La Sopebu, société dont la mission principale est l'importation, le stockage et la distribution de produits pétroliers afin de garantir un approvisionnement stable, équitable et sécurisé à l'échelle nationale, s'oriente vers le secteur minier. Cette décision intervient alors que le Conseil des ministres a donné son accord de principe pour la création de Somebu Mining Company Limited. Une nouvelle entité, SOTBU Mining Company Limited, sera également établie, avec SOTB en tant qu'actionnaire majoritaire à 84% et Sopebu détenant 16%. Le second projet concerne la création de Somebu Mining Company Limited, dédiée à l'exploitation de la colombo-tantalite et de la cassitérite dans la province de Butanyerera, spécifiquement à Kabarore. Cette réorientation stratégique marque un tournant significatif pour l'entreprise publique, traditionnellement axée sur le secteur énergétique.
Le défi pétrolier persistant
La Sopebu, créée en 2024, a pour mission initiale d'assurer l'importation, le stockage et la distribution de produits pétroliers afin de garantir un approvisionnement stable, équitable et sécurisé au Burundi. Quatre ans après sa fondation, le pays continue de faire face à une crise persistante des carburants. Cette situation soulève des interrogations quant à l'efficacité de la Sopebu dans l'accomplissement de son mandat initial. Les pénuries récurrentes affectent divers secteurs de l'économie nationale et le quotidien des citoyens, entravant la vie économique et sociale du pays.
La persistance de la crise des carburants, plus de quatre ans après la création de la Sopebu, met en lumière les défis structurels et opérationnels auxquels l'entreprise est confrontée. La gestion des stocks et la chaîne d'approvisionnement restent des défis majeurs pour l'entreprise publique, qui peine à stabiliser le marché. Des files d'attente interminables aux stations-service et des interruptions d'activités économiques sont régulièrement rapportées, impactant directement la productivité nationale et la mobilité des personnes et des biens à travers le pays. Cette situation crée une pression constante sur les ménages et les entreprises, qui dépendent des carburants pour leurs activités quotidiennes.
La persistance de cette crise met en lumière les difficultés structurelles auxquelles est confrontée la Sopebu dans son rôle de régulateur du marché pétrolier. L'entreprise doit concilier les impératifs commerciaux avec les exigences de service public, dans un contexte où les fluctuations des prix mondiaux et les contraintes logistiques exercent une pression constante sur l'approvisionnement national. Malgré ses efforts, la stabilité du marché des carburants n'a pas été pleinement atteinte, laissant planer des incertitudes sur la capacité du pays à garantir une sécurité énergétique durable. Les observateurs continuent de suivre attentivement les développements de cette situation, soulignant la nécessité d'une solution pérenne pour le secteur pétrolier. La difficulté à remplir sa mission première d'assurer un approvisionnement stable en produits pétroliers est d'autant plus préoccupante que la Sopebu se voit confier de nouvelles responsabilités dans un secteur entièrement différent.
Nouvelles missions minières pour Sopebu
Un communiqué du Conseil des ministres a annoncé une nouvelle orientation pour la Sopebu, marquant ainsi une diversification significative de ses activités. Cette réorientation est marquée par l'octroi d'un permis d'exploitation minière. Un décret accorde spécifiquement un permis d'exploitation pour l'or et les minéraux associés à Masaka, dans la commune de Butihinda, province de Buhumuza, à la SOTBU Mining Company Limited. Le Conseil des ministres avait déjà donné son accord de principe pour le processus d'établissement de la SOTBU ainsi que pour une convention entre l'État du Burundi et cette nouvelle entité. La création de SOTBU Mining Company Limited se fera avec SOTB en tant qu'actionnaire majoritaire, détenant 84% des parts, tandis que la Sopebu en possédera 16%. Cette répartition des parts définit le cadre de collaboration entre les deux entités dans l'exploitation de ces ressources précieuses.
Cette expansion dans le secteur minier implique également la Comebu. Le contrat renégocié pour la zone de Kabarore a mené à la formation d'une société mixte au sein de laquelle Comebu détiendra 84% des parts, tandis que Sopebu en possédera 16%. Les minéraux concernés par cette nouvelle stratégie incluent l'or, la colombo-tantalite et la cassitérite, élargissant ainsi le portefeuille des ressources visées par les entreprises. L'accord de principe pour la création de Somebu Mining Company Limited a également été donné par le Conseil des ministres, soulignant l'engagement du gouvernement dans cette nouvelle voie. Cette nouvelle entité sera spécifiquement chargée de l'exploitation de la colombo-tantalite et de la cassitérite dans la province de Butanyerera, à Kabarore.
En 2003, une concession minière avait été accordée par le gouvernement du Burundi à Comebu. Cette concession concernait les zones de Kabarore, Ndora et Murehe, et visait l'exploitation de la colombo-tantalite, de la cassitérite et de la wolframite. Dans le cadre de ces arrangements, Comebu a finalement conservé le sous-périmètre de Kabarore. Les sous-périmètres de Ndora et Murehe ont été retournés à l'État, concentrant ainsi les opérations de Comebu et Sopebu sur le site de Kabarore pour la colombo-tantalite et la cassitérite, et sur Masaka pour l'or et les minéraux associés par le biais de SOTBU. Cette réorganisation des concessions vise à optimiser l'exploitation des ressources minières du pays.
Expertise et gouvernance remises en question
La décision d'orienter la Sopebu vers le secteur minier, alors que sa mission initiale d'approvisionnement en carburant rencontre des difficultés persistantes, soulève de sérieuses interrogations quant à la gouvernance et à l'expertise requises pour cette nouvelle activité. Faustin Ndikumana, directeur national de Parole et action pour le Réveil des consciences et l’évolution des mentalités (Parcem), a exprimé ses préoccupations à ce sujet. Il a déclaré que le gouvernement avait la responsabilité de « prendre toutes les mesures pour sauver ce secteur », faisant référence au secteur pétrolier qui continue de souffrir de pénuries chroniques malgré la mission de la Sopebu.
Ndikumana a également insisté sur la nécessité pour le gouvernement de « mettre en œuvre une véritable stratégie minière afin de relever les défis liés à la transparence, aux investissements et à la création d’une réelle valeur ajoutée pour l’économie nationale. » Selon lui, « orienter la Sopebu vers l’exploitation minière alors que la crise des carburants persiste risque de disperser les efforts de l’entreprise publique », compromettant ainsi à la fois la stabilisation du marché pétrolier et le développement efficace du secteur minier. Cette dispersion des efforts pourrait affaiblir l'entreprise dans ses deux missions, plutôt que de renforcer l'économie nationale.
Les doutes concernant l'efficacité de la gestion minière sont renforcés par les chiffres récents de collecte des revenus. Pour l'exercice fiscal 2023-2024, seulement 24% des recettes minières attendues ont été perçues par le Trésor public. Ce faible taux de recouvrement des revenus met en évidence des lacunes importantes dans la gestion et le contrôle du secteur minier, soulevant des questions sur la capacité de l'État à maximiser les bénéfices de ses ressources naturelles. Faustin Ndikumana a averti qu'« une exploitation minière menée sans expérience suffisante ni professionnalisme pourrait compromettre les retombées attendues de ce secteur stratégique pour le Burundi. » Ces déclarations mettent en lumière les défis auxquels le Burundi est confronté pour optimiser les bénéfices de son secteur minier, notamment en matière de transparence, de capacité d'investissement et de génération de valeur ajoutée pour l'économie nationale. La transition de la Sopebu vers l'exploitation minière est ainsi observée avec une attention particulière par les acteurs de la société civile, qui craignent que cette nouvelle orientation ne détourne l'attention des problèmes fondamentaux du secteur pétrolier sans pour autant garantir le succès dans le domaine minier.
Risques et perspectives d'avenir
Le président Ndayishimiye a révélé la disparition de 19 millions de litres de diesel et de 12 millions de litres d'essence. Cette déclaration met en lumière l'ampleur des défis auxquels est confronté le secteur des hydrocarbures au Burundi, notamment en termes de gestion des stocks et de transparence. L'annonce de ces pertes importantes accentue les préoccupations concernant la capacité de la Sopebu à gérer efficacement un nouveau secteur aussi complexe que l'exploitation minière, alors même que sa mission principale est entachée par de telles irrégularités. Ces disparitions de carburant soulignent des failles potentielles dans les systèmes de contrôle et d'audit, qui sont essentiels pour la bonne gestion des ressources publiques.
La révélation présidentielle soulève des questions sur les mécanismes de contrôle et la surveillance des ressources nationales, particulièrement en ce qui concerne les entreprises publiques. Elle intervient à un moment où la réorientation de la Sopebu vers les activités minières est déjà source de débat, notamment sur la pertinence d'assigner de nouvelles responsabilités à une entité peinant à stabiliser l'approvisionnement en carburant du pays. Cette situation pourrait potentiellement éroder la confiance du public et des partenaires dans la gestion des entreprises publiques et des ressources stratégiques du Burundi, d'autant plus que les attentes en matière de transparence et de bonne gouvernance sont élevées. La réussite de cette double mission dépendra non seulement des capacités techniques et financières de la Sopebu, mais aussi de la mise en place de cadres de gouvernance rigoureux et transparents pour éviter de reproduire les problèmes rencontrés dans le secteur pétrolier.