Au Burundi, l'ouverture d'une semaine diplomatique par le ministre des Affaires étrangères, Édouard Bizimana, a eu lieu le 26 juin 2026. Cette initiative intervient alors que le secteur touristique fait face à des contraintes budgétaires. Après une révision, le budget de la Direction générale du tourisme a été ramené à 2,4 milliards de FBu. La thématique choisie pour cette semaine diplomatique était "Diplomatie économique et partenariats stratégiques, leviers pour l’atteinte des objectifs de la Vision, pays émergent en 2040, développé en 2060". Cette orientation note l'importance stratégique accordée au tourisme comme moteur potentiel de développement économique pour le pays.
Les infrastructures touristiques existantes relèvent de diverses gestions, ce qui complexifie la coordination et l'optimisation des ressources. L'Office burundais pour la protection de l’environnement (OBPE) est responsable de l'administration de plusieurs aires protégées, notamment le Parc national de la Ruvubu, le Parc national de la Rusizi, le Parc national de la Kigwena et le Parc national de la Kibira. Ces parcs représentent des écosystèmes fragiles et des atouts majeurs pour le tourisme de nature. Certains sites sont gérés localement, à l'instar du site « Agasumo ka Mwaro », dont la gestion est assurée par la commune de Mwaro. Cette répartition des responsabilités entre entités nationales et locales illustre la diversité des acteurs impliqués dans la sauvegarde et la valorisation du patrimoine touristique burundais.
Sites sous-exploités et gestion fragmentée
De nombreux sites touristiques à travers le Burundi demeurent sous-évalués et mal entretenus, selon une observation générale. Cette situation entrave leur capacité à attirer un nombre significatif de visiteurs et à générer des revenus pour les communautés locales et le Trésor public. La gestion de ces lieux se caractérise par une certaine fragmentation, avec des responsabilités partagées entre différentes institutions. Le Musée vivant, le site du traité de Kiganda et la Source du Nil sont sous la responsabilité de la Direction générale du tourisme, une entité centrale chargée de la promotion et du développement du secteur. Les eaux thermales, connues sous le nom d'Amashuha, situées à Rumonge, sont quant à elles gérées par la commune de Rumonge, reflétant une approche décentralisée pour certains points d'intérêt.
Le site d'Agasumo ka Mwaro, par exemple, est composé de quatre cascades successives, offrant un spectacle naturel impressionnant. Cependant, ce site souffre d'un manque criant d'infrastructures de restauration et d'espaces d'accueil adéquats pour les visiteurs. Cette carence limite l'expérience des touristes et leur capacité à prolonger leur séjour ou à dépenser sur place. Cette situation illustre les carences en matière d'aménagement et de services qui freinent le développement touristique de ces lieux pourtant prometteurs. Une meilleure structuration de l'offre et des services sur ces sites pourrait significativement améliorer leur attractivité et leur rentabilité.
En dépit de ces défis structurels, des efforts de réhabilitation sont en cours pour certains sites, témoignant d'une prise de conscience de l'urgence d'agir. Le site du traité de Kiganda fait l'objet d'un réaménagement qui inclut la construction d'une maison d'accueil, visant à offrir de meilleures conditions d'accueil et d'information aux visiteurs. Ces initiatives visent à améliorer l'attractivité et les conditions de visite des infrastructures touristiques existantes, rendant ces destinations plus accessibles et plus agréables. La diversité des acteurs impliqués dans la gestion des sites, allant des directions nationales aux communes locales, note la complexité de la chaîne de responsabilité et la nécessité d'une coordination accrue pour maximiser le potentiel du secteur. Une collaboration renforcée entre ces différentes entités pourrait débloquer des synergies et accélérer la mise en œuvre de projets de développement.
Le Parc national de la Ruvubu : un joyau menacé
Le Parc national de la Ruvubu, avec une superficie impressionnante de 50 000 hectares, se distingue comme la plus grande aire protégée du Burundi. Cette vaste étendue est un écosystème clé pour la biodiversité de la région. Ce parc abrite une faune diversifiée, comprenant 44 espèces de mammifères recensées sur son territoire, ce qui en fait un sanctuaire pour de nombreuses espèces emblématiques. Le site est un refuge pour une avifaune riche, avec plus de 425 espèces d'oiseaux identifiées, attirant ainsi les ornithologues et les amoureux de la nature. Ses eaux accueillent également 14 espèces de poissons, contribuant à la richesse écologique globale du parc.
La faune présente au sein du Parc national de la Ruvubu est cependant menacée par le braconnage, une activité illégale qui compromet la survie des espèces et perturbe l'équilibre délicat de l'écosystème. Face à cette menace persistante, la protection du parc repose sur un nombre limité de personnel. Moins de cinquante écogardes sont chargés d'assurer la surveillance et la protection de l'ensemble de cette étendue naturelle, soit une moyenne d'environ 1000 hectares par écogarde. Cette situation soulève des interrogations quant à la capacité de ces effectifs à garantir une protection efficace de la biodiversité du parc face aux pressions extérieures, notamment le braconnage et l'empiétement humain. Un renforcement des effectifs et des moyens logistiques apparaît comme une nécessité pour sauvegarder ce patrimoine naturel inestimable.
Défis budgétaires et priorités futures
Pour l'exercice budgétaire 2025-2026, la Direction générale du tourisme disposait initialement d'un budget d'environ 3 milliards de FBu. Ce montant, bien que conséquent, a subi une révision. Après cette révision budgétaire, le budget de la Direction générale du tourisme a été réduit à 2,4 milliards de FBu. Ce montant alloué au tourisme représente environ 1% du budget total de son ministère de tutelle, ce qui note les contraintes financières auxquelles le secteur est confronté. Une telle proportion met en lumière la nécessité d'optimiser chaque dépense et de rechercher des partenariats pour compléter les fonds publics.
Malgré ces contraintes budgétaires, des priorités claires ont été définies pour l'avenir. Le développement du tourisme interne et du tourisme lacustre figurent parmi les priorités pour le prochain exercice budgétaire. Cela inclut la promotion des destinations burundaises auprès des citoyens et l'exploitation du potentiel des grands lacs, notamment le lac Tanganyika. La réhabilitation des sites existants constitue également une priorité, en parallèle avec des projets dédiés aux héros nationaux, visant à valoriser le patrimoine historique et culturel du pays.
Des projets sont notamment en cours au Musée vivant, un site emblématique qui combine histoire, culture et faune. Ces projets incluent le réaménagement des enclos des serpents et des léopards ainsi que la rénovation des maisons des singes, améliorant ainsi les conditions de vie des animaux et l'expérience des visiteurs. La construction d'un aquarium est également prévue sur ce site, ce qui ajouterait une nouvelle attraction et diversifierait l'offre touristique. Le site du traité de Kiganda est également en cours de réaménagement avec la construction d'une maison d'accueil, destinée à mieux recevoir les visiteurs et à leur fournir des informations sur l'importance historique du lieu.
Vers une gestion concertée et une valorisation accrue
La semaine diplomatique, dont le thème était « Diplomatie économique et partenariats stratégiques, leviers pour l’atteinte des objectifs de la Vision, pays émergent en 2040, développé en 2060 », a mis en exergue l'importance d'une approche globale pour le développement du tourisme. Des réformes sont envisagées pour structurer davantage le secteur, incluant l'adoption et la mise en œuvre d'une loi spécifique sur le tourisme. Cette législation devrait fournir un cadre juridique clair et cohérent pour toutes les activités touristiques. Le cadre juridique actuel prévoit déjà des mécanismes de collaboration entre les gestionnaires de sites touristiques, mais des améliorations sont nécessaires pour renforcer leur efficacité.
Des réflexions sont en cours pour améliorer les textes réglementaires, clarifier les responsabilités et établir des mécanismes de gestion coordonnée pour les sites touristiques. Cette démarche vise à surmonter la fragmentation actuelle de la gestion et à favoriser une approche plus intégrée. Parmi les priorités identifiées figurent le renforcement de la réglementation du secteur, essentiel pour garantir la qualité des services et la protection des ressources. La promotion de la destination Burundi à l'échelle nationale et internationale est également clé pour attirer davantage de visiteurs. Enfin, l'augmentation de l'implication des communautés locales dans la gestion des sites est perçue comme un levier important pour assurer la durabilité des initiatives touristiques et garantir un partage équitable des bénéfices. L'objectif global est de structurer davantage le tourisme burundais en définissant clairement les rôles et en optimisant les interactions entre les différentes entités responsables du patrimoine touristique du pays, afin de libérer pleinement son potentiel de croissance.