Les médias privés burundais sont confrontés à des défis majeurs, avec des coupures d'électricité récurrentes et des pénuries de carburant qui perturbent gravement leurs opérations. Radiotélévision Isanganiro (RTI) a publié un communiqué le mercredi 16 septembre 2026, présentant ses excuses pour les interruptions de programmes causées par ces problèmes d'approvisionnement en énergie et en carburant pour ses générateurs. Cette déclaration publique note l'ampleur des difficultés opérationnelles auxquelles sont confrontés les diffuseurs dans le pays.
Alain Niyomucamanza, rédacteur en chef de Bonesha FM, a signalé des coupures de courant de plus de trois heures ou une électricité instable. Ces interruptions affectent directement la capacité de la station à maintenir une diffusion continue et stable. Le Groupe de Presse Iwacu, pour sa part, subit des perturbations sur l'ensemble de sa chaîne de production de journal papier, de la rédaction à la distribution, en raison des mêmes coupures d'électricité et pénuries de carburant. Cela entrave non seulement la production de contenu, mais aussi sa diffusion auprès du public.
Impacts directs sur les rédactions
La Radiotélévision Isanganiro (RTI) a connu une journée entière sans diffusion, illustrant l'ampleur des difficultés opérationnelles. Cette absence totale d'émissions met en lumière la vulnérabilité des infrastructures médiatiques face aux défaillances énergétiques. Des arrêts de diffusion de deux à trois heures affectent également la Radio Shima FM, perturbant la régularité de ses programmes. Ces interruptions, même de courte durée, ont un impact cumulatif significatif sur la capacité des stations à remplir leur mission d'information. Charles Makoto, président de l'Association burundaise des Radiodiffuseurs (ABR), a souligné que la radio demeure un moyen essentiel d'accès à l'information pour une grande partie de la population au Burundi. Il a insisté sur le fait que, dans un pays où l'accès à d'autres formes de médias est limité, la radio joue un rôle clé dans la diffusion d'informations vitales et le maintien du lien social.
Une journaliste de la RTI a déclaré ne pas avoir pu animer son émission en direct pendant deux dimanches consécutifs. Elle a précisé : « Ça fait deux dimanches successifs que je n’ai pas pu tenir mon émission en direct. » Cette situation génère des interrogations de la part des auditeurs. La journaliste a ajouté : « Les auditeurs m’appellent souvent pour demander si l’émission n’existe plus. Quand on monte à l’intérieur du pays, les gens nous demandent ce qui se passe. » Cela témoigne de l'attachement du public à ces programmes et de leur déception face aux interruptions.
Un entretien avec le président de l'Uprona, prévu pour une heure sur les ondes de la RTI, a été interrompu après seulement dix minutes en raison d'une coupure de courant. La journaliste de la RTI a rapporté les conséquences de cet incident : « Notre invité a été obligé de rentrer. Les auditeurs sont frustrés et n’arrêtent pas de nous demander des comptes. » Elle a également exprimé le sentiment de gêne ressenti par les journalistes face à ces annulations : « Imaginez quand tu as enregistré une source, quand tu es parti sur le terrain et que l’émission ne passe pas. Tu te sens gêné et redevable. » Ces incidents répétés minent la crédibilité des médias et la confiance du public.
Des émissions populaires de la RTI, telles que « Aho Iwanyu havugwa amaki? », « Yaga Kibondo » et « Tweho », ne sont plus diffusées de manière régulière. La perte de régularité de ces programmes emblématiques affecte directement l'audience et la fidélité des auditeurs. Alain Désiré Bukeyeneza, rédacteur en chef à la RTI, a constaté que les journalistes rencontrent des difficultés pour se rendre au travail en raison des pénuries de carburant, s'ajoutant aux coupures d'électricité fréquentes qui entravent la production et la diffusion. Ces obstacles logistiques et énergétiques créent un environnement de travail extrêmement difficile pour les professionnels des médias.
Pertes financières et coût du carburant
Le coût élevé du carburant sur le marché noir aggrave la situation économique des médias, le prix d'un bidon de 20 litres oscillant entre 300 000 et 350 000 francs burundais (BIF). Cette situation représente une charge financière considérable pour les stations de radio qui dépendent de générateurs pour maintenir leurs opérations face aux coupures d'électricité fréquentes. L'achat de carburant à ces prix exorbitants réduit considérablement les budgets déjà serrés des médias privés. Les répercussions financières de ces contraintes sont significatives pour les entreprises médiatiques privées du pays, menaçant leur survie à long terme.
La radio Indundi Culture a enregistré une perte de plus de 3 millions de BIF au cours de la période allant du 27 juillet au 31 août. Ce montant reflète l'impact direct des interruptions de diffusion et des coûts opérationnels accrus dus à l'approvisionnement en énergie. La station doit faire face à des dépenses imprévues pour le carburant tout en subissant une réduction de ses revenus publicitaires ou autres sources de financement, créant un cercle vicieux de difficultés financières.
Depuis le 1er septembre, Indundi Culture continue de subir des pertes financières, estimées à environ 300 000 BIF par jour. Cette perte quotidienne persistante met en lumière la fragilité économique des médias burundais face aux pénuries. La dépendance aux générateurs et le prix exorbitant du carburant sur le marché parallèle menacent la viabilité à long terme de ces entreprises de presse, les poussant au bord de la faillite.
Réactions et appels à l'aide
Espérance Ndayizeye, présidente du Conseil national de la communication (CNC), a indiqué que l'instance ne pouvait pas résoudre directement les problèmes de coupures d'électricité. Cette déclaration note les limites des institutions réglementaires face aux défis infrastructurels qui affectent le secteur des médias. La situation actuelle met en lumière la nécessité d'une approche plus large pour soutenir l'accès à l'information dans le pays, au-delà des compétences traditionnelles des organes de régulation.
Mireille Kanyange, présidente de la Maison de la Presse, a noté que la situation privait les auditeurs ou les téléspectateurs d'une information diversifiée. Les interruptions de programmes et les difficultés opérationnelles des médias privés limitent les sources d'information disponibles pour la population burundaise, affectant ainsi le pluralisme médiatique. La Maison de la Presse, en tant qu'organisation de défense des journalistes, attire l'attention sur l'impact de ces pénuries sur le droit à l'information des citoyens, un pilier essentiel de toute démocratie.
Jean Mitterrand Ndayegamiye, président du Collectif des radios communautaires, a décrit la situation comme étant extrêmement difficile pour les médias communautaires. Ces radios, souvent dotées de ressources limitées, sont particulièrement vulnérables aux coupures d'électricité et aux pénuries de carburant. Leur capacité à servir les populations locales est fortement compromise, ce qui entrave la diffusion d'informations essentielles et la participation citoyenne au niveau communautaire. La voix des communautés locales est ainsi étouffée.
Léandre Sikuyavuga, du Groupe de Presse Iwacu, a souligné que l'information est recherchée sur le terrain, ce qui consomme du carburant et entraîne une diminution des enquêtes et des témoignages directs. Les journalistes se trouvent contraints de réduire leurs déplacements, ce qui affecte la qualité et la profondeur de leurs reportages. Cette contrainte logistique et financière réduit la capacité des journalistes à collecter des informations de première main. Il a affirmé qu'« Aider les médias à disposer d’électricité, de carburant et de moyens de reportage ne serait pas leur faire un cadeau : ce serait contribuer à garantir au citoyen l’exercice effectif de son droit à l’information. » Monsieur Sikuyavuga a également précisé que « cette aide ne doit avoir ni couleur politique ni contrepartie éditoriale, » insistant sur l'importance d'un soutien neutre et inconditionnel pour préserver l'indépendance éditoriale.
Perspectives et solutions envisagées
Face à ces défis persistants, le secteur des médias privés au Burundi explore des pistes pour assurer la continuité de l'information. La dépendance aux générateurs, coûteuse en carburant, pousse à envisager des solutions alternatives. Des initiatives visant à doter les rédactions de sources d'énergie plus stables et abordables, telles que l'énergie solaire, pourraient alléger la pression financière et opérationnelle. L'adoption de l'énergie solaire, bien que représentant un investissement initial, offrirait une solution à long terme face à l'instabilité du réseau électrique et aux coûts fluctuants du carburant. Cependant, la mise en place de ces infrastructures représente un investissement initial significatif pour des médias déjà fragilisés, nécessitant un soutien extérieur ou des mécanismes de financement adaptés.
Des discussions sont également en cours concernant la possibilité d'un soutien institutionnel ou de partenariats pour garantir l'accès au carburant à un prix plus juste, ou pour faciliter l'approvisionnement en équipement de production d'énergie. Ces partenariats pourraient inclure des organisations non gouvernementales, des bailleurs de fonds internationaux ou même des initiatives gouvernementales visant à soutenir le secteur médiatique. Les organisations de défense de la presse, telles que la Maison de la Presse ou l'Association burundaise des Radiodiffuseurs (ABR), jouent un rôle clé en plaidant pour une reconnaissance de l'information comme service essentiel. Leur action vise à sensibiliser les autorités et les partenaires au développement sur la nécessité d'interventions ciblées pour préserver le pluralisme médiatique. La pérennité des médias privés burundais repose en partie sur la capacité à trouver des solutions structurelles aux pénuries énergétiques et de carburant qui menacent leur existence et le droit à l'information des citoyens. Sans ces mesures, la diversité des voix et l'accès à une information indépendante risquent d'être gravement compromis dans le pays.