Burundi sur le marché mondial de l'avocat et assurer la pérennité de cette filière prometteuse.