À Ngozi, l'entrepreneuriat émerge comme voie d'avenir pour les jeunes et les femmes, illustré par des parcours diversifiés. Daphrose Ndacayisaba, 46 ans, dirige la Zone Busiga dans la Commune Ngozi depuis le 30 août 2025. « Vraiment, j’ai été très contente quand j’ai été choisie à la tête de cette zone. C’est une journée inoubliable dans ma vie », a-t-elle déclaré, soulignant l'importance de concilier responsabilités familiales et administratives. « Il suffit seulement de savoir concilier les affaires familiales et administratives. Que chaque chose ait son temps », a-t-elle ajouté, reconnaissant le soutien de son époux, son « coach principal », contrastant avec d'autres hommes qui découragent la participation politique de leurs conjointes. Daphrose Ndacayisaba a également mis en avant l'éducation parentale comme fondement du développement, déclarant : « Si nous voulons être développés, nous devons d’abord éduquer nos enfants en famille. L’éducation parentale doit être revalorisée. » Sous sa direction, plus de 97% des mariages illégaux dans la zone ont été régularisés, suite à une recommandation aux couples concernés. Parallèlement, Daniel Irishura, 20 ans, est un technicien autodidacte en réparation électronique n'ayant fréquenté que l'école primaire. « Je n’ai pas fait de grandes études, mais je fais ce que je maîtrise. Grâce à cela, je peux couvrir mes besoins quotidiens », a-t-il expliqué. Joyce Shurweryimana, 29 ans, étudiante à l'Université de Ngozi, travaille comme agent de transfert d'argent électronique pour Lumicash. Elle a affirmé préférer l'autonomie financière : « Beaucoup de filles de ma génération préfèrent se faire belles et attendre ce que les hommes riches peuvent leur offrir. Un homme riche ne donne jamais gratuitement et les conséquences peuvent être graves. Moi aussi je pourrais attendre qu’un homme me prenne en charge. Ce n’est pas la beauté qui me manque. Mais, vaut mieux compter sur moi-même. »
Des figures locales inspirantes
Daphrose Ndacayisaba, ancienne directrice de l'Ecofo Busiga I, est également présidente du parti au pouvoir dans la zone Busiga. Elle accorde une importance particulière à l'éducation de base et familiale, plaidant pour une revalorisation de l'éducation parentale. Une cheffe de zone est entourée de plusieurs conseillers, incluant des juristes, des experts en développement et des techniciens. Les activités menées dans la zone sont évaluées trimestriellement, permettant d'identifier les succès et les échecs, et de mettre en œuvre des stratégies correctives. Daphrose Ndacayisaba exhorte également ses administrés à travailler pour augmenter la production agropastorale, un pilier du développement local.
La commune de Ngozi est issue de la fusion de trois anciennes communes : Ngozi, Mwumba et Busiga. Cette structure administrative comprend désormais 12 zones et 92 collines de recensement. La représentation des femmes au sein de l'administration de la commune de Ngozi est jugée positive et témoigne d'une évolution favorable. Joyce Shurweryimana, pour sa part, plaide pour une augmentation des commissions versées aux agents de transfert d'argent électronique par les entreprises de télécommunications.
Entreprendre malgré les obstacles
Béatrice Ntakarutimana a commencé à multiplier les semences en 2022, après avoir rejoint diverses associations dès 2012 et suivi plusieurs formations en agriculture. Femme entrepreneure, elle dirige la coopérative "Jijuka Mwumba" qui gère des champs de maïs modèles. Le prix officiel du maïs est jugé « dérisoire par rapport aux efforts consentis pour la production », selon elle. Pour augmenter la production de sa coopérative, Béatrice Ntakarutimana demande l'accès à des terres du domaine communal. Elle déplore que « la procédure d’achat et de vente du maïs [avec Anagessa] est longue et épuisante », ajoutant que « le prix fixé est dérisoire par rapport aux dépenses engagées et aux efforts consentis pour pouvoir produire. »
Denise Numvirimana, mère célibataire de trois enfants, multiplie les activités pour subvenir aux besoins de sa famille, travaillant dans le petit commerce, la couture, l'agriculture et l'élevage. « Je ne sais pas où est parti mon mari. Il m’a laissée seule avec les enfants et je dois assumer à la fois le rôle de père et de mère », a-t-elle expliqué. Elle a abandonné les recherches concernant son époux : « Je ne sais même pas s’il est encore vivant. J’ai fini par abandonner les recherches parce que je ne sais plus par où commencer. »
Daniel Irishura, un technicien en réparation électronique, exerce cette activité depuis trois ans. « Je n’ai pas fait de grandes études, mais je fais ce que je maîtrise. Grâce à cela, je peux couvrir mes besoins quotidiens », a-t-il déclaré. Les techniciens à Ngozi font face à plusieurs défis, notamment le manque de capital pour ouvrir des ateliers et des paiements jugés excessifs imposés par un gestionnaire d'espace de travail. De nombreux jeunes techniciens ne sont pas informés de l'existence de programmes de financement tels que le PAEEJ.
Joyce Shurweryimana, étudiante à l'Université de Ngozi et agente de transfert d'argent électronique pour Lumicash, préfère gagner son propre argent. Elle a affirmé que « beaucoup de filles de ma génération préfèrent se faire belles et attendre ce que les hommes riches peuvent leur offrir. » Elle a ajouté : « Un homme riche ne donne jamais gratuitement et les conséquences peuvent être graves. Moi aussi je pourrais attendre qu’un homme me prenne en charge. Ce n’est pas la beauté qui me manque. Mais, vaut mieux compter sur moi-même. »
Fidel Iranzi a vendu les deux motos qu'il possédait auparavant et conduit actuellement celle d'un patron, illustrant les difficultés économiques rencontrées par certains.
Dynamiques collectives et coopératives
Fidel Iranzi, âgé de 32 ans, exerce le métier de motard-taxi depuis 2018 et a réussi à construire sa propre maison. Sarez Nemerimana, un autre conducteur de moto-taxi, a pour sa part acheté une parcelle à Ngozi après huit ans d'activité. « Le travail de moto a fortement contribué dans le fondement de mon foyer », a déclaré Sarez Nemerimana. Les conducteurs de moto-taxi versent quotidiennement 12 000 BIF ou 100 000 BIF par semaine à leurs patrons. Les pénuries de carburant entraînent une augmentation des tarifs des courses de moto-taxi, qui peuvent aller jusqu'à 1 000 BIF par trajet. « Malheur à ceux qui empruntent nos motos pour se déplacer. Ils sont contraints de payer cher », a précisé Sarez Nemerimana.
Dans le secteur de la construction, le revenu journalier des aides-maçons s'élève à 15 000 francs burundais, tandis que les maçons confirmés gagnent 30 000 francs burundais par jour. Pour être reconnu comme maçon, un processus d'initiation coûteux est souvent requis, impliquant d'offrir de la bière et parfois une chèvre au parrain. « Il faut donner de la bière et des fois même abattre une chèvre au parrain et son équipe de maçons pour être reconnu dans leur groupe », a expliqué Domitien Bukuru. Ce dernier est parvenu à construire sa propre maison malgré le fait qu'il n'ait pas encore été officiellement initié.
Les coopératives dirigées par des femmes sont nombreuses et prospères dans la commune de Ngozi, avec au moins une présente sur chacune des 92 collines. La coopérative « Umukenyezi arashoboye », située dans la zone Mugomera, est active dans les domaines agropastoraux. La décentralisation des activités de la Banque d'Investissement et de Développement pour les femmes (BIDF) est jugée nécessaire pour faciliter l'accès au crédit pour les femmes. Les jeunes de Ngozi s'engagent dans diverses activités, notamment les coopératives, la planification d'entreprises, l'agriculture, la couture et l'élevage, certains bénéficiant du soutien du PAEEJ. Cependant, certaines coopératives Sangwe à Ngozi sont confrontées à des difficultés financières.
Défis et perspectives d'avenir
La commune de Ngozi est confrontée à une pénurie de bancs-pupitres dans ses salles de classe. Des abandons scolaires sont également observés, attribués au chômage des aînés, aux grossesses non désirées, à la pauvreté des familles et aux enfants qui quittent l'école pour travailler. La commune fait aussi face à des défis dans la gestion des enfants des rues, dont beaucoup ne sont pas originaires de Ngozi. Des conflits liés à la terre, aux mariages illégaux et à la consommation d'alcool sont par ailleurs constatés. Pour l'avenir, l'agriculture, notamment la culture de l'avocat, constitue un projet de développement prioritaire pour la commune. La culture du maïs et l'élevage pour la production d'engrais sont également promus à Ngozi.