La commune de Bugendana, située dans la province de Gitega au Burundi, fait face à d'importants défis structurels qui entravent le développement de ses jeunes et de ses femmes. Des centaines de familles Batwa y vivent dans une précarité extrême, leurs logis étant construits de paille et de boue. Jean, un jeune homme de 24 ans, a notamment dû abandonner l'école par manque de moyens et subsiste en coupant de l'herbe sur des propriétés privées. Selon Adidja Nahimana, l'accès à la terre cultivable demeure un obstacle majeur pour la communauté Batwa, soulignant l'ampleur des difficultés économiques et sociales rencontrées dans la région.
Précarité et manque de terres
La communauté Batwa de la colline de Mwurire est confrontée à une série de problèmes persistants, incluant l'absence de terres, des difficultés d'accès à l'éducation et des préjugés tenaces qui entravent leur intégration et leur développement. Ces obstacles se traduisent par une précarité quotidienne pour de nombreuses familles.
Souavis Nahimana, une mère de cinq enfants, témoigne de la gravité de cette situation, affirmant que la principale difficulté n'est pas liée aux conditions climatiques, mais plutôt à l'insécurité alimentaire. « Le plus difficile, ce n’est pas la chaleur, c’est le vide dans les assiettes lié à l’absence des terres à cultiver », a-t-elle déclaré, soulignant l'impact direct du manque de foncier sur la subsistance de sa famille et de la communauté.
Les conditions de logement de ces familles sont également extrêmement précaires. Marceline Nzokwa, veuve et mère de sept enfants, décrit des nuits d'angoisse passées éveillée lorsque la pluie s'abat, en raison des fuites incessantes de sa maison construite en paille. Cette situation met en lumière la vulnérabilité des habitations face aux intempéries, aggravant le quotidien déjà difficile des résidents.
Les habitants Batwa rapportent par ailleurs être enregistrés chaque année par diverses entités, recevant à chaque fois des promesses de maisons, de terres et de bétail. Cependant, ces engagements ne se concrétisent pas, et la communauté ne constate aucune amélioration tangible de ses conditions de vie malgré ces recensements répétés. Cette absence de suivi renforce un sentiment d'abandon et de désillusion parmi les populations concernées.
Pour subvenir à leurs besoins, de nombreux membres de la communauté travaillent comme journaliers dans les champs, percevant une rémunération modeste. Ces travailleurs gagnent entre 3 000 et 4 000 francs burundais par jour. Ce revenu, souvent insuffisant pour couvrir les dépenses essentielles d'une famille, illustre la fragilité économique dans laquelle vivent les Batwa de Mwurire.
Enjeux sanitaires et éducatifs
À Bugendana, de nombreux enfants Batwa abandonnent leurs études en raison du manque de nourriture, de vêtements ou de fournitures scolaires, affectant particulièrement la poursuite de leur scolarité. Chanciella Igiraneza, âgée de 15 ans, a ainsi dû quitter l'école primaire en 4ème année, ses parents étant dans l'incapacité de lui acheter des cahiers. « Mes parents sont dans l’incapacité de m’acheter des cahiers, car ils sont pauvres », a-t-elle déclaré, illustrant les difficultés financières rencontrées par sa famille.
Chanciella Igiraneza a également exprimé un désir de soutien pour retourner à l'école. « Je demande aux bienfaiteurs de me procurer des cahiers, de l’uniforme et des chaussures. J’aimais aller à l’école, mais on manque de tout à la maison », a-t-elle ajouté. Les jeunes Batwa tentent de contribuer aux revenus familiaux en vendant de l'herbe. La vente d'un tas d'herbes leur rapporte 7 000 francs burundais (BIF), ce qui leur permet d'aider leurs parents et d'acquérir des produits de première nécessité. « Nous vendons un tas d’herbes à 7 000 BIF. Cela nous permet d’aider nos parents et d’acheter ce dont toute jeune fille a besoin », a précisé Chanciella Igiraneza. Elle a cependant insisté sur l'importance de l'éducation : « Mais, on aimerait retourner sur le banc de l’école. Notre place est à l’école. »
En matière de santé et d'hygiène, Peniella Bikorimana a formulé une demande pour des serviettes hygiéniques, même lavables, ainsi que des fournitures scolaires. « Nous avons besoin d’aide. Le gouvernement devrait nous soutenir », a-t-elle affirmé, ajoutant : « Nous demandons également aux bienfaiteurs de nous fournir des serviettes hygiéniques, au moins celles qui sont lavables. Cela nous serait d’une grande aide. » Effectivement, certaines femmes Batwa manquent de produits d'hygiène menstruelle essentiels. Agnès Muhimbare a témoigné de cette réalité, expliquant qu'elle utilise de petits morceaux de pagne pendant ses règles en raison du coût élevé des serviettes hygiéniques, ce qui entraîne des infections.
Violences et abandons familiaux
L'abandon des familles par les maris représente un obstacle récurrent au développement familial, selon Capitoline Kiyunzuguru, agricultrice et mère de six enfants. Elle a elle-même été abandonnée par son mari il y a huit ans. « Avant, il faisait le commerce des boissons prohibées appelées “Kanyanga”. Ensuite, il est parti à Bujumbura à la recherche du travail. Après avoir gagné de l’argent, il s’est remarié avec une autre femme », a-t-elle expliqué. Son mari n'est jamais revenu, la laissant seule pour subvenir aux besoins de leurs enfants. « Je m’occupe seule de nos enfants, en prenant en charge leur scolarité et tous les autres besoins familiaux, sans aucune aide », a précisé Mme Kiyunzuguru. Elle exhorte les femmes à être des piliers du développement : « Les femmes doivent comprendre qu’elles sont les piliers du développement. Lorsqu’elles s’unissent, la production augmente. J’encourage toutes celles qui ont été abandonnées par leurs maris ou qui traversent des moments difficiles à se relever et à prendre un nouveau départ. »
Les abandons familiaux contribuent à la multiplication des grossesses non désirées et des abandons scolaires chez les jeunes filles, a souligné Chanella Ngendakumana. Elle encourage les jeunes filles à la résilience : « Les filles doivent être fortes pour surmonter tous les défis mentionnés. Je les encourage à poursuivre leurs études et à travailler dur afin de gagner leur propre argent. »
Stellie Nshimirimana a également été expulsée de son foyer par la famille de son mari après dix-sept ans de mariage, lorsque ce dernier s'est remarié à Bujumbura. « Mon mari gaspille les ressources de la famille. Lorsque je tentais de l’en empêcher, sa famille m’accusait de ne pas être une bonne épouse », a-t-elle rapporté. Elle ajoute : « Après 17 ans de mariage, ils ont finalement décidé de me chasser avec mes quatre enfants. Il travaillait comme maçon à Bujumbura, où il a pris la décision de se remarier. C’est à ce moment-là que sa famille m’a expulsée du foyer. Cette situation a freiné notre évolution alors que nous étions sur une bonne lancée en matière de développement. » Mme Nshimirimana attribue la hausse des suicides dans sa localité aux conflits familiaux. Elle a demandé l'intervention des autorités : « Je demanderais aux autorités de multiplier les campagnes de sensibilisation à l’intention des hommes. Certains consomment des boissons fortement alcoolisées. Ce qui les pousse à adopter des comportements destructeurs au sein des familles. Les autorités doivent s’impliquer, car une commune ne peut pas se développer dans un contexte de conflits familiaux. Le développement commence d’abord au sein des ménages avant de se refléter au niveau de la commune. »
Défis agricoles et organisation collective
Les femmes de Bugendana s'organisent en coopératives et en associations d'épargne et de crédit afin de mutualiser leurs efforts. Espérance Ndizeye, 35 ans, subvient aux besoins de sa famille en vendant de la bière de sorgho, une activité qui couvre la majeure partie des dépenses du foyer. Elle déplore toutefois la rareté des engrais chimiques Fomi, entraînant une faible production de maïs. « La saison culturale passée, nous avons attendu les engrais chimiques en vain alors que nous avions payé depuis plus d’une année. Du coup, la production du maïs a été très mauvaise cette saison », a-t-elle déclaré.
Avec des engrais urée, Espérance Ndizeye expliquait pouvoir récolter généralement trois ou quatre sacs de maïs de 100 kg. Cependant, la récolte de cette saison n'a pas permis de remplir un seul sac. « Cette saison, je n’ai pas pu remplir un sac. Nous exhortons les responsables de ce secteur de nous envoyer l’Urée à temps afin de produire suffisamment et d’avoir de quoi manger. Sinon, nous risquons de mourir de faim », a-t-elle ajouté. Caroline Munezero, agricultrice, a également récolté seulement quatre sacs de maïs dans un champ où elle obtenait habituellement le double, en raison de l'insuffisance d'engrais. « J’ai entendu à la radio que le problème est d’ordre national. J’aimerais que les autorités prennent des mesures, car l’agriculture est un secteur vital : la majorité des Burundais en dépend pour se nourrir et vivre », a précisé Mme Munezero. Stellie Nshimirimana, une résidente, a constaté que les femmes répondaient aux appels à prendre en charge et à contribuer à l'économie des ménages.